Electric Guest, périple de l’ombre à la lumière

De plateau en concert, en passant par les sessions acoustiques, le groupe Electric Guest a enchaîné la promo avant d’arriver jusqu’à notre équipe le jour même de la sortie de leur album « Plural ».  Face à nous, le duo apporte avec leur bassiste, les dernières touches à leur cover du titre « I Like It » de DeBarge. Asa Taccone, le chanteur, tourbillonnant habité et le guitariste Matthew Compton, plus calme, semble surtout un petit peu plus fatigué.

Photos : @samirlebabtou

 

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« Assez naturellement, on est sorti de cette obscurité et de ce tourment, on a trouvé la lumière et « Plural » en est sorti. » – Asa


 

Mais l’effort est justifié. Il faut dire qu’il s’est écoulé déjà cinq ans depuis la sortie de l’EP « This Head I Hold » et de leur premier album « Mondo ». Face à nous Matthew se rassure, ironique « Ça ne nous inquiétait pas que les gens nous oublient ». Même s’il est vrai que le retour à la scène leur demande de nouveaux efforts : « On a tout reconstruit depuis la dernière fois où on est parti en tournée ». Mais cinq années, c’est ce qu’il fallait au duo pour arriver au bout d’un processus qui s’amorçait dans l’obscurité, sur les bases du premier jet d’un projet qui ne verra jamais le jour. « Il était sombre, totalement dépressif […] On a écrit un premier album, qu’on a joué à des amis, Danger Mouse et d’autres, qui nous ont dit « Vous devriez peut-être en écrire plus et voir ce qui peut en sortir ». Et ça nous a poussé à sortir un peu de notre élément. ». « On a continué d’écrire, se rappelle Asa, et avec un peu de chance, assez naturellement, on est sorti de cette obscurité et de ce tourment, on a trouvé la lumière et « Plural » en est sorti. Quelque chose de plus optimiste. », « C’était sympa. Mais oui, c’était plus long. », conclu Matthew.

 

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« L.A est en fait un endroit où on peut être facilement isolé. […] Les gens ont l’espace pour faire leurs propres trucs et ne pas être dérangés. » – Matthew


 

Après une tournée autour du monde, c’est encore à Los Angeles qu’ils choisissent de concevoir l’opus. Un endroit familier emprunt d’un je-ne-sais-quoi qui se ressent inévitablement dans leur musique, quelque chose de caractéristique à cette ville.  « Je ne sais pas comment le décrire, nous confie Asa, mais tu peux le sentir ». Pour Matthew L.A. se démarque par son espace et la liberté qu’elle accorde : « Los Angeles est en fait un endroit où on peut être facilement isolé. Je pense que beaucoup de gens l’imaginent comme une ville faite pour faire la fête, traîner et jouer au volley sur la plage. Mais en fait, les gens ont l’espace pour faire leurs propres trucs et ne pas être dérangés». Le résultat, 11 titres efficaces, triés sur le volet et emballés dans une pochette qui figure totalement le titre de cet album. « Plural [plusieurs, ndlr] dans le sens de dualité », explique Asa. « C’est toutes les personnalités qu’on peut avoir et celles qu’on a choisi de montrer au reste du monde et le tourment qui peut parfois exister entre les deux. J’essaie de les combiner pour qu’ils ne fassent qu’un et pour ne plus être dans cette dualité. Je pense que c’est le message de cet album et d’essayer de ne plus être dans la pluralité et de ne faire plus qu’un » rajoute-t-il.

 

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« On a perdu des fans parce qu’on a posté des messages anti-Trump. » – Matthew


 

Effectivement plus optimiste, Plural a ce quelque chose de lumineux, mais légèrement doux-amer, mélancolique si on s’y perd. Un contraste qui retranscrit l’état du duo quelques temps après l’élection de Donald Trump. « On a fini l’album avant que Donald Trump ne devienne président. Au début, on se disait :  » Merde, on a totalement pas capté le sentiment général ». Au départ, je me demandais qui aurait la tête à écouter ces chansons joyeuses. Mais je pense que les gens en ont besoin ». Il faut dire que l’élection de Trump aura eu le mérite de mobiliser et de relier ses détracteurs contre lui et pour défendre des causes qui semblaient autre fois acquises. Et dans ces différentes luttes, quelle place tiennent encore les artistes ?  « Je pense qu’ils peuvent jouer différents rôles. Mettre le projecteur là-dessus, ce que pas mal de gens font. Ou être un échappatoire, donner quelque chose de positif sur lequel se concentrer. » Entre ceux qui se contentent de nostalgique adieux à Obama et ceux qui décident de prendre position, Electric Guest a choisi son camps. Asa explique : « C’est beaucoup trop important aujourd’hui, on ne peut pas rester silencieux ». « On a perdu des fans parce qu’on a posté des messages anti-Trump », rappelle Matthew. « Et on leur dis « Bye ». « C’est intéressant » conclut Asa.

 

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