Loom : « Ça ne me fait jamais plaisir de dire non »

Malgré la centaine de personnes mobilisées pour mettre en œuvre les trois mois de YARD SUMMER CLUB, Loom reste certainement le visage le plus connu du public. Premier contact d’un lieu de fête, le physionomiste – ou physio – est chargé de laisser passer les (bons) fêtards, de les protéger et devient le garant de l’esprit de la clientèle qui doit coïncider à celle recherchée par les organisateurs. En définitif, une mission indispensable et difficile qui incombe à celui qui l’occupe. Comme le disait l’oncle de Peter Parker, « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », on a donc laissé à Loom le soin de nous présenter son aventure.

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Comment définirais-tu ton style en tant que physio ?

Je suis humain et cool. Je ne suis pas le genre de mec qui se déguise en fait. Tu vois, beaucoup de physios changent et s’habillent d’une certaine manière, ils jouent un rôle et en font trop. Cette catégorie finit toujours à un moment par se cacher derrière le videur.
Les soirées YARD sont des soirées hip-hop ouvertes à tous, pas seulement pour les « blacks », les hipsters ou telle et telle clientèle. On voulait vraiment qu’il y’ait un melting-pot, donc j’ai bossé de cette manière.

Qu’est-ce qu’il te pousse à dire non à certains et oui à d’autres ?

L’état d’esprit des personnes. C’est difficile de jauger, mais quand t’es bon tu sais le faire. À force de travailler dans différents endroits, tu commences à voir les mêmes choses, c’est souvent répétitif. Être physionomiste, c’est se souvenir des visages mais aussi déceler dans le regard et dans l’attitude le mec cool. Je cherche avant tout le bon esprit, la bonne énergie mais pas spécifiquement des gars qui ont de l’argent ou qui sont ultra-lookés. Donc celui qui est dans un mauvais délire, je le capte et c’est non.

Arrives-tu à déceler la dangerosité d’une personne car ton travail est aussi d’assurer la sécurité de tout le monde ?

Clairement. C’est la particularité de notre métier, c’est la où nous devons être compétents et vigilants car l’ambiance qui va régner dépend de nous. Il suffit d’un branleur, d’un fouteur de merde et c’est foutu. Quand tu fais des soirées à quatre mille personnes, tu as peu de marge d’erreur. C’est pour ça que tu as une équipe de sécurité à l’intérieur pour gérer ces situations.

Est-ce que tu comprends la frustration des personnes refoulées ?

Tout à fait. Tu sais, je dis souvent à mes gars : « Mets-toi dans la tête que tu as été client et que tu l’es encore. » Et quand tu es amené à dire non, il faut essayer de le faire avec le plus de précaution possible.
Les gens viennent pour s’amuser dans un endroit où la musique jouée représente leur culture, mais parfois on les refuse. C’est dur ! Je suis humain, j’ai un cœur comme tout le monde et ça ne me fait jamais plaisir de dire non. Excepté aux branleurs qui me sortent une American Express noire et une Gold lorsque je lui demande s’il est accompagné. Ah ouais ? Alors prends tes deux copines et va voir ailleurs!

Justement quelles sont les phrases les plus insolites que tu aies entendu ?

À part celle-là, un mec m’a dit en arrivant vers moi, « Bonsoir, ça ne va pas être possible », puis il continue en me répétant : « Non ça ne va pas être possible. » Moi je suis bon joueur, et même si le mec n’a pas le look, le fait qu’il m’ait fait une blague drôle me pousse à le laisser entrer.
Les gars à l’entrée deviennent créatifs. Un jour quelqu’un vient me voir à l’entrée et m’interpelle : « Bonsoir, on est les cousins de Loum et il nous a dit qu’on pouvait venir – Mais vous êtes quel genre de cousins, parce que je le connais bien Loum ? –Nos mères sont sœurs c’est tout – Les gars vous avez entendu ? C’est des cousins de Loum ! Mais c’est bizarre car Loum, c’est moi ! » Ces mecs-là, je ne les ai pas laissés entrer par contre. C’était trop, tu parles de la famille quoi ! Mais cette phase nous a fait rire toute la soirée.
Un jour un mec arrive en Ferrari, me passe les clés en me disant : « Va me la garer ! » Je lui ai répondu : « Je ne vais pas la garer, je vais la garder en fait. »

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Quand quelqu’un te propose de l’argent pour entrer, comment tu réagis ?

