Ce fut âpre. L’open space YARD a vibré sous les vives récriminations et les enthousiasmes religieux. J’ai même administré un légitime front-kick sur une chaise innocente à la réécoute du couplet d’« Hommes de l’ombre ». Mais ces échauffourées sont attendues quand une rédaction décide de classer et de chroniquer tous les morceaux que Booba a honoré de son featuring, sous l’entité Lunatic ou en solo. 20 ans de carrière au sommet, qu’on le veuille ou non. 20 ans qu’on l’invite aussi, pour booster un morceau, ou les ventes, ou les deux. Le mot d’ordre donné aux neuf jurés fut simple : noter la performance de Kopp et non la qualité de chacun des 69 morceaux. La moyenne des notations nous livre un classement hautement démocratique, bien que parfois « douloureux » (j’emprunte la formule à Shkyd, atterré de voir « Vrai », avec 40000 Gang, si mal classé).

Le Top 10 de notre étude démontre la vitalité du Boulonnais à travers les époques, et les 69 couplets cimentent encore un peu plus les commandements de sa faconde : misogynie de tueur en série, narcissisme pathologique, mais surtout un flow galactique et un sens de la formule ahurissant.

Nous supposons que ce classement suscitera quelques joutes sur les réseaux et nous en sommes ravis… quoique, si le « puriste » peut s’abstenir de signaler que « Pucc’ Fiction » doit être classé numéro 1 ou que Lunatic a fait deux tracks sur la K7 de Ziko C2LaBalle, nous le remercions par avance. Et dire que tout commença en 1995, quand Elie Yaffa, 18 balais, zéro tatouages, mince et malsain comme une vipère, expectora son premier couplet officiel sur une mixtape de Cut Killer avec cette entrée en matière divinatoire : « Boom ! Je rentre dans la place pour tout casser ».

Bardamu

Illustrations par : Yoann Guérini, Bobby Dollar, Richie Reach, MoFo, Rosa Bga, Jean André, Lazy Youg.

69. Famille Haussmann – « Mecs de Panam (Remix) » ft. Booba

Morceau issu de : 40 Grammes Et Une Mule, Famille Haussmann
Année de sortie : 2008
« Mecs de Panam (Remix) » en une phase : Joker

On le sait depuis « Double Poney » : celui qui entend parsemer sa galette d’une pleine portion des salaceries du Duc doit compter 56000 euros au bas mot. Les bourses plus réduites se contenteront d’une intro sous-forme de cace-ded’, et d’un vieux sample en guise de refrain. Suffisant pour oser créditer un « featuring », pas pour décoller au-delà de la 69ème (et dernière) place de notre classement.

Lenny Sorbé

68. Mala – « Smack la lune » ft. Booba

Morceau issu de : Himalaya, Mala
Année de sortie : 2009
« Smack la lune » en une phase : « J’fais des cauchemars, j’ai des soucis, j’ai rêvé que j’roulais en Laguna »

Un flow en demi-molle et une écriture d’une pauvreté saisissante. Ici, un « ok, salut, salut » pour rimer en « u », là un « Nous c’est 9-2 izi, Malekal Mo-click » répété comme pour combler la mesure. Ça aligne péniblement des vers simplistes, éprouvés par la flemme. Même Amel Bent a plus de chances de pécho la lune.

Marine Desnoue

67. Ryan Leslie – « Diamond Girl (Remix) » ft. Booba

Morceau issu de : Autopsie, vol. 3, Booba
Année de sortie : 2008
« Diamond Girl (Remix) » en une phase : « Diamond Girl, je t’apprécie beaucoup ; J’aimerais te prendre dans mes bras, mais aussi tirer mon coup »

C’est le rôle qu’il affectionne le plus. Celui du bad boy au coeur (pas trop) tendre, le Roméo version XXIème siècle : fuckboy devant l’éternel mais à la vision ultra-réaliste qui tchatche sa Juliette par SMS, en emojis et apocopes. Le Chuck Bass solitaire qui cherche sa Blair Waldorf au fin fond d’un strip club miteux, où les clients accrochent leurs derniers dollars autour de strings et soutifs dépareillés en fin de vie. « J’aimerais te prendre dans mes bras mais aussi tirer mon coup ; […] Je vais te mettre à mon doigt puis autour de mon cou. » Un dernier coup de pioche dans cette croûte terrestre pour trouver un minéral aussi dur que son coeur.

Frem Ganda

66. Kaaris – « L.E.F. » ft. Booba

Morceau issu de : Or Noir, Kaaris
Année de sortie : 2013
« L.E.F. » en une phase : « Peu importe c’qui va m’arriver ; Linceul blanc tâché de sang, quand je partirai »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Dans un album, quelques bangers. Parmi ces bangers, un morceau médiocre. Dans ce morceau médiocre, un refrain. Dans ce refrain, la voix du Météore. Ce featuring, un jeu de poupées russes dont on se serait bien passé de la part des deux anciens associés. On passe sur la prestation insipide d’un Booba peu inspiré, tout comme celle son hôte d’ailleurs, sur un morceau qui aurait pu bénéficier d’un couplet du Duc. Le refrain autotuné est un art difficile à apprivoiser, n’est pas T-Pain qui veut. Pas très sympa après la passe décisive qu’a représenté « Kalash » pour la carrière du Sevranais. On passe, définitivement.

Terence Bik

65. Mala – « Danse pour moi » ft. Booba

Morceau issu de : Himalya, Mala
Année de sortie : 2009
« Danse pour moi » en une phase : « Ton mec travaille à Monoprix, viens ici, ne soit pas grotesque »

Le journalisme, c’est une prise de risques permanente. Bâtir la renommée d’un média à sueur de nos plumes, pour risquer de perdre 500 lecteurs en un article. Par exemple en mettant le couplet de Booba sur le « Danse pour moi » de Mala, tant vénéré par certains, dans les bas-fonds du classement. Il faut dire que son flow tempéré sur 8 mesures se fait bouffer par les cris auto-tunés de « Milou a.k.a Don Miloudzi », et qu’il n’a pas dégainé ses meilleures phases pour l’occasion. Un sous-sous-verse de « Pourvu qu’elles m’aiment », en somme.

Napoléon LaFossette

64. Alonzo – « Même Tarif » ft. Booba

Morceau issu de : Règlements de compte, Alonzo
Année de sortie : 2014
« Même Tarif » en une phase : « Bientôt mes sacs poubelles seront des Hermès »

Courant 2012, Alonzo et Booba versent ensemble une larme de Jack au sol pour ceux qui ont succombé aux caprices de leurs Kalash respectives. L’axe Marseille-Boulbi désormais établi, la collaboration entre les deux artistes – moins attendue que redoutée – semblait inéluctable. Dans la continuité du flow criard du phocéen, Kopp sature d’Auto-Tune une production effrénée de Chris Carson, rendant ce « Même Tarif » d’autant plus insupportable. À croire que personne n’a essayé d’éviter ce qui s’annonçait d’emblée comme un terrible naufrage.

Lenny Sorbé

63. Kamelbox – « On donne ça à l’ancienne » ft. Booba & Oxmo Puccino

Morceau issu de : Original Voice, Kamelbox
Année de sortie : 2007
« On donne ça à l’ancienne » en une phase : « Nique à l’endroit comme à l’envers, sur les côté comme par derrière ; C’est clair, on a le toucher nique ta mère »

Un morceau qui porte bien son nom. Il sonne vieux et moisi comme les références vestimentaires du titre (« Mousqueton, paire de Nike Air, blouson Starter » ou « 501 Patrick Ewing, horloge à la poitrine »). Les rimes, elles, sont aussi pauvres que son auteur au moment des faits. On réécoute le couplet pour la punchline référence/hommage à NTM et pour son incongruité à posteriori. On le réécoute encore. Une dernière fois… Et on next, fortement. Jusqu’au prochain classement d’une rédaction assez tarée pour le faire. Qui a dit que c’était dans les (forcément) vieux pots qu’on faisait les meilleures confitures ?

Terence Bik

62. Gato – « Sa Kap Fet La » ft. Booba

Morceau issu de : Zoe Land, tout est noir, Gato
Année de sortie : 2013
« Sa Kap Fet La » en une phase : « B2O jamais de chrome ; Biatch en plus, jamais de trop ; Si tu suces, tu peux sucer ; Si tu suces pas, tu vas sucer »

Jusqu’à quand Booba offrira t-il de bons couplets à Gato ? Jusqu’à quand mettra t-il son ami bègue dans les meilleures dispositions ? Ok, il lui aura rendu de bons et loyaux services en effectuant parfois la sale besogne depuis que les deux roulent ensemble. Mais même le PSG a fini par lâcher Blaise Matuidi…

Frem Ganda

61. Diddy, Dirty Money – « Hello, Good Morning (Remix) » ft. Booba

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2010
« Hello, Good Morning (Remix) » en une phase : « Parle-moi de biz’ sinon m’parle pas, j’m’en bats les couilles »

En fait, le seul truc chiant par nature dans la carrière de Booba, ce sont ses remix de rap américain de la fin des années 2000. Ça reste du B2O, c’est donc en général pas trop mal écrit, mais tout ça est très générique. D’autant que le principe même du couplet additionné à un morceau déjà connu n’est pas des plus fendards qui soit artistiquement. À dix mille lieux du travail réalisé sur son album Lunatic, quelques mois plus tard.

Napoléon LaFossette

60. Lil Wayne – « Money On My Mind (Remix) » ft. Booba

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2007
« Money On My Mind (Remix) » en une phase : « Mes jambes viennent de Thaïlande, ma queue vient de Tchernobyl ; Mon coeur vient d’Afrique, ma force vient d’Obi Wan Kenobi »

S’il y a bien un titre de Lil Wayne qui irait comme un gant à notre sujet du jour, c’est bien celui-ci. La money, on le sait, c’est le leitmotiv et le fil rouge de la carrière d’Elie. Paradoxalement, ce ne sera qu’à ses dernières mesures que l’on entendra la seule punchline « financière » de ce bref passage (« Mon flow est au caviar, le leur est à la pisse ; Tu m’cherches, j’suis à la que-ban, dans une chatte ou à la gym »). Un couplet sans grand intérêt donc, qui n’a pas dû apporter beaucoup d’argent au protagoniste. Pour le feat. US de référence, voir plus bas. Ne reste que cette magnifique ramification de son corps, rendant hommage à son attrait pour le muay-thai, l’apparence peut être douteuse de son instrument sexuel, ainsi qu’un indice sur la création du morceau « Maître Yoda ».

Terence Bik

59. Rick Ross – « Hustlin’ (Remix) » ft. Booba

Morceau issu de : Autopsie, vol. 2, Booba
Année de sortie : 2007
« Hustlin’ (Remix) » en une phase : « Passe le salam au rap français, de la part de mes testicules »

« Tous les jours je taffe dur, tous les jours je galère. » Sur ce remix du banger de Rick Ross, Kopp pose des vers poussifs sur une instru qui le dépasse. Un genre de gangsta rap balourd et éculé. De l’egotrip petits bras, souligné par un effet d’écho faiblard.

Marine Desnoue

58. La Cliqua – « Inédit 1994 » ft. Booba & Moda

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2014 (enregistré en 1994)
« Inédit 1994 » en une phase : « Je reste celui qui fout sa merde dans les partouzes ; Pas une tantouze comme Patrice Carmouze »

S’il ré-écoutait lui-même son couplet, il est possible qu’il ne soit pas capable de se reconnaître entre Rocca et Daddy Lord C, tant depuis 1994, sa voix s’est endurcie et tant son interprétation s’est personnalisée. Pourtant, près de 20 ans avant d’avoir réclamé « une bad bitch sur [sa] bite’zer », Booba parle déjà de bitch (« Je check un stick, une bitch, illico-presto »), fais déjà des références à Star Wars (« méchant comme Dark Vador ; J’ai buté Chewbacca »), et attaque sans aucune raison valable Patrick Carmouze, comme il attaquera Willy Denzey sans prévenir dans « Wesh Morray » (« Pas une tantouze comme Patrice Carmouze »). Comme quoi, Élie n’a peut-être jamais vraiment changé.

Shkyd

57. Cut Killer – « Freestyle Beat 2 Boul » ft. Les Sages Poètes de la Rue, Lunatic & Mo’vez Lang

Morceau issu de : La première K7 Freestyle de rap français, Cut Killer
Année de sortie : 1995
« Freestyle Beat 2 Boul » en une phase : « Je fais sauter les têtes comme au Kendo ; J’aime bien les filles belles mais faut qu’elles ken tôt »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Mon dieu quel couplet ! Des gimmicks en slalom, une attitude vocale impertinente et stylée, des phases impensables aujourd’hui (« J’aime les négresses, les musulmanes ») mais il s’agit de… Dany Dan, et il survole le morceau. Zoxea également, un poil en dessous. Booba n’est à ce moment qu’un stagiaire aux dents longues et sa performance prometteuse est éclipsée par les super-héros de l’époque. Certaines phases font sourire aujourd’hui à l’aune de sa carrière de monstre brillant et insensible (« Appelle moi Thierry Lafronde » ou « Comme un G.I. Joe, je suis d’attaque »), c’est un peu comme si on retrouvait une lettre d’amour de Guy Georges écrite en primaire à l’attention de Gwendoline. Ce back to back savoureux avec Ali est sa première apparition officielle. Un an plus tard « Le Crime Paie » bouleverse à tout jamais la voie lactée du rap de rue à la française.

Bardamu

56. Niska – « Tuba Life » ft. Booba

Morceau issu de : Commando, Niska
Année de sortie : 2017
« Tuba Life » en une phase : « Depuis la cour de récréation, entouré de mes goons ; Hardcore, j’entend une réaction de mauvais garçons dans la foule »

Quand Jay-Z dit que les hommes mentent mais pas les chiffres, y’a du monde. Mais quand il vous demande de vous arrêter avec l’Auto-Tune, y’a plus personne. On force. L’enseignement à tirer de ce classement, c’est qu’une combinaison entre deux rappeurs, ça n’existe pas. Après avoir rendu un très bel hommage à Manu Le Coq l’an dernier, ils se sont tournés vers la vie du tuba. Mais tout homme censé préconiserait l’apnée pendant ces 3 minutes 14 irrespirables. On n’est pas venus ici pour souffrir.

Terence Bik

55. Les Sages Poètes de la Rue – « Fumigène » ft. Booba

Morceau issu de : Trésors Enfouis, vol. 2, Les Sages Poètes de la Rue
Année de sortie : 2008 (enregistré en 1995)
« Fumigène » en une phase : « Mes vers t’hypnotisent, te collent au cul comme la cellulite »

Dans le deuxième volume des Trésors Enfouis des Sages Poètes de la rue, un couplet de B2O s’illustre entre ceux de Dany Dan et de Melopheelo. Le style est New Yorkais, les jeux de mots malins (« Lunatoxique » répond au refrain, « Zoxeagène »), la voix déjà marquante. Jeune, encore un peu sage, faisant rimer « positif » et « négatif »… mais prometteur.

Shkyd

54. 50 Cent – « Hands Up High (Remix) » ft. Booba & Tony Yayo

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2009
« Hands Up High (Remix) » en une phase : « Les suceurs de queue, plus ils m’aiment plus je les déteste »

On ne saurait dire si Booba est le plus français des rappeurs US ou le plus amerloque des rappeurs de l’Hexagone. C’est du rap à la JR Ewing dans toute sa splendeur, même si les propos tenus par le rappeur sont d’une médiocrité abyssale, telles les ressources d’or noir présentes dans les puits de pétroles texans. L’OPEP aurait dû prévenir notre héraut national qu’à ce rythme là il ne passerait plus les portes de Southfork et du rap français.

Frem Ganda

53. Benash – « Ghetto » ft. Booba

Morceau issu de : CDG, Benash
Année de sortie : 2017
« Ghetto » en une phase : « Fuck intérim’, j’préfère Mesrine. »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Pour son deuxième featuring avec Benash, après le sucré « Validée », Booba tente de renouer avec un rap de rue dont il ne maîtrise plus vraiment les codes. Des vers pastichés, déconnectés, habillés de rimes maigres. Ambiance bataille de pistolets à eau et crapotage de cigarettes en chocolat.

Marine Desnoue

52. Capleton – « Liberation Time (Remix) » ft. Booba

Morceau issu de : Autopsie, vol. 3, Booba
Année de sortie : 2009
« Liberation Time (Remix) » en une phase : « La banlieue s’emmerde, faut du shit pour l’apaiser »

Libérez l’Auto-Tune, rendez-nous notre temps. Comme Julien des Marseillais le dit si bien : « Il a des bigoudis sous les orteils ou quoi ? »

Frem Ganda

51. Ryan Leslie – « Swiss Francs (Remix) » ft. Booba

Morceau issu de : Les Is More, Ryan Leslie
Date de sortie : 2012
« Swiss Francs (Remix) » en une phase : « Dernier round, du sang de partout, tu sais qui est debout »

À bas la mièvrerie de « Diamond Girl » : pour sa troisième collaboration avec le producteur Ryan Leslie, Élie renoue avec un thème qui vivifie sa plume depuis 1995 et « Cash Flow ». Oseille, biff, mula, caramel, francs suisses… le boulonnais n’est jamais à court de termes quand il est question de dérouler son opulence grasse, et de rappeler à quel point les poches de ses concurrents sont vides. « Quand j’parle de Bentley, Lamborghini, c’est que j’en conduis ; Toi on t’a jamais vu avec, tu mens, ce que j’en déduis. »

Lenny Sorbé

50. Les Sages Poètes de la Rue – « Tout le monde dans la ronde » ft. Booba

Morceau issu de : Amoureux d’une énigme, Les Sages Poètes de la Rue
Année de sortie : 1995
« Tout le monde dans la ronde » en une phase : « Je suis psycho comme l’autre qu’on appelle Zoxeagène »

C’est les featurings qu’on réécoute avec un petit sourire attendri. On sent que le Rastignac en Lacoste a l’envie sourde d’enculer tout le rap français mais qu’il est pour l’instant desservi par ses manières rustres de puceau impressionné par sa première levrette. La hargne, le charisme vocal sont déjà là, et Booba succède à Melopheelo comme un alligator caché derrière un Golden Retriever.

Bardamu

49. Yatfu – « Notorious » ft. Booba, Mala & Bambino

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 1998
« Notorious » en une phase : « J’ai un pied dans la merde, un pied dans la mosquée »

Exit la patate chaude en bouche, le emcee pose les bases de sa nouvelle signature vocale. La mâchoire toujours crispée mais la diction plus organique et précise. Booba « bousille la rime au Uzi, 92i » mais paie les grésillements du seul enregistrement disponible en ligne. Il reprendra le même couplet en clair sur « B.O. (Banlieue Ouest) ».

Marine Desnoue

48. Gato – « Tout est noir » ft. Booba

Morceau issu de : Zoe Land, tout est noir, Gato
Année de sortie : 2013
« Tout est noir » en une phase : « Toute ta clique on canarde ; Singe mort mange moins de banane »

Voilà un exemple de collaboration moins fameuse de Booba avec Gato da Bato haaan Monsieur International. L’idée était bonne, et d’ailleurs Gato ne s’en sort pas trop mal. Mais Kopp sort du thème du noir pour lâcher un couplet des plus génériques, dans un style énumératif franchement ennuyeux, sans réelle fulgurance. « Kalash, uzi, fusil, glock, Jack, Ciroc tous les soirs, tout est renoi, Pont-de-Sèvres, Mala, Brazza ». Bref.

Napoléon LaFossette

47. Tony Parker – « Bienvenue dans le Texas » ft. Booba

Morceau issu de : TP, Tony Parker
Année de sortie : 2007
« Bienvenue dans le Texas » en une phase : « Que je te blesse comme Conan, tu n’es qu’un dos d’âne face à l’Everest »

Booba a t-il déjà regretté un featuring ? Viscéralement vénal, on a tendance à se dire qu’il n’a que faire de la qualité globale d’un titre du moment que s’alignent les zéros sur son chèque. Mais à le voir extraire ses prouesses de morceaux oubliables pour les empiler sur ses Autopsies, on se dit aussi que l’aigle est conscient d’avoir parfois volé avec les pigeons. Et Dieu sait qu’au micro, Tony Parker en était un…

Lenny Sorbé

46. Fally Ipupa – « Kiname » ft. Booba

Morceau issu de : Tokooos, Fally Ipupa
Année de sortie : 2016
« Kiname » en une phase : « Balle dans la tête n’est pas la meilleure répartie, mais la plus efficace ; Paris je t’aime, Zlatan est parti quand même, j’ai pas eu ma dédicace »

Quand le Duc de Boulbi croise la route du Prince de Kinshasa, ça parle PSG. Après 8 mesures percutantes marquées par un classieux « Si t’as pas de boule, t’as walou, nada quitte là-bas » sorti d’un langage hybride entre le lascar radical et le blédard désabusé ; B2O signe une déclaration inattendue mais lucide et touchante sur son amour de la capitale et son ex-joueur phare, Ibrahimovic. Si le morceau ne passera pas l’hiver, il a le mérite de donner la recette pour rentabiliser une bonne punchline : l’introduire dans un bridge. « Ici Ci Paris. »

Terence Bik

45. Dosseh – « Infréquentables » ft. Booba

Morceau issu de : Yuri, Dosseh
Année de sortie : 2016
« Infréquentables » en une phase : « Poste ton cul sur Instagram, tes yeux ne me rappellent rien »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Le truc avec Booba, quand on est un gars sexiste et vieillissant comme lui, c’est qu’il parvient à nous représenter avec virtuosité dans une économie de mots (« j’arrive en avance, j’les baise à l’heure ») et un emballage auto-tuné mélodieux. Ce verset, adoubé par Harvey Weinstein et Roman Polanski, représente bien les fantasmes du mâle occidental biberonné au porno et à l’envie coupable de faire fortune sans rien partager avec les pauvres. 45ème place, soit, je me range derrière le vote démocratique, mais ne vous étonnez pas si j’envoie mon CV chez Clique d’ici Noël.

Bardamu

44. Remo (Bronx) – « Momma » ft. Booba

Morceau issu de : Autopsie, vol. 2, Booba
Année de sortie : 2007
« Momma » en une phase : « Les RG m’suivent à la trace ; Branchés sur radio FG »

Voilà une méthode d’écriture adorée du Duc : reprendre ses anciennes phases dans de nouveaux couplets, comme une auto-dédicace. Et on aime tous ça, d’ailleurs. Là, il amène son dada à son paroxysme : il s’agit littéralement de la moitié de son couplet (on a compté). Ça ressemble plus à de la flemme qu’autre chose. Sauf que, malin, Booba l’a notamment fait en reprenant (puis remixant légèrement) « Garde la pêche » et le légendaire flow de l’un de ses grands classiques. Alors forcément, on ne peut que lui en vouloir à moitié. « Tu veux briller tu veux test? Passe la fraîche. Depuis le crime paye zéro défaite, passe la fraîche ».

