On vous résume l’interview de Kendrick Lamar à Forbes

Chaque année, le magazine américain Forbes établi la liste des 30 personnalités en dessous de 30 ans les plus influentes du monde. C’est en 20 catégories qui comptent notamment, l’éducation, la science, l’art et le style ou encore le sport, que sont répartis 600 jeunes personnes qui sont propulsées sous les feux des projecteurs pour leur impact sur la société. Si cette année la catégorie musique de ce classement liste des artistes tel que Tory Lanez, Lil Yachty, Desiiner ou encore Bryson Tiller, c’est en 2014 que Kendrick Lamar faisait son apparition, notamment aux côtés de J. Cole, Drake et Rihanna.

Avec son album DAMN. qui a rapidement été certifié double-platine, une tournée mondiale qui le verra poser ses valises en Europe et ses chansons qui ont été reprises lors de manifestations anti-racistes aux États-Unis, Kendrick Lamar représente la voix de la génération en dessous de 30 ans. C’est Zack O’Malley Greenburg, rédacteur en chef chez Forbes, qui a discuté de TDE, de mentorat ou encore d’entreprenariat avec le rappeur de Compton.

Kendrick Lamar et Zack O’Malley Greenburg

 

Sur le moment qui l’a conforté dans l’idée de faire du rap

Le moment où j’ai réalisé que je voulais vraiment faire du rap c’est quand j’ai sorti un single qui était vraiment merdique. C’était sans aucun doute le moment clé. Parce qu’à ce moment tu es au plus bas de ce que tu veux faire. Mais en même temps j’ai pas réalisé que c’était aussi le moment le plus haut parce que je suis retourné en studio et j’ai recommencé, j’ai persévéré. C’est à ce moment que j’ai réalisé que c’était ce que je voulais faire parce que je n’ai pas abandonné, même après avoir fait un son pourri.

Le morceaux (pas si « merdique » que ça) qui a conforté Kendrick dans l’idée de faire du rap

 

Sur l’impact du mentorat de Top Dawg dans sa vie

À Compton, Watts ou juste Los Angeles en général, la plupart des jeunes n’avaient pas de figure paternelle et se tournaient vers leur oncle ou une personne plus âgée de leur entourage. Ce qui séparait Top Dawg des autres en ce qui concerne le mentorat quand j’avais 16 ans, c’est qu’il ne nous entrainait pas à faire des choses négatives comme la plupart des gars qui avaient du pouvoir dans les rues à cette époque. C’est un truc unique que j’ai vu chez lui. Il nous poussait à être positif et c’est quelque chose que je vais toujours admirer.

 

Sur le fait qu’il soit considéré comme un rappeur conscient

Chacun a sa propre opinion. Il y a une chose que 50 Cent a dit et qui restera toujours encrée dans mon esprit: « on est tous conscient. » Tous les rappeurs sont conscients à leur façon. Ils ont une compréhension profonde de ce qu’est leur experience et projettent ces leçons de vie à travers leur musique ou même par la façon dont ils vivent au quotidien.

 

Sur le fait d’être signé à la fois chez TDE, Aftermath et Interscope

Avec TDE, on a toujours travaillé en tant qu’entreprise indépendante avant de signer avec une major. Lorsque ça a été le cas, tout s’est bien passé parce que les majors ont compris comment on travaillait et n’ont pas essayé de changer notre façon de faire. Ils ont plutôt essayé de trouver comment ils pourraient nous aider à avancer.

 

Sur le fait d’être devenu à son tour un mentor

C’est intéressant parce que je peux prendre du recul et voir les erreurs que j’ai commises que ce soit sur la musique ou le business. Par exemple aller voir un label et se battre pour sortir un single qui ne te représente pas. Ce que je dis aux jeunes de TDE c’est de toujours faire quelque chose qui les rende fier et non pas quelque chose pour être signé, parce que ça ne dure jamais. Ce qui dure, c’est ce qui est 100% fidèle à eux-même. C’est ça que j’essaie d’apprendre aux jeunes mais je n’ai pas besoin de faire grand chose parce qu’ils sont déjà assez fort mentalement pour savoir ce qu’ils veulent.

Kendrick Lamar s’exprime sur l’importance du mentoring

Sur sa plus grosse erreur créativement parlant

Regarder le succès des autres en pensant qu’il pourrait être le mien. Des fois tu écoutes la radio et tu es influencé par ce qui marche en ce moment. Ça m’a gêné pendant une longue période mais quand j’ai changé de nom de scène de K. Dot à Kendrick Lamar et trouvé l’histoire que j’avais à raconter, c’est à ce moment que j’ai commencé à avoir les regards et l’écoute que je voulais.

 

Sur comment se différencier des autres rappeurs 

Je peux rapper, freestyler et sortir des punchlines toute la journée. Je me suis demandé qu’est ce qui pouvait me séparer des autres rappeurs et pour ça, je me suis tourné vers des gens qui m’entourent et qui m’inspirent. C’est la que j’ai compris que le truc, c’était la connection. Qu’est ce que j’ai pour connecter avec cet auditorat qui se bat pour une cause ou qui veut entendre une personne qui se bat pour une cause et lui donne la motivation de continuer dans la vie de tous les jours ? Mon truc, c’est mon histoire, Good Kid, M.A.A.D City. Je pense que c’est ce qui m’a donné de la confiance. Genre: « voici ce que je suis et si vous n’aimez pas, ainsi soit-il. »

 

Sur la révolution du streaming 

C’est juste un changement par rapport à la façon dont on sort la musique et, bien sûr, internet y est pour beaucoup. Au début, je ne comprenais pas. Je suis né dans les années 90, on était habitué à avoir des CDs physiques, tangibles, que tu pouvais sentir entre tes mains. Alors quand j’ai vu que les gens n’achètent plus de CDs, ça m’a un peu perturbé. C’est juste quelque chose que j’ai dû assimiler. Ensuite, j’ai compris que c’était un moyen de distribution qui permettait aux gens du monde entier d’écouter ta musique d’un coup, et le message passe toujours. Donc je garde en tête que la musique passe en premier, peu importe la façon dont ça sort.

« HUMBLE. » a été écouté plus de 500 000 fois sur Spotify

Sur le fait que le hip hop soit le genre le plus écouté en streaming

Le hip hop a toujours été le genre ultime. Même quand les chiffres et les statistiques n’étaient pas connus, on a toujours fait la différence. Nous sommes la culture. On peut débattre aussi longtemps que vous voulez, mais on décide de ce qui est cool et de ce qui ne l’est pas. Je n’ai pas cru ma mère quand elle m’a dit qu’en 87, l’année ou je suis né, les gens disaient que le hip hop n’allait durer qu’entre six mois et un an. Ça m’a choqué. Et aujourd’hui, tu vois Jay-Z au panthéon des écrivains. C’est nous, et ça vient des cités.

 

Sur Jay-Z, Puff Daddy et Dr. Dre

Pour moi, ils ont toujours fait la meilleure musique. Et plus que ça, au niveau entreprenariat, ils ont franchi des barrières que les gens pensaient infranchissables pour des gens comme nous. Regardez Jay-Z et Roc-A-Fella et sa ligne de vêtements, ce sont des gros accomplissements. On nous disait qu’on ne pouvait pas réussir dans d’autres domaines que le hip hop et quand tu penses technologie tu penses à Dre et même ce que Puff fait, toutes ces choses sont des inspirations pour ma génération. Voir leur réussite est une bénédiction.

 

Sur le conseil de Dr. Dre qui l’a marqué le plus

Je me souviens être chez lui et lui dire: « Putain c’est une grosse maison ! » Ensuite il m’a dit: « Oui c’est une grande maison, mais le plus dur c’est pas de l’avoir, le plus dur, c’est la garder. Il faut continuer à bosser dur, tu vas faire des erreurs mais le truc, c’est qu’il faut poser des questions. » C’est quelque chose que j’assimile encore aujourd’hui, je dois continuer à poser des questions, notamment sur le fait d’être businessman, c’est encore nouveau pour moi.

 

Sur le fait d’avoir été à la Maison Blanche

Le truc c’est pas un enfant de Compton qui va à la Maison Blanche, mais plutôt Barack Obama qui permet à un enfant de cité d’entrer dans ce bâtiment. Tout part de lui. Je ne veux même pas qu’on se concentre sur moi, mais plutôt sur lui, qui nous a fait l’honneur à moi et à d’autres personnes de zones urbaines de pouvoir s’asseoir et discuter avec lui à l’intérieur de cette maison.

Kendrick Lamar et Barack Obama en 2015 à la Maison Blanche

Sur sa manière de jongler entre prêche à la paroisse et en dehors de l’église

C’est une excellente question et c’est un processus auquel je pense à chaque fois que j’entre en studio. Le meilleur moyen pour moi d’analyser et expliquer la manière dont je fais ça c’est de vous dire que je ne me retiens pas. C’est aussi simple que ça. Je n’ai pas de remords, je ne peux pas avoir peur d’offenser qui que ce soit. Je ne peux pas avoir l’impression que je fais ce que je fais juste pour un certain groupe de personnes, je dois rester fidèle à moi même, à mes valeurs et mes croyances. Si on a l’impression que je n’ai pas de défauts, les gens en dehors de l’église ne comprendront pas qui est vraiment Kendrick Lamar. Ils penseront que je suis une sorte de divinité mais je suis un être humain comme ceux à l’intérieur et à l’extérieur de l’église. Donc en fait, le truc ce n’est pas de prêcher mais de dire mes défauts, les choses que je dois apprendre, les choses que je ne sais pas, les choses que je veux savoir, les erreurs que j’ai commises et celles que je vais surement faire plus tard. Une fois que j’ai compris le concept derrière ça je pense que c’est à ce moment-là que la connection se fait avec les gens, à l’intérieur et à l’extérieur de l’église.

 

Sur la gestion des moments difficiles

Je veux être quelqu’un qui se bat pour défendre une cause. Et peu importe si le plan fonctionne ou pas, je veux qu’on se souvienne de moi pour ça. Exactement comme Colin Kaepernick. Je suis sûr qu’ils pensent qu’il va abandonner mais il veut prendre position et se battre. À l’instant T, tu ne te demandes pas si ça va marcher ou pas, mais plutôt quel message la génération à venir va retenir de tout ça. Si je pense à abandonner ce que je fais ou si je sens que je ne peux pas continuer parce que je fais des mauvaises ventes, il faut que je pense au futur. Alors pour tout ceux qui croient ou qui sont vraiment passionnés par quelque chose et qui n’ont pas l’impression que ça marche: s’il vous plaît continuez, ça marche. Ça ne marche peut être pas pour vous mais ça marchera pour le gamin qui vous admire ou des personnes qui seront inspirées par vous dans les prochaines générations. Vous devez penser à ce pour quoi vous voulez qu’on se souvienne de vous, c’est aussi simple que ça.

Colin Kaepernick (ici à droite) pose le genou à terre lors de l’hymne américain en protestation contre les violences racistes aux US

 

Sur le conseil qu’il donnerait aux jeunes entrepreneurs 

Je parle avec beaucoup de gens à propos de business et sur le fait de poursuivre ses rêves et on en vient toujours au même mot: l’échec. J’ai été dans cette situation de nombreuses fois et ce qu’il faut faire, c’est étonner le monde avec ton éthique de travail. En travaillant, encore et encore. Parce que l’échec c’est ce qui nous empêche d’entreprendre et de poursuivre nos rêves. On a peur de ce que les gens penseraient, de l’argent que l’on perdrait, du statut financier dans lequel ça nous mettrait dans 10 ans. Il faut bloquer toutes ces pensées parce qu’au final, même si ça ne marche pas, ce sont des leçons apprises que vous pourrez transmettre à vos enfants. Ça pourrait les inspirer et leur donner l’énergie nécéssaire pour monter vos idées et rêves à un niveau supérieur. Si vous ne faites pas ça alors, pour quelle cause est-ce que vous vous battez ?