Docteur Kobe et M. Bryant

Hier soir, Kobe Bryant jouait le dernier match de sa carrière au Staples Center. Après une 20ème saison sans enjeu et aux hommages sans égal, le numéro 24 tirait sa révérence laissant derrière lui une génération biberonnée aux exploits du Black Mamba. Un mythe virevoltant qui, à l’instar de ses idoles du game, trimballe aussi des casseroles. Autant de petites histoires de vestiaire et de tribunaux qui ont contribué à l’édification de sa légende…

 

Kobe, l’Italien

 

Tout commence en Italie où la famille Bryant pose ses valises en 1984. Kobe a six ans et son père Joseph joue pour l’équipe de Rieti qui évolue en division 1 du championnat de basket. Une grande gueule capable de poser des dunks pendant sa période universitaire alors que c’est encore interdit. Après quelques saisons en NBA, le paternel est contraint de s’exporter en Europe. Sûr de son talent, le monsieur n’est pas un foudre de guerre, rechigne à s’entraîner et prend du poids. Ses partenaires le surnomment « Jelly Bean » en référence au bonbon préféré des kids américains. En Italie, le Joe devient une petite célébrité, avec notamment deux matchs à 50 points, et découvre un championnat de haut niveau et des supporteurs bouillants. Pendant ce temps, Kobe regarde son père jouer, reproduit ses gestes et apprend la langue de Dante.

 

Kobe-Bryant-12-ans-italie

 

À 7 ans, il parle couramment l’italien. Tous les jours, on le retrouve sur le terrain du quartier où il en profite pour enfiler les paniers avant que les bambini du coin débarquent avec leur ballon de foot. Un sport qu’il apprécie mais il sait déjà qu’il peut apporter beaucoup plus au basket. Et non le contraire. La famiglia restera en Italie jusqu’en 1991, déménageant au grès des transferts du padre : Reggio Calabria, Pistoia, Reggio Emilia… Puis, direction Mulhouse. Kobe l’Alsacien se mêle aux pros, leur demande de jouer avec lui après les matchs. Ses parents l’ont inscrit à l’International School de Bâle à 45 minutes de Mulhouse. La famille vit à l’hôtel provoquant l’exaspération des clients dérangés par des bruits de ballon au beau milieu de la nuit… L’exode alsacien ne dure que quelques semaines. Pour Joe, le basket français est une foutue rigolade. Retour aux États-Unis où son père devient l’entraîneur d’une équipe de filles dans la banlieue de Philadelphie tandis que Kobe continue son apprentissage et montre déjà un énorme potentiel.

 

Kobe-Merion-High-School

 

En 1992, il rejoint les rangs de la Merion High School qui figure parmi les meilleures écoles du pays et dispose d’un programme de basket renommé. Du sur-mesure pour ce diamant brut qui ne tarde pas à se distinguer. Dès sa première année, il termine meilleur marqueur de l’équipe. Lors de sa dernière saison, le futur Black Mamba bat tous les records avec plus de 30 points de moyenne. Les billets pour assister aux matchs s’arrachent. Tout le monde veut voir le phénomène qui permet aux Aces de remporter le titre. Une première depuis 1943. Kobe est élu meilleur lycéen du pays. Les plus grandes facultés lui font du gringue. C’est sans compter l’assurance et la détermination du Kid de Philadelphie…

 

Moi, Kobe Bryant…

 

Printemps 96. Kobe Bryant réunit ses professeurs et quelques journalistes pour annoncer son choix. Les personnes présentes sont ébahies par la maîtrise et le sang froid du jeune homme affublé d’un costard à épaulettes. 16 ans avant François Hollande et son fameux gimmick du « Moi, président », le Black Mamba balance : « Moi, Kobe Bryant, j’ai décidé d’exporter mes talents à… », avant d’ajouter « j’ai décidé de ne pas aller à l’université et d’exporter mes talents en NBA. » La draft 1996, considérée comme l’une des meilleures de l’histoire, désigne Allen Iverson comme le numéro 1. En 13ème position, on retrouve Bryant qui est recruté par les Hornets avant d’être transféré aux Lakers. Jerry West, le boss des Angelinos pour qui « Kobe est le vrai numéro un de la draft », le suit depuis quelques temps et l’échange contre Vlade Divac.

 

Kobe hornets

 

Malgré des débuts timides, le plus jeune joueur de l’histoire de la NBA étonne et intrigue. Il faut dire que le garçon est un bourreau de travail dont l’unique obsession est de dépasser son idole Michael Jordan. Dans son autobiographie, le légendaire entraineur Phil Jackson raconte que Kobe « avait non seulement appris à maîtriser la plupart des mouvements de Jordan mais s’était aussi approprié ses manières. » Le Black Mamba est un athlète éclairé accro aux statistiques, aux systèmes de jeu et aux analyses en tout genre. Son livre de chevet n’est autre que l’ouvrage de Dean Smith, l’ancien entraineur de Michael Jordan à l’université. Comme son paternel, il est sûr de son talent mais contrairement à lui sait que c’est par le travail qu’il réussira. Kobe va même jusqu’à imposer des séances vidéo pendant la mi-temps des matchs. Premier à l’entrainement, le dernier à partir. Une rigueur qui ne plaît pas à tout le monde, à commencer par Shaquille O’Neal son coéquipier. Le géant est un épicurien pour qui le basket rime avec plaisir. Un esprit de camaraderie que Bryant ne partage pas, confiant même qu’il n’a pas d’amis en NBA, qu’il n’a pas le temps pour cela, ni l’envie… Dans une interview pour USA Today, il déclarera : « Les gens pensent qu’on gagne des titres quand tout le monde s’éclate. » Fin de non-recevoir. Si certains s’en accommodent, d’autres pètent les plombs comme le pauvre Smush Parker qui en prend plein la gueule quand il l’aborde histoire de détendre l’atmosphère. La star des Lakers lui rétorque le plus sérieusement du monde : « Tant que ton palmarès reste ce qu’il est, ne viens pas me parler. » Le jeune joueur terminera sa carrière au Maroc dans l’anonymat total. Jeremy Lin fera aussi les frais de la verve venimeuse du Black Mamba qui lui enverra un SMS assassin lui disant qu’il espère « que cette saison [le] dégoûte ». A l’instar d’un Cristiano Ronaldo qui n’a pas besoin que Bale et Benzema viennent diner à la maison pour gagner, Kobe Bryant est un virtuose esseulé qui ne compte que sur son talent pour faire la différence.