Napoléon LaFossette

43. Ziko – « Rentre dans mon dôme » ft. X-Men, Lunatic & La Brigade

Morceau issu de : Time Bomb, terre promise des MC’s, DJ Mars & DJ Seck
Année de sortie : 1996
« Rentre dans mon dôme » en une phase : « Indigène, papou, j’suis primitif ; Et aux keufs ? J’leur dirais ‘nique ta race’, pas besoin d’diminutif »

Aux côtés d’Ali, des X-Men et de la Brigade, Booba surnage avec la particularité de la diction qu’il s’était déjà trouvé à l’époque. On dirait qu’il a la mâchoire déformée comme les boules de coton dans les joues de Marlon Brando dans Le Parrain, mélangée à un accent blessé de racaille désabusée et de mauvaise humeur. De l’attitude et du texte – peut-être de ça dont parlent les gens épuisants qui disent que “le hip-hop, c’était mieux avant” ?

Shkyd

42. Manu Key – « Quai 54 » ft. Booba, Dany Dan, 16 Ar, Oxmo Puccino & Zoxea

Morceau issu de : Prolifique, Manu Key
Année de sortie : 2004
« Quai 54 » en une phase : « Tu veux arrêter qui ? J’te face devant ta clique et ta racli »

Dans un autre monde, Booba aurait pu trahir ses origines départementales et être l’autre grand rappeur de la Mafia K’1 Fry. À l’écoute des s/o à Manu Key sur une production funky et urgente comme en avait le secret feu DJ Mehdi, on peut se demander ce qu’auraient donné le meilleur rappeur du 92 et celui du 94 dans les années 2000 s’ils avaient été associés plutôt qu’ennemis.

Shkyd

41. Seth Gueko – « Gipsy King Kong » ft. Booba

Morceau issu de : Michto, Seth Gueko
Année de sortie : 2011
« Gispy King Kong » en une phase : « Champion des barres pas halal, crois-tu que j’aie ma place au cirque ? »

Bulletin de fin d’année. Élève indiscipliné qui fait pourtant preuve de très grandes prédispositions quand l’envie se fait sentir. Lorsque nous avons abordé le thème de la Colonisation au cours du second trimestre, Booba s’est fendu d’un « Va t’faire niquer toi et tes livres » qui lui vaudra un blâme assorti d’une exclusion temporaire de l’établissement. À son retour, il rendra son devoir sur « La construction de soi à travers le regard de l’autre », comportant le passage suivant : « J’cours vite, j’frappe fort comme Abidal ; Toute ta clique à l’hôpital, Nhar Sheitan ; Duc de Boulbi, King de la capitale ; Auprès des demoiselles j’ai une sale image ; Peu d’sentiments j’préfère baiser comme un animal. » Malgré une épreuve écrite moyenne, nous sommes favorables à un passage en classe supérieure. Pour le bien de nos oreilles, et parce que Seth Gueko exerce une mauvaise influence sur lui, nous recommandons néanmoins la séparation définitive du jeune Elie de son camarade, et ce jusqu’à la fin de leur scolarité.

Frem Ganda

40. Cassie – « Me & U (Remix) » ft. Booba

Morceau issu de : Autopsie, vol. 2, Booba
Année de sortie : 2007
« Me & U (Remix) » en une phase : « Moi, j’suis un mec du 9-2, j’suis pas là qu’pour tes seufs mais presque »

Qui mieux que le « gentleman du ghetto » pour dompter la féline Cassie ? Pour cette énième parade nuptiale, B2O choisit de rejouer une partition qu’il connaît bien – celle de « Boulbi » – sur des airs de romantisme maladroit. On est toujours « sur la piiiiiste », mais ni l’argent, ni l’alcool ne coulent à flot. Pas avant d’être sûr de repartir avec la demoiselle, du moins.

Lenny Sorbé

39. Bushido – « Die Art, Wie wir leben » ft. Booba

Morceau issu de : Jenseits von Gut und Böse, Bushido
Année de sortie : 2011
« Die Art, Wie wir leben » en une phase : « J’fais mes dièses à ma sauce, stylo et flingue à ma droite »

La voix presque étouffée par un instrumental vrombissant, Kopp décline un jargon guerrier et assène quelques formules bien senties. Mais pas de quoi “faire mouiller les ptites kheb”. On s’arrêtera après 0:55 parce que espagnol LV2.

Marine Desnoue

38. Gato – « Corner » ft. Booba & Philly Poe

Morceau issu de : Autopsie, vol. 4, Booba
Année de sortie : 2011
« Corner » en une phase : « J’suis sur le corner, j’prend numéros d’Colombiennes ; Mexicaines, Haïtiennes, j’te laisse Yvette Horner »

L’un des plus grands mystères de la carrière de Booba reste son obstination à collaborer avec Gato et plus globalement les rappeurs de Little Haïti. Toujours est-il que, quitte à sortir des clips en leur compagnie, il s’est bien souvent appliqué à offrir des prestations très honorables. Notamment sur « Corner », qui serait dans le top 20 sans l’appréciation salée d’un membre de l’équipe que l’on ne citera pas, autrement Shkyd va se fâcher. Les baloches dépassant du short des Lakers sur une chaise en paille défoncée au milieu de Little Haïti, c’est l’anti-« Booba de GQ » qui vient sauver ce morceau. Et il a bien raison, puisque de toutes façons « le buzz est dans la street, fuck l’applaudimètre ».

Napoléon LaFossette

37. Kalash – « NWA » ft. Booba

Morceau issu de : Kaos, Kalash
Année de sortie : 2016
« NWA » en une phase : « J’ai Gorée dans le coeur et dans le chargeur »

Après l’imparable « Rouge et bleu », Kalash et Booba se redonnent rendez-vous sur Kaos pour une nouvelle timalerie de haut-standing. Avec « NWA », on ne cherche plus à faire bouger les hanches, mais plutôt à éveiller (doucement) les consciences sur ce que c’est que d’être noir. Idéal pour permettre au Duc de référencer encore une fois Césaire, et de prouver que son jeu de mélodies auto-tunées s’est considérablement musclé avec le temps.

Lenny Sorbé

36. Dieudonné – « Le Code Noir » ft. Booba, Lino, Stomy Bugzy, Lady Laistee, Hamed Daye & Sofiane

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2008
« Le Code Noir » en une phase : « De larmes et de sang, mon arme est le chant »

Chez Booba, l’esclavage revient comme un leitmotiv, une blessure lancinante. Pour « Le Code Noir », projet de film historique de Dieudonné, il y consacre tout un couplet. Une tirade engagée, portée par un flow râpeux. « Pour qu’on nous parle du colon comme on nous a parlé du SS. »

Marine Desnoue

35. 113 – « Banlieue » ft. Booba

Morceau issu de : Dans l’urgence, 113
Année de sortie : 2003
« Banlieue » en une phase : « 9-4, 9-2, la Fnac encerclée comme Arafat ; Nos lyrics n’ont pas de règles les tiens saignent de la chatte »

On ne le saura que plus tard mais Booba écrivit son texte sur les ruines de sa collaboration avortée avec Rim’K et Rohff. Et la performance pèse des tonnes, n’en déplaise à cette infamante 35ème place. Les lyrics puent la réinsertion ratée et le clip de crapules est tourné à la torche et au Nokia 3210. C’est du rap de Fiat Punto dans toute sa splendeur et Booba excellait dans ces couplets de rat d’égout aspirant millionaire… « Afrika Bambaataa m’cherche pour homicide » NAN MAIS QUI ÉCRIT COMME ÇA AUJOURD’HUI DANS VOTRE RAP GAME DE PÉDALES ?!

Bardamu

34. Mac Tyer – « Ne me parle pas de rue » ft. Booba

Morceau issu de : Le Général, Mac Tyer
Année de sortie : 2006
« Ne me parle pas de rue » en une phase : « C’est B.2.O.B.A, dernier flow, dernier cru ; À-À chaud on te fait un deuxième trou du cul »

Pas besoin de chercher longtemps, la meilleure collaboration entre les deux MCs énervés se trouve sur Ouest Side. Cela étant dit, on ne boude pas une telle combinaison. On garde de cette prestation quelques punchlines témoignant de l’amertume du rappeur, (« Macabre symphonie sur la ville de Paris, faut qu’elle craque ; J’regarde pas les infos sans Harry Roselmack ») et de la formule revancharde (« Qui aurait cru que Kopp allait niquer le biz ? Tout sec, assis dans le grec, en tête-à-tête avec un Double Cheese »). Le Duc et Le Général, un mariage qui marche ? “Ouais Ouais”.

Terence Bik

33. Shay – « Cruella » ft. Booba

Morceau issu de : Autopsie, vol. 4, Booba
Année de sortie : 2011
« Cruella » en une phase : « Laisse les groupizi en pleurs la chatte en chou-fleur »

C’est une constante : Booba a toujours cherché à mettre des rappeurs moins connus – voire totalement anonymes – en avant, notamment en les invitant sur ses mixtapes. Le problème ? Parfois, il en vient à ressembler à un ogre qui dévorerait par erreur son jeune invité. Alors qu’en 2011, le rap jeu de mots bat son plein, pour le meilleur et surtout pour le pire, la jeune Shay débarque dans l’un des clips promotionnels de Booba pour Autopsie, vol. 4. Loin d’avoir atteint son niveau actuel, elle offre une prestation relativement terne – voire parfois gênante. Une impression largement renforcée par l’arrivée de Booba au deuxième couplet, qui la bouffe littéralement de bout en bout sur ce « Cruella » à l’arrière-goût d’épisode des Gummi. On retiendra la phase « Paf le chien, paf le physio », sans aucune autre raison que la barre de rire qu’elle a offert à pas mal d’entre nous à l’époque.

Napoléon LaFossette

32. 40000 Gang – « Vrai » ft. Booba

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2014
« Vrai » en une phase : « Ta schnek’zer mon point de chute ; Rap game j’ai zéro défaites dans c’fils de pute-zer »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Parfois, un bon featuring, c’est cette magnifique reprise de volée dans les arrêts de jeu qui sauve la soirée d’un morne 0-0. Placé entre Benash et un autre membre de 40000 Gang dont personne n’a retenu le nom, Booba survole avec une facilité insolente ce « Vrai » sans prendre vraiment la peine de rapper. Si selon le compositeur classique Debussy, la musique, c’est le silence entre les notes ; dans ce couplet, le flow est le silence entre les punchlines. Bob vissé sur la tête, le Météore donne l’impression de freestyler. Dans un amas de phases relativement classiques, la magie opère sans prévenir. Booba a l’air lui-même époustouflé par sa performance ; il répète deux fois de suite sa punchline devenue légendaire : « j’vais à la chicha pour les beurettes. » Quelque part sur son corps, Booba porte sans l’ombre d’un doute le tatouage de Jack Shepard dans la série LOST : « il marche parmi nous, mais ce n’est pas l’un des nôtres. »

Shkyd

31. Black Jack – « Diaspora d’Afrique » ft. Lunatic & Mala

Morceau issu de : Diaspora d’Afrique, Black Jack
Année de sortie : 2000
« Diaspora d’Afrique » en une phase : « Écoute, quand y’a un doute, y’a pas de doute ; De mon temps, les colombes sont enterrées depuis longtemps »

Le talent de sa prestation tient dans sa capacité à suggérer un maximum d’idées avec une grosse intensité, en très peu de mots, très peu de temps. En l’occurrence 16 mesures, déversées sur 36 secondes. Un exercice de style totalement réussi par un Boulonnais en décalage thématique calculé dans un morceau mi-conscient mi-introspectif. B2O se risque – déjà – à la déclaration de supériorité (« Attention, je suis toutes options ; Implorez le ciel, j’ai la nuque du rap sous mon aisselle »), à la prémonition (« Un jour, je serais riche m’man »), pour mieux épouser de nouveau la conversation (« Au bled ils croient que c’est tranquille au nord, mais non »). Du grand art.

Terence Bik

30. S.D.H.S Family – « Porsche Panamera » ft. Booba

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2014
« Porsche Panamera » en une phase : « Si j’suis pas dans un bourbier, j’suis à la salle ; T’es dans les mondes oubliés, t’es sur Thalassa »

Château Pirate domaine du duc des Hauts-de-Seine, cuvée 2014. Si le flow saccadé peut désarçonner les amateurs d’un goût plus âpre qui fit sa renommée des décennies durant, c’est avec un couplet de cette nouvelle saveur rythmique et sonore qu’Elie Yaffa – exploitant d’un des vignobles les plus prisés de France – nous cueille avec surprise. « L’avenir est dans le luxe, pas l’temps de qué-cra ; Direct dans le ‘uc, pas l’temps de gué-dra ! » In vino veritas.

Frem Ganda

29. Damso – « Paris c’est loin » ft. Booba

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2016
« Paris c’est loin » en une phase : « Mes spermes ont des moteurs de Maserati »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Booba a porté de nombreux costumes au cours de sa longue carrière. Rappeur new-yorkais, boss façon 50 Cent puis façon Rick Ross, et pionnier de l’Auto-Tune dans le rap francophone mainstream. De cette dernière ère, l’Histoire du genre retiendra certainement l’immaculée performance de « 92i Veyron » sur deux tons. Il y a également ce featuring avec l’alors révélation belge Damso, sur une production éthérée signée De La Fuentes/Krisy. Dans un long refrain, Booba montre le chemin qui a été parcouru depuis la première expérimentation avec l’outil dans « Illégal » en 2009. Plus aucune fioriture, que de l’efficacité. Un artifice qui s’installe comme un gant sur les voix graves des deux interprètes. Au volant d’une LaFerrari, le temps d’« Illégal », c’est loin.

Shkyd

28. Lacrim – « Oh bah oui » ft. Booba

Morceau issu de : Force & Honneur, Lacrim
Année de sortie : 2017
« Oh bah oui » en une phase : « J’crache dans la pelouse comme un algérien ; L’herbe y sera plus verte bâtard »

Deux questions : comment ce morceau normalement voué à truster le trio de tête se retrouve-t-il à congestionner le ventre mou de ce classement ? Et puis pourquoi Booba a t-il été aussi fair-play avec Lacrim en lui offrant une prestation galactique ? Si la réponse à la première question se nomme une nouvelle fois Shkyd, la seconde semble quant à elle beaucoup plus confuse. C’est un peu comme quand le PSG joue Quevilly, malgré certaines fulgurances, l’animation offensive est nivelée vers le bas. L’écart de niveau entre les deux artistes est tel qu’on se demande s’ils pratiquent le même sport.

Frem Ganda

27. Time Bomb – « Time Bomb explose ! »

Morceau issu de : J’attaque Du Mike/L’Homme Que L’On Nomme Diable Rouge, X-Men & Diable Rouge
Année de sortie : 1996
« Time Bomb explose ! » en une phase : « Route, trace la vite ou tu pourrais perdre ta famille ; Camille, Sébastien, les gosses et ton chien Vanille »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

« Au fait, j’ai eu d’la peine d’apprendre, t’étais pas au courant depuis l’temps ; Bref, tu sais maintenant… » Il nous avait prévenu. Comme dans beaucoup des morceaux de cette époque tellement adulée – à raison – par nos chers quarantenaires du hip-hop, Kopp se démarque de ses morceaux freestyle, vitrines augurant une nouvelle époque pour le rap francophone. Dans « Time Bomb explose ! » Ali et Booba continuent de dessiner une complicité qui sera le socle d’un des plus grands albums de l’histoire du rap français. Mention spéciale au message de tolérance prôné par le chauve du 100-8 : « Time Bomb, Lunatic nouveau dans les rangs un nouveau clan ; Pas racistes même si y’a pas d’blanc. »

Terence Bik

26. Time Bomb – « Les Bidons veulent le Guidon »

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 1996
« Les Bidons veulent le Guidon » en une phase : « Bourreau des cerveaux ; Sors les couteaux des fourreaux ; MC et puis tu cries au s’cours-au »

Time Bomb. Il n’y aurait pas d’équivalent actuel, et ce même si un collectif réunissait Niska, Kaaris, Damso, Mbappé et Emmanuel Macron. Seul le fabuleux quatuor Rochefort, Marielle, Noiret et Claude Rich approche la puissance de la team infernale. Ill des X-Men était la star, Oxmo encore un poil trop déroutant, Ali hésitait entre la mosquée et l’attaque à main armée, et Booba entamait son sprint vers le trône avec son flow de condamné à perpet’ et ses punchlines venimeuses. Un bel exemple de l’âge d’or du rap français avec une équipe de galactiques aux flows étincelants bien que mal assis sur un mix de manchot. La séparation vint beaucoup trop vite, deux ans plus tard, avec la virulence d’un unfollow Instagram en 2017.

Bardamu

25. Twinsmatic – « A.T.R. » ft. Booba

Morceau issu de : Nowhere, Twinsmatic
Année de sortie : 2015
« A.T.R. » en une phase : « Gros bras, toutes les positions sont possibles »

Tandis que Julian – producteur, DJ et aspirant chanteur – poursuit sa belle jusqu’au fin fond d’une supérette ; Booba tourne le dos à deux souples gazelles prêtes à toutes les acrobaties. Le visuel de « A.T.R » illustre brillamment ce que semblent être les relations hommes-femmes selon Kopp : on demeure seul, mais toujours bien accompagné. Pas question de tomber dans le romantisme, histoire de pouvoir traduire un formel « I saw you from across the room » en un trivial « J’t’ai vu à travers la room’zer bitch ». Reverso n’avait sans doute pas de meilleure suggestion.

Lenny Sorbé

24. Kery James – « Chacun sa manière » ft. Booba

Morceau issu de : Street Lourd Hall Stars, DJ Mosko, Teddy Corona et Mista Flo
Année de sortie : 2004
« Chacun sa manière » en une phase : « J’suis responsable de mes paroles, pas de tes actes »

En 2004, la compilation Street Lourd Hall Stars est un événement dans un rap français dont elle invite tant la crème de la crème que des rookies prometteurs. La seule apparition de Booba se fait en compagnie de Kery James, alors que leurs raps ont pris des chemins opposés. Une dissension qui donne son idée au morceau, dans lequel le Booba de l’époque Panthéon jaillit avec sa légendaire facilité, offrant un son hardcore pour délivrer un message salutaire : diverses manières de rapper peuvent coexister. Enfin, à condition que tu ne sois pas de ceux dont le « flow pue la dezemezer ».

Napoléon LaFossette

23. Gato – « Roulé Fort » ft. Booba

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2015
« Roulé Fort » en une phase : « J’ai beaucoup d’espèces : levrette, colombe, hyène »

Ça boit le whisky dans des bidons en plastique et ça tire des lattes et des cartes entre deux sacs poubelle, au pied des pavillons fatigués de Little Haïti. Là, Booba livre un flow martial sans vocodeur mais électrisé par le beat. Puis un propos riche à tiroirs, où défilent les figures de style (métaphore filée : « J’suis entre quarante dièses, t’es entre parenthèses » ; jeu de mots : « J’ai beaucoup d’espèces : levrette, colombe, hyène », etc.).

Marine Desnoue

22. La Brigade – « 16 Rimes » ft. Lunatic

Morceau issu de : Le Maxi Blanc, La Brigade
Année de sortie : 1996
« 16 Rimes » en une phase : « À Paris c’est comme aux States, mais enlève au moins dix ans »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Souvenir… 1996, sur le terrain de foot/basket rue de L’Orillon à Belleville. Des palabres à n’en plus finir sur la performance de Lunatic et de La Brigade. L’enjaillement autour de Time Bomb est proche de l’émeute (cf. le concert à la Fnac des Ternes) et Booba est le fer de lance d’une France en bas de survêt’ et en bas de chez toi, prête à braquer du chauffeur de taxi en écoutant Heltah Skeltah. Le back to back des deux zouaves du 92 est resté légendaire. Si tu es un DJ intrépide, fouine dans les MP3 en 128 kbit/s de ton grand frère, ou de ton daron, et tente de passer ce track dans n’importe quelle soirée hip-hop, tu entendras les craquements enjoués de vieux ménisques quarantenaires se déployant pour rejoindre le dancefloor.

Bardamu

21. Tony Parker – « Top Of The Game » ft. Booba & Fabolous

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2005
« Top Of The Game » en une phase : « Mes concurrents sponsorisés par Urgo ; Trop frais, mes véhicules tu les vois dans Turbo »

Plus américain que les américains, Booba parvient sans difficulté à dunker au dessus d’un Tony Parker divertissant mais qui ne passera pas le premier quart-temps, et à tenir tête en dribbles face à un Fabulous venu prendre le chèque avec style. Sur une production de Kore & Skalp dans leur meilleure imitation de Swizz Beatz, B2O stunt sur le jumbotron, avec des vêtements trop larges, et marque des trois points dans une chanson vouée à mal vieillir, aux allures de match de charité.

Shkyd

20. Gato – « Nu Lajan » ft. Booba

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2010
« Nu Lajan » en une phase : « Mon silence est d’or, négro ma parole est de platine »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Chaque mot pue la weed brûlant dans sa feuille de tabac mal roulée. L’air est moite, le couplet est chargé comme la rue de Frontis Fortis un jour de marché. Le génie de Booba, c’est de nous peindre un tableau précis et flamboyant avec comme seuls instruments ses dix doigts et les trois couleurs primaires. « Gato, sakapfet la jamais en hesla ; Brrraahh ça tire ça tire ap, t’inquiètes pote on reste là. » Grâce à sa discographie, on sait l’affection particulière que l’homme porte aux langues étrangères : avant qu’il ne s’installe à Miami, Booba fantasme les States à travers NYC et ses protagonistes. Puis il s’intéresse au business des chichas (et des beurettes) avant de succomber aux sirènes et halos de South Beach, de ses immigrés sud américains et haïtiens. Qu’il fait bon d’être polyglotte.

Frem Ganda

19. Lino – « Première catégorie » ft. Booba & Calbo

Morceau issu de : Paradis assassiné, Lino
Année de sortie : 2005
« Première catégorie » en une phase : « Foudroyé par le feu qui sort d’ma bouche ; Que le hip-hop ramasse la sav et sorte d’la douche »

C’est un fait. Confronté à Monsieur Bors, Chef Kopp sort toujours une solide recette de sa casquette casserole. Comme si derrière son habituel dédain affiché de la concurrence, se cachait une certaine crainte et un respect envers le rappeur de Villiers-Le-Bel. Il semble lui-même l’annoncer entre deux phases : “L’instrumental est pliée, lutter est inutile ; Soit sûr qu’on va tout niquer, douter est inutile”. Après une (petite) mise en bouche de Calbo, c’est B2O qui vient mettre son grain de sel dans ce mélange de saveurs pour y ajouter son acidité, avant que Lino ne fasse remonter le tout avec une sauce mortelle: un soupçon d’arsenic. Assurément un mets de « Première catégorie ».

Terence Bik

18. Akon – « Locked Up (Remix) » ft. Booba

Morceau issu de : Autopsie, vol. 1, Booba
Année de sortie : 2005
« Locked Up (Remix) » en une phase : « Négro j’repense au Sénégal, à l’île de Gorée ; 41 balles pour un contrôle, le roi de la pop décoloré »

Voilà une grosse décennie que rien ne bouge à ce niveau: les meilleures collaborations américaines de Booba sont celles avec Akon. Si « Gun in Hand » se place en haut du podium, son remix de « Locked Up » récolte plus que le bronze. D’une délicieuse complémentarité avec les mélodies vocales d’Akon, B2O se rappelle du temps du placard et du chemin qui y mène. « J’me suis fait coffrer comme un naze, en gardav’ comme un trophée, j’déambule en ien-ch dans ma cellule. » Les frissons.

Napoléon LaFossette

17. Djé – « Quoiqu’il arrive » ft. Booba

Morceau issu de : Autopsie, vol. 2, Booba
Année de sortie : 2007
« Quoiqu’il arrive » en une phase : « J’suis un poète les autres sont cramés, moi j’ai la prose qui tue ; Ils maintiennent l’Afrique affamée, pour qu’elle se prostitue »

« Traces de fouets sur les côtes, millions d’esclaves dans la coque ; Mon histoire sur le dos, mon espoir fuit dans la coke. » Thomas Ravier, l’homme de lettres qui compare Booba à Céline, décrit là une “expérience plastique haletante”. Plus encore, le Duc claque ses mots comme fessées sur gros boule, hache puis laisse traîner certaines phrases dans une rythmique aussi disloquée que musicale.

Marine Desnoue

16. Oxmo Puccino – « Pucc’Fiction » ft. Booba

Morceau issu de : L 432, Various Artists
Année de sortie : 1997
« Pucc’Fiction » en une phase : « Le contrat est sur toi Pucc’, il faut qu’on s’organise, faire flipper la firme qu’elle balise quand j’verbalise »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Tout a déjà été écrit sur ce titre historique entre deux des rappeurs les plus marquants de l’histoire du rap français. Oxmo survole le morceau avec une performance digne de Pacino dans L’Impasse. Dans la lumière en prenant soin de ne pas capturer tout le soleil, Booba est Sean Penn, l’avocat du héros du film. César du meilleur second rôle.

Shkyd

15. 113 – « On sait l’faire » ft. Booba & Le Rat Luciano

Morceau issu de : 113 Degrés, 113
Année de sortie : 2005
« On sait l’faire » en une phase : « Ils croient tous qu’on veut faire des thunes en rappant ; Mais la musique nique sa mère ; Le dernier rappeur que j’ai vu avait moins d’bif que le dealer de ma rue »

« Moi c’est B2O pour l’introduction, 1.1.3, Luciano, jamais de prostitution. » Voilà l’une des collaborations les plus jouissives du rap de rue du début de ce siècle. Les cinq artistes sont au sommet de leur art en 2004. Un clip, avec comme seul décor un garage et un billard. Aucune fioriture, pour mieux laisser la musique parler. Et, malgré cette réussite collective, Kopp survole le track, de son entrée sur la prod sous forme de braquage à ce délicieux refrain en une-deux avec Rim’K. D’ailleurs, on a ici de loin affaire à sa meilleure collaboration avec ce dernier. C’est en tout cas ce que reflèterait ce classement si j’avais été aussi tyrannique que mon nom le suggère.

Napoléon LaFossette

14. Rim’K – « Call of bitume » ft. Booba

Morceau issu de : Chef de famille, Rim’K
Année de sortie : 2012
« Call of bitume » en une phase : « Regarde les matchs en présidentielles avec Carla Bruni »

La voix rugueuse de B2O se cogne et se cale sur les basses puissantes du morceau. Des punchlines percutantes, une plume rigoureuse et un flow brutal. Une salve sèche, explosive et dense, allégée par un brin d’humour (« J’suis Ligue 1, t’es foot en salle », « Regarde les matchs en présidentielles avec Carla Bruni »). Tonton peut dire merci.

Marine Desnoue

13. Rohff – « Cru (C’est nous la rue) » ft. Booba & Rim’K

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2000
« Cru » en une phase : « J’peux pas baisser mon jean, y’en a qu’aiment ça »

Ce devait être la première association de deux monstres de leur discipline. Ça a été le point de départ de l’une des plus franches scissions de l’Histoire du rap français. Des années durant, les auditeurs se sont bien demandés quel pouvait être le fruit de cette obscure session studio du début des années 2000 entre les deux éternels rivaux. Internet a fini par leur apporter la réponse, quand « Cru » a jailli de ses flots tel une bouteille à la mer. Au vu de la forme affichée tant par Rohff que par Booba, on ne peut qu’éprouver des regrets à l’écoute du morceau. C’est finalement le trait d’union Rim’K qui tirera le plus profit de ce grand « Cru », puisque Kopp reprendra quelques mesures à ses côtés sur « Banlieue ».

Lenny Sorbé

12. Christine and The Queens – « Here » ft. Booba

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2016
« Here » en une phase : « Seize ans j’voulais braquer une poste ; Seize ans mon fils a commandé une Rolls »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Quand l’autoproclamé Duc rencontre la nouvelle Queen de la pop française, il dispose déjà de tout un attirail de prestidigitateur pour polir sa musique, l’Auto-Tune en tête. On l’imagine volontiers marmonner des harmonies métalliques pour sceller sans mal cette noble union. Au lieu de ça, Booba sort du fond de sa gorge brûlée par le sky sec un timbre des plus éreintés, et des images plus repoussantes que jamais (« T’es un téton machouillé que personne ne lèche »). Comme la plus belle affirmation du registre brut et sans détail dans lequel il se complait depuis plus de deux décennies.

Lenny Sorbé

11. Comité De Brailleurs – « On s’maintient » ft. Lunatic

Morceau issu de : Huit Millimètres/On s’maintient, Comité De Brailleurs
Année de sortie : 1999
« On s’maintient » en une phase : « J’suis mauvais mais j’ai un bon fond »

Prod glaciale à la Mobb Deep, le flow syncopé de l’époque… c’est bien le Booba dont le sperme fait encore des bulles sur les lèvres des puristes. C’est aussi l’époque post-incarcération et pré-Mauvais Oeil (1999) où le buzz d’Élie est équivalent à celui de Moïse en Égypte Antique, chacun de ses pets étant reniflés par une armée de dévots aux narines offertes. Booba est ici racailleux dans l’attitude (« c’est pas grave si y’a du sang sur les sous »), rocailleux dans le débit, déterminé à tout niquer (« J’verserai du sang pour être roi »), dévoué à son art et à son numéro SIRET (« Donne moi des ronds j’te fais une putain d’chanson »). + Performance incontestable qui résiste à l’oeuvre du temps, même les petits trappistes de notre rédaction, qui pensent que Wu-Tang est un restaurant chinois, ont bien noté l’inoxydable couplet.

Bardamu

10. Ärsenik & Lunatic – « Sang d’encre »

Morceau issu de : Sang d’encre, Jean-Pierre Seck
Année de sortie : 1998
« Sang d’encre » en une phase : « Toujours hostile, nouveau style ; Croque dans les hosties crues ; Négro à la rage dans les os j’tue »

Il y a eu les Beatles, les Galactiques du Real, les quatre Tortues Ninja… et le temps d’un morceau rare, hors album, le quatuor légendaire Calbo, Ali, Lino, et Booba. Peut-être que Booba a le moins fort des quatre couplets, peut-être que McCartney était moins fort que Lennon. « L’important, c’est pas la performance, mais la durée. »

Shkyd

9. Mokobé – « Maman dort » ft. Booba

Morceau issu de : Mon Afrique, Mokobé
Année de sortie : 2007
« Maman dort » en une phase : « Dix piges dans tes bras, je rêve dans tes draps ; Je vis dans tes drames, je me lave dans tes larmes »

On dit de lui qu’il est aveuglé par les strass et paillettes, qu’il n’entend que le froissement des billets de banque et les claquements de fesses de colombiennes dans sa cuisine. Pourtant, avec ce type de prestations, force est de constater que Booba est plus éveillé que la plupart des rappeurs conscients. « Maman réveille toi tes filles et fils vont crever ; Faut réparer car tes ancêtres ont retourné leur ste-vé ; Je suis fils d’immigré, papa aussi t’a quitté ; Il court après le biff que Christophe lui a piqué. » Et dire que certains pensaient que Booba était un homme de peu de maux…

Frem Ganda

8. Gradur – « Balti » ft. Booba

Morceau issu de : Shegueyvara 2, Gradur
Année de sortie : 2015
« Balti » en une phase : « J’fais pas l’apologie du crime, j’fais celle des sommes à dix chiffres ; Sombre ratpi s’arrêtera t-il ? Tu lèves un doigt tu prends dix gifles »

« @GradurOfficiel mon sheguey ; Même si j’me suis désabonné. » L’entrée est fracassante. Instagram-dropping, adoubement du natif de Roubaix, et rumeur sur un prétendu beef écartée du revers de la main. Tout ça en un temps, deux mesures. Le reste n’est pas mal non plus. Dans ce Baltimore roubaisien, B2O se fait le pendant glacial d’un Gradur en feu, tel Stringer Bell pour Avon Barksdale. Et tout le monde en prend pour son grade : la greffière et sa chatte, les médias moralisateurs, le système carcéral, et bien sur la concurrence rapologique. Le tout avec une précision suisse, un flow dévastateur et un débit limpide qui ne nous font pas du tout regretter que le Duc s’approche doucement mais sûrement des « 60 ges-pi sur un yacht ».

