On vous résume l’interview épique de 6ix9ine au Breakfast Club

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À l’occasion de la récente sortie de sa première mixtape Day69, le controversé 6ix9ine a profité d’une matinée calme pour s’exprimer au micro du Breakfast Club. Une heure et une dizaine de fou-rires plus tard, le constat est clair : l’interview est épique. Des dialogues surréalistes entre le rappeur et Charlamagne Tha God aux révélations plus ou moins intéressantes vis à vis de son passé, 6ix9ine montre une nouvelle fois que tout ce qu’il touche devient très vite viral. Résumé.

Illustration : Trelamont.com

« Je vous le dis clairement les gars, ça va être votre interview la plus regardée, devant celle de Birdman. » Les mots de 6ix9ine font rire Charlamagne Tha God, qui n’en rate pas une pour taquiner gentiment son homologue brooklynois. C’est que l’homme arc-en-ciel est autant apprécié par la nouvelle génération que décrié des anciennes, qui ne voient en lui qu’un vulgaire clown, un faux-gangster voué à mourir dans quelques mois s’il n’arrête pas de jouer avec la culture des gangs de New-York et Los Angeles. « Beaucoup de gens peuvent dire plein de choses dans mon dos, mais personne ne sort les mêmes chiffres que moi. » L’arrogance, il en a fait une marque de fabrique, mais force est de constater qu’il a raison : « Gummo », « Kooda », « Keke », « Billy », quatre clips sortis, quatre titres classés au Billboard US. Sa première mixtape, Day69, est même rentrée à la quatrième position du classement avec plus de 50,000 CDs vendus. Quelques semaines plus tard et le voilà au micro du Breakfast Club, célèbre émission de radio américaine. Entre son affaire de viol, son statut actuel de « Roi de New-York », les origines de ses embrouilles ou bien son approche avec la culture des gangs, les thèmes traités sont larges : on a donc décidé de vous les résumer.

Sur son statut auto-proclamé de Roi de sa ville

L’échange commence dans le vif du sujet. À la sortie de « Kooda », 6ix9ine s’était emparé d’un titre qu’il avait lui-même inventé : Roi de New-York. À ce sujet Charlamagne demande des explications, car au delà de ne pas le croire, il ne comprend pas le projet si ce n’est celui de s’attirer toutes sortes d’ennuis : « Je ne m’attire rien du tout, je suis juste le plus chaud de la ville. Définitivement. Tu vois Cardi B, j’aime bien ce qu’elle fait, mais mon premier projet a fait top 5 au billboard US, elle non, elle avait déjà deux mixtapes avant… mais il n’y a pas de compétition, big-up à Cardi B, même si je reste le meilleur de la ville. » Continuant sur la même lancée il en profite pour mettre les choses au clair au sujet des personnes qui ne cessent de le menacer en chanson ou sur les réseaux : « Je vais vous dire comment je vois les choses, si je peux marcher dans les rues de New-York en criant que j’en suis le Roi, vous ne pensez pas que les gens auraient déjà réagi si c’était faux ? (…) Regarde à quel point je suis stupide là, maintenant, j’ai un 69 géant tatoué sur le front, des cheveux arc-en-ciel et des dents arc-en-ciel, je suis là en train de parler de tous ces mecs qui veulent m’embrouiller, à quel degré de stupidité ils sont, eux ? Les vrais gangsters ne parlent pas de ce qu’ils vont faire, ils le font c’est tout. »

Ces déclarations auraient pu suffire, pas pour DJ Envy et Charlamagne, qