Pourquoi Marilyn Manson est plus cool que ton rappeur préféré

Marilyn Manson fascine. Superstar de la scène rock et metal qui le consacre comme l’un des artistes les plus influents de sa génération, son nom résonne comme l’un des plus controversés du monde musical, tous genres confondus. On ne compte plus les légendes, fausses ou avérées qui entourent la mythologie Manson (qui n’a jamais entendu cette fameuse rumeur des côtes enlevées pour mieux pratiquer l’auto-fellation ?). Symbole du mal incarné pour certains, personnage atypique pour d’autres, il est surtout l’un des mecs les plus cool de la planète. La preuve par 10.

 

Parce qu’il est l’idole du rap game

«Il est encore plus profond que Jay Z ou Notorious BIG», derrière cette provocation assumée qui a hérissé le poil des plus puristes, Lil Uzi Vert établit en fait une vérité qu’on ose enfin entendre aujourd’hui : Marilyn Manson est un modèle pour nombre de rappeurs contemporains. Son plus grand fan, c’est bien sûr l’auteur de XOXO Tour Llif3, le jeune homme lui emprunte un certain goût pour le gore et la vie de rock star, plus que celle de rappeur. Esthétiquement, Uzi pioche allégrement dans la silhouette Manson, il se fait tatouer, se colore les cheveux et multiplie les références vestimentaires. «J’ai vu Marilyn Manson», raconte-t-il. «Il avait un dentier en platine, c’est à ce moment-là que j’ai eu mon premier». Sur le tournage de “Bad & Bougee” du groupe Migos, le rappeur apparaît sans complexe avec un t-shirt Marilyn Manson, et arbore régulièrement une chaîne à son effigie. Les deux artistes ont d’ailleurs laissé entendre qu’ils travaillaient sur une collaboration prochaine.

Lil Uzi Vert est loin d’être le premier à s’amouracher de la star de metal. Bien avant lui, Gucci Mane l’invitait en featuring sur le titre “Fancy Bitch” (2013). Les deux hommes se seraient liés d’amitié à l’avant-première du film Spring Breakers d’Harmony Korine en 2012, et continuent d’entretenir une relation particulière. Plus tôt cette année, le rockeur prenait le costume de journaliste (un métier qu’il a pratiqué dans sa jeunesse) pour interviewer le rappeur alors en couverture du CR Men’s Book du mois de mars. Même Rick Ross se met à fantasmer d’une possible collaboration, comme le révèle Manson lui-même dans une interview : «J’étais dans un hôtel en train de dîner avec Rick Ross, quand il m’a dit que son rêve était de travailler avec moi.». La rock star a par ailleurs déjà été aperçue en compagnie du père de Drake (qu’il appelle «homie»), prend la pose aux côtés de Skepta ou Jaden Smith, fait une apparition remarquée dans le clip d’”Ugly Boy” de Die Antwoord. Bref, les connexions entre la rock star et le hip-hop sont infinies, lui qui a souvent cité des rappeurs comme influence, se trouve à son tour chéri et célébré.

 

Parce qu’il a failli être sur l’album Slim Shady d’Eminem

Peu de personnes le savent, mais Eminem avait demandé à Marilyn Manson de figurer sur son mythique album Slim Shady, et plus précisément sur le titre “97 Bonne & Clyde”. À l’époque, le rockeur refuse. Il expliquera en 2007 qu’il trouvait Eminem trop misogyne. Les deux hommes ont visiblement eu le temps de se réconcilier puisque leur amitié n’a aujourd’hui plus rien d’un secret. Le rappeur fait d’ailleurs référence à Manson sur le titre “The Way I Am” sorti en 2000, défendant que les parents feraient bien de mieux éduquer leurs enfants au lieu de s’en prendre à eux comme bouc-émissaires. Les deux artistes sont apparus sur scène ensemble en 2005 à Barcelone lors du All Access Europe Tour d’Eminem pour défendre le morceau.

Parce qu’il décapite Donald Trump dans un de ses clips

À l’instar de Snoop Dog dans le clip de “Lavender”, Marilyn Manson s’est lui aussi pris de folie meurtrière à l’encontre du 45ème président de États-Unis. C’était en pleine campagne électorale, au mois de novembre 2016. Manson dévoile alors une preview de la vidéo de son titre “Say10”, dans lequel le corps sans vie et sans tête d’un homme en costume gît sur le sol. En une fraction de seconde, on peut apercevoir le meurtrier agrippant la chevelure doré légendaire de sa victime. Il a par ailleurs indiqué qu’il refusait de voter pour ne pas avoir à choisir entre « la merde de chat et la merde de chien« .

Parce qu’il a défendu le moshing dans un talk-show de 1995

S’il ne se passe plus un concert de rap sans mosh-pits, n’oublions pas que le monde doit la démocratisation de ce formidable échange viril de coups de boule et de sueur à la scène punk, rock et métal. Dans les années 1990, le phénomène inquiète la bienséance d’une Amérique puritaine, et The Phil Donohue Show en profite pour en faire le sujet d’une émission qu’on devine houleuse. Le présentateur commence par présenter le moshing sous son spectre le plus négatif : « La musique et le football [américain, ndlr] se mélangent sur la piste de danse, de jeunes adolescents le font et se blessent », avant d’introduire un groupe de jeunes personnes et leurs parents, dont un père et une mère dont le fils est décédé des suites de blessures lors d’un concert. Donohue enchaîne ensuite par des amalgames entre moshing, drogue, alcool, promiscuité et échec scolaire, avant de conclure sur un «ce n’est pas ce que votre père aurait rêvé pour vous». Le réquisitoire continuera tout au long de l’émission. Un chic type.

Entre en scène, Marilyn Manson, au sommet de sa provoque, tout de noir vêtu, pantalon en vinyle, tatoué de la tête au pied, teint blanchâtre vampirique et cheveux longs d’un noir profond. Il est accompagné de Twiggy Ramirez et Madonna Wayne Gacy, tous deux membres de son groupe. À la surprise générale, les trois antéchrists sont les plus éloquents et rationnels du plateau. Manson développe dans sa plaidoirie une critique acerbe de l’éducation chrétienne imposée de force. Ayant lui-même grandi dans une tradition catholique, il défend que le moshing en serait une expression rebelle. «Je pense qu’il est regrettable que les parents ne sachent pas ce que font leurs enfants, continue-t-il. Cela me déçoit. Je pense que les parents devraient mieux élever leurs enfants ou quelqu’un comme Marilyn Manson va le faire.» Stupeur sur le plateau.

 

Parce qu’il se paye Justin Bieber (et pas qu’une fois)

C’est sûrement l’un des clashs les plus improbables de ces dernières années. L’idole des jeunes filles en fleur Justin Bieber et le grand pontife de la scène metal Marilyn Manson se tirent la bourre par médias interposés depuis une paire d’années. Le premier missile est envoyé dès 2015 par la rock star qui reposte à l’époque sur Instagram une vidéo de Justin adressée à ses fans. La pop star porte alors un t-shirt «Marilyn Manson». D’humeur taquine, ce dernier commente en légende : «C’est pénible quand tu prêtes un t-shirt après une sodomie, et que la personne ne te le rend pas. Bon, au moins, il sert à une bonne cause.»

Mais la réelle origine de leurs saillies respectives prend source en 2016 lorsque Bieber commercialise un t-shirt à l’effigie de la rock star, agrémenté de la mention «Bigger than Satan… Bieber», avant de le porter sur scène. Problème, Manson n’a jamais donné son accord. Lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois, le Biebs porte une nouvelle fois le t-shirt et se permet des remarques pédantes à l’encontre du «Révérend». « Il était très tactile, il ne faisait que répéter ‘yo yo bro’ et me toucher quand il parlait. J’étais genre: ‘tu dois te calmer, tu ne m’arrives pas à la cheville, OK‘ », détaille-t-il dans une interview pour Consequence of Sound, avant d’ajouter : « Il m’a dit « Je t’ai remis au goût du jour.» C’était une vraie merde arrogante dans la façon qu’il avait de dire ça. »

Second acte, Justin s’excuse par sms pour éviter la dégringolade. Invité du Howard Stern SiriusXM Show, Marilyn dévoile le contenu du message : « Je pensais qu’on avait eu une interaction sympa. S’il y a eu un problème avec le t-shirt, je suis vraiment désolé. Ça pique de voir que je suis vu comme un con ou juste que j’ai été con. Je suis désolé. » Pas rancunier, Manson , toujours à l’antenne, lit sa réponse : « On est cool. Les gens ont juste parlé de cette histoire de t-shirt pour la tourner en fausse querelle. (…). Tu n’étais pas un trou du cul. Ils ont demandé si tu l’étais et j’ai plus ou moins acquiescé. » Problème réglé, pense-t-on.

Sauf que… «L’Antéchrist Superstar» a peut-être la rancœur plus tenace qu’il a bien voulu le laisser entendre. Un mois à peine après l’épisode des excuses, il repart à l’assaut lors d’une interview radio conduite par l’animatrice Cindy Scully. Lorsqu’elle lui demande pourquoi Bieber ne lui avait pas demandé l’autorisation des t-shirts, il rétorque : « Je ne sais pas, parce que je ne sais pas comment marche l’esprit d’un écureuil. » Et de conclure : « Il est dans une sorte de secte religieuse sexuelle avec une version asiatique de Dave Navarro [guitariste ayant collaboré avec les groupes Nine Inch Nails et Red Hot Chili Peppers], apparemment. Mais je n’aime pas me battre avec les filles, donc je ne me battrai pas avec Justin Bieber. » *Drop mic*

Parce qu’il est pote avec Demna Gvasalia

Doublement récompensé lors des British Fashion Award 2016, le directeur artistique de Vetements, d’ordinaire très discret, est venu célébrer sa victoire en compagnie de son frère Guram (co-créateur de la griffe) et de … Marilyn Manson. Régulièrement habillé de Vetements dans les magazines, la rock star se serait pris d’amitié pour les frères Gvasalia. Comme un symbole, c’est Manson lui-même qui remet la première des deux récompenses à Demna et Guram.

 

Et que toute la mode se l’arrache

Marilyn Manson, c’est aussi (et surtout) une gueule doublée d’un charisme des plus imposants, et la mode l’a bien compris. Dès 2000 et alors que son image d’Antéchrist Superstar aussi sophistiqué que controversé atteint son paroxysme, il fait la couverture du sacro-saint Dazed & Confused qui lui consacre la bagatelle de 10 pages. Probablement l’une des couvertures les plus iconiques du magazine, à tel point que la rock star est invitée à célébrer le 25ème anniversaire de la publication avec une nouvelle cover. Au fil des années, Manson apprend à domestiquer la mode des hautes sphères, fascinée par sa silhouette androgyne et son style goth-trash magnétique. En 2013, il fait la couverture de Candy Magazine avant de devenir l’une des égéries phares du Saint Laurent d’Hedi Slimane. En 2015, c’est Paper Magazine qui le consacre en cover de leur numéro de mars. L’année suivante, c’est au tour de Marc Jacobs de choisir le chanteur comme figure pour sa campagne automne-hiver 2016. Et même lorsqu’il n’est pas directement sous les projecteurs, Marilyn Manson brille de son absence. Sa musique rythme le défilé automne-hiver 2015 de Roberto Cavalli et Thom Browne s’en sert comme inspiration majeure pour son make-up d’automne-hiver 2017.

 

Parce qu’il est adoubé par David Lynch

Polymathe, Marilyn Manson ne se contente pas que de la musique comme unique moyen d’expression, il se distingue également avec brio dans le 7e art. Grand fan de David Lynch, les deux hommes entretiennent une relation privilégiée. Dès 1997, ce dernier lui accorde un petit rôle dans Lost Highway. En 2001, ils co-signent Genealogies of Pain, un livre qui mélangent des images de peintures de Manson avec des extrait photographiques de quatre des premiers films expérimentaux de Lynch. Le cinéaste est également l’auteur la préface du livre autobiographique du chanteur Mémoires de l’enfer (The Long Hard Road Out of Hell), publié en 1999.

 

Parce qu’il joue un nerd victimisé dans un film de Quentin Dupieux

Toute apparition dans un film de Quentin Dupieux est déjà un sommet de coolitude en soit. Quand Marilyn Manson fait la découverte de Rubber – le premier long-métrage de Quentin Dupieux sorti en 2010 – il est fasciné par son sens de l’absurde et décide de lui écrire. Le réalisateur français pense d’abord à un canular avant de se rendre à l’évidence devant la flopée de selfies envoyées par Le Révérand. Rapidement, les deux hommes se lient d’amitié, Quentin l’appelle Bunny, et lui Dirty Santa à cause de sa barbe. La rock star le convainc de lui offrir un rôle dans son prochain film : Wrong Cops. Il partage l’affiche avec Eric Judor (et rien que ça c’est drôle), Eric Wareheim, le génial Mark Burnham ou Steve Little. D’abord pressenti pour jouer le flic véreux, c’est finalement dans le rôle de l’ado nerd victimisé, moqué, abusé, que Manson montre l’étendu de son talent. Étonnement, du haut de ses 44 ans, il n’a aucun mal à rendre crédible son rôle d’adolescent introverti, et confirme pour ceux qui en doutaient encore que son talent d’acteur est mesurable à celui de musicien. En 2016, méconnaissable, il s’éclate dans le rôle d’un tueur psychopathe pour Let Me Make You A Martyr.

 

Parce qu’Alejandro Jodorowski l’a marié à Dita Von Teese en tenue de prêtre alchimiste

Attention passage kamoulox. Nous sommes en terre irlandaise en 2005 et Marilyn Manson passe la bague au doigt de Dita Von Teese (déjà classe en soit). La cérémonie est un grand n’importe quoi burlesque. Pour officier, le couple choisit l’illustre réalisateur franco-chilien Alejandro Jodorowski, l’une des personnalités les plus importantes de la vie de la rock star. Les deux hommes se tirent régulièrement les cartes de tarot et partagent des discussion enflammées sur le diable, tout un programme. Le cinéaste apparaît alors en costume et long chapeau blanc de l’Alchimiste dans The Holy Mountain, l’un des films de Jodorowski, financé par John Lennon, avec des bottes blanches fendues comme des sabots de chèvre, et finit par officialiser le mariage en qualité de «prêtre alchimique». Pour l’anecdote, le couple se sépare trois mois plus tard (le nom de Lindsay Lohan est évoqué) et Alejandro confie à Marilyn qu’il avait su que le mariage serait un échec à la seconde du «Vous pouvez embrasser la mariée», et qu’elle avait alors vérifié son rouge à lèvres.

 

BONUS : Parce qu’il est possiblement samplé sur l’album Yeezus de Kanye West

On a longtemps soupçonné (et on soupçonne encore) Kanye West d’avoir samplé The Beautiful People de Marilyn Manson sur le titre Black Skinhead issu de son album Yeezus. D’abord présent dans une première liste officieuse, son nom n’apparaît finalement pas lorsque les crédits officiels sont dévoilés.