Terence Bik

7. Siboy – « Mula » ft. Booba

Morceau issu de : hors-projet
Année de sortie : 2017
« Mula » en une phase : « Une rotule au sol, j’fais les lacets d’mon se-fi »

Entré dans la nébuleuse 92i par la force d’un couplet schizophrène sur « Zer », Siboy avait été l’autre révélation de Nero Nemesis avec Damso. Si le belge s’était vite autopropulsé dans les hautes sphères du rap francophone, Siboy avait quant à lui pris temps de nous peaufiner un premier album Spécial. « Mula » en était l’un des premiers apéritifs. Le temps d’un couplet, la folie contagieuse du rappeur cagoulé s’abattait sur Booba, qui s’en allait découper une instru furieuse et oppressante. Des références de vétéran, des onomatopées barbares, quelques mots pour les gosses et des « rivaux » assurément pas épargnés… « Mula » est un bingo de tout ce que le Duc a de plus incisif à proposer depuis quelques années. Et comme pour mieux marquer son territoire, il s’approprie non seulement le gimmick de son poulain, mais aussi celui du morceau. On ne sait presque plus qui est en feat. avec qui.

Lenny Sorbé

6. Niska – « M.L.C » ft. Booba

Morceau issu de : Zifukoro, Niska
Année de sortie : 2015
“M.L.C” en une phase : « Le bruit et l’odeur c’est moi, demande à Jacques Chirac »

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

Booba a aussi un grand coeur. Quand il voit le « e » muet qui se fait chier dans son coin avec ses boules quies, il l’intronise à pleins poumons dans son couplet entre « Jacques Chiraqueu » et « Pierre Gignaqueu ». Cette fantaisie sonore signale à nouveau que notre Michel Sardou s’amuse comme un foufou à ravaler la façade de son flow et rendre toujours plus sexy son rap hardcore. Sa performance est un fumier parfumé avec des phases premium (« J’tire dans la cabeza, bonne chance pour le garrot ») et une scansion de haute voltige. Et d’apprendre que pour Boobs, le bulletin de paye de Verratti est celui d’un CDD chez Carrefour City…

Bardamu

5. Nessbeal – « Tout c’qu’on connait » ft. Booba

Morceau issu de : La bande originale de Taxi 3
Année de sortie : 2003
« Tout c’qu’on connait » en une phase : « Ce qui ne tue pas rend plus fort ou handicapé »

C’est le Booba de la « Génération t’inquiètes » et non celui de la « Génération Assassin », qu’on attendait de pied ferme mais qui finissait toujours par nous surprendre. La plupart du temps, grâce à des fulgurances ou par des puzzles de mots et de pensées. C’est le Booba à qui les bobos des années 90 – faussement enhardis par le H.I.P H.O.P de Sidney et fanatiques d’IAM ou de NTM – parvenaient encore à montrer quelques marques de respect. Celui qui, de la première mesure à la dernière rime maniait une prose au vitriol. « Ce qui ne tue pas rend plus fort ou handicapé […] j’attire la foudre ; J’fais pas trop de concerts en plein air, c’est racailleux ; Y’a des skeuds, des scuds dans mon cahier hameçon ; Canon scié dans mon caleçon, c’est mort ça y est, premier round. » C’est une sensation d’asphyxie étrange, à mi chemin entre la mort par accident auto-érotique de David Carradine et la scène où Ivan Drago fait pleuvoir une pluie de coups sur le corps d’Apollo Creed.

Frem Ganda

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

4. Dicidens – « De larmes et de sang » ft. Lunatic

Morceau issu de : HLM Rezidants, Dicidens
Année de sortie : 2000
« De larmes et de sang » en une phase : « J’ai trimé pour être large riche avant l’âge ; Et si j’suis pas numéro 1 c’est qu’il y a le king avant l’as »

Posé sur des accords de violon, un beat dépouillé qui installe une mélancolie froide et élève le verbe. Et puis, au milieu, les crocs affutés d’un jeune loup qui brûle de percer. Booba mord ses mots et bouffe crûment le morceau. Un rap barbouillé de peine et de haine, gavé d’assonances et de bons mots. Sublime, âpre, sensible et grinçant, tout à la fois. « C’est toujours danger. »

Marine Desnoue

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

3. La Fouine – « Reste en chien » ft. Booba

Morceau issu de : Aller-retour, La Fouine
Année de sortie : 2007
« Reste en chien » en une phase : « Je ne, ne compare pas mes délits et Medellin »

2006 aura été une année charnière pour le rap français, celle des premiers hits sous influence southern rap, qui a en onze ans totalement envahi le mainstream comme l’underground. L’année suivante s’alliaient alors ceux qui allaient se révéler maîtres du genre pour les cinq années à venir : le rookie La Fouine et la tête d’affiche Booba, invité à poser un couplet tout aussi assommant que la performance de son hôte. « Reste en chien » est un succès immédiat, et malgré la détérioration des relations entre les deux hommes, reste l’un des principaux tubes des années 2000. Avec ce « Trop de bouffons dans l’industrie, donc je n’me, me mélange pas » à la saveur des plus amusantes, lorsqu’on l’écoute sans contextualiser avec dix ans de recul.

Napoléon LaFossette

Quand le D.U.C. joue à l’extérieur : le classement définitif

2. Kalash – « Rouge et bleu » ft. Booba

Morceau issu de : Kaos, Kalash
Année de sortie : 2016
« Rouge et bleu » en une phase : « J’suis marié à la street’zer, la vie est plus belle à deux »

À mesure que les auditeurs sont devenus moins exigeants, les refrains de rap sont devenus moins fournis. Parfois, un seul mot répété de nombreuses fois suffit, ou un nom de personnalité connue scandé comme un slogan dans une manifestation. Sur ce single devenu un des grands succès de 2016, Booba prend le contrepied et accompagne brillamment Kalash avec un refrain imparable, rempli de mots entiers et de néologismes en zer. Pari gagné.

Shkyd

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1. Mala – « Hommes de l’ombre » ft. Lunatic

Morceau issu de : Nouvelle Donne II – Tout Vient À Point À Qui Sait Attendre, Nouvelle Donne Music
Année de sortie : 2000
« Hommes de l’ombre » en une phase : « J’veux des lingots et puis une pute à côté de moi quand j’ronfle »

« …et enfin le premier de la classe en dissertation, Yaffa Elie. Prenez exemple sur votre camarade qui est, je vous l’accorde, une belle saloperie, mais qui me rappelle que Baudelaire fumait de l’opium et que Gainsbourg se pochetronnait comme la dernière des cloches. Ce n’est pas à moi que revient le devoir de punir Elie quand il soulève les jupes des filles ou quand il dépouille certains d’entre vous dans la cour ; que les petites poucaves s’adressent le cas échéant au conseiller d’orientation. Non, mon devoir de professeur de Poésie Maléfique est de saluer son génie musical et son verbe sec, immoral et sublime… Le sujet n’était-il pas ‘Exprimez une situation désespérée et un avenir incertain en 16 mesures ?’ Je lui mets un 9,5/10. Pour le prochain exposé, vous réfléchirez au concept de Temps Mort. »

Bardamu

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