 

Kobe Jordan

 

Law & Order

 

Été 2003. Auréolé de trois titres NBA avec les Lakers, Kobe Bryant doit subir une opération du genou dans le Colorado. La star est en pleine bourre et l’avenir est au beau fixe avec l’arrivée de nouveaux poids lourds dans l’équipe. Deux jours avant l’intervention, il prend ses quartiers à l’hôtel Lodge & Spa at Cordillera. Le lendemain matin, la vie de Kobe Bryant bascule quand l’une des employées du palace se présente à la police. Elle raconte que le joueur l’a violée. Dans la soirée, les détectives Dan Loya et Doug Winters débarquent à l’hôtel pour l’interroger. Le basketteur est paniqué. Il a surtout peur pour sa carrière. Les policiers tentent de le rassurer, lui expliquant qu’ils ne sont pas là pour le détruire. Bryant nie en bloc puis fait marche arrière. Oui, il a bien eu une relation sexuelle avec la jeune femme mais il jure qu’elle était consentante. Un mandat d’arrêt est émis par le shérif du comté. L’affaire ne tarde pas à se répandre dans la presse. Kobe Bryant est officiellement accusé d’agression sexuelle et risque la prison à vie. Il clame son innocence lors d’une conférence de presse où il est accompagné de sa femme.

 

Kobe-Vanessa

 

Dans son livre, Phil Jackson racontera qu’il n’a pas été étonné par cette histoire. « Je savais qu’il pouvait être dépassé par de surprenants excès de colère : il l’a prouvé plusieurs fois, à mon égard et à celui de ses équipiers. Etais-je donc surpris ? Oui, mais pas totalement. » Les médias et l’opinion publique s’emparent de ce fait divers croustillant. Une étude classe même le procès Bryant au sixième rang des centres d’intérêt des internautes américains. Un certain Patrick Graber est arrêté car il projetait d’assassiner la victime. L’Amérique est divisée. Malgré tout, Kobe continue à jouer comme si de rien n’était, enchaînant les succès à l’image de cette soirée où il inscrit 42 points. Pendant ce temps, les avocats de la star dévoilent le côté obscur de la jeune femme. L’ex-pom-pom girl a fait deux tentatives de suicide et aurait eu des relations sexuelles avec deux témoins de l’accusation quelques heures après la fameuse nuit avec Bryant. Les poursuites sont abandonnées. Lors du procès civil, un règlement à l’amiable est conclu entre les deux parties. Le montant du chèque signé par KB n’a jamais été évoqué. Plusieurs de ses sponsors comme Mc Do et Nutella décident de ne pas prolonger leur contrat avec le joueur. À Los Angeles, l’ambiance est tendue entre O’Neal et Bryant. À l’occasion d’une interview, ce dernier critique ouvertement le pivot, déclarant qu’il « est gros et hors de forme. Qu’il a exagéré sa blessure à l’orteil pour avoir davantage de congés, et qu’au final, ce n’était même pas si grave. » Le Shaq est fou de rage, prêt à tuer son coéquipier qui se sent isolé depuis l’affaire. Les deux hommes ne veulent plus jouer ensemble. L’entraîneur Phil Jackson souhaite se séparer de Bryant.

 

shaq heat kobe lakers

 

Au final, Shaquille O’Neal rejoint le Heat de Miami, le coach est viré et le Black Mamba signe un nouveau contrat de 136 millions de dollars. Kobe traînera cette sale affaire pendant de nombreuses années. Encore en 2012, le rookie Larry Nance Jr le traitera de violeur sur les réseaux sociaux. Dix ans après le fameux procès, le joueur repasse par la case justice. Cette fois, il est dans la peau de la victime et intente un procès à sa mère qu’il accuse d’avoir mis en vente des objets personnels sans son accord : des maillots, un trophée de meilleur joueur de l’Adidas ABCD basketball camp, un ballon signé des finales NBA 2000 et une bague du titre NBA 2000. La maman avait besoin de 450 000 dollars pour s’acheter une nouvelle maison alors que son fiston lui avait tout de même proposé un joli chèque (250 000 dollars). Entre le Black Mamba et ses parents, tout n’est pas rose. Bien que discret sur sa vie personnelle, le joueur a confié qu’il ne pensait pas que ses parents assisteraient à son dernier match. De quoi provoquer des attaques en série chez les fans de Kobe…

 

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