Les premières fois où l’on m’a fait ce genre de propositions, ça m’a fait réfléchir. Je me dis que si je prends l’argent, ça signifie que je suis un vendu. J’ai de l’égo, de la fierté et puis ce n’est pas juste pour les mecs qui me paient et qui m’ont engagé. Les gens de chez YARD, ce sont des potes avant d’être des gars avec qui je bosse. C’est une relation de confiance, c’est comme si je volais mes potes. Et la deuxième chose, c’est que si tu acceptes et que la personne que tu as laissé entrer fout le bordel et te balance, tu es définitivement cramé et décrédibilisé. Parfois, ça peut aller jusqu’à 500€ mais personne ne me mettra un prix sur la tête.

La première soirée a été particulièrement agitée à différents niveaux avec la release party de l’album de Joke. Comment l’as-tu vécu personnellement ?

C’est la première fois que j’ai vu autant de monde se présenter devant une boîte. À l’intérieur c’était noir de monde, il devait y avoir deux mille cinq cent personnes ; et dehors, la queue allait jusqu’à la gare d’Austerlitz. Surréaliste ! J’avais un sentiment de fierté car quelque part tu te dis que tu as fait du chemin depuis les petits bars. Après vient une impression de peur, car si tout le monde décide de rentrer, personne ne pourra les empêcher. Là tu commences à flipper et plein de choses rentrent dans ta tête.

Dans ton expérience de physio à Paris, as-tu connu d’autres événements comparables à celui-là ?

Pour moi, c’est la plus grosse soirée hip-hop de France, voire d’Europe. Je n’ai jamais eu a géré ça car même au Zénith, lors de concerts, tu as beaucoup de monde mais c’est différent car c’est une configuration simple pas comme celle du clubbing. Je n’ai jamais vu ça, je pense même que je peux rentrer dans le livre Guinness des records en étant le mec qui a recalé le plus de monde en une soirée.

Es-tu déjà allé trop loin dans ta manière de recaler ?

Ça m’est arrivé au début de carrière, mais plus maintenant. Comme je le dis souvent, il ne faut jamais s’habituer à une porte. Puis quand tu montes une échelle, fais bien gaffe à dire bonjour à tous les étages car un jour tu vas la redescendre. Et quand ce sera le cas, tu reverras les mêmes personnes et elles ne t’oublieront pas.
Quand tu tiens une porte à la mode, beaucoup veulent être ton ami, mais c’est souvent de l’hypocrisie, parce qu’ils savent que t’as du pouvoir. Le jour où tu n’as plus de porte, fais gaffe, tu peux vite te retrouver seul. Donc c’est essentiel de respecter tout le monde et de ne jamais avoir de sentiment de supériorité.

Quel est le truc le plus fou que tu aies vécu dans la YARD SUMMER CLUB ?

Il y en a eu plusieurs. Mais quand tu rentres à l’intérieur et que tu vois deux mille personnes danser, c’est fou. La release party de Joke et la CLOSING BLOCK PARTY avec tous les rappeurs, c’était du délire. Voilà, c’est plein de bons moments.
J’ai vraiment senti que les gens attendaient cette soirée tous les mardis, c’est devenu l’incontournable de l’été. Ce fut vraiment une expérience de fou. Je suis content parce que j’ai fait l’entrée d’un lieu qui prenait quatre mille personnes. La soirée avait lieu qu’un jour dans la semaine, mais j’en mettais deux ou trois à m’en remettre à chaque fois. Mais ce fut mortel, un pur délire ! Merci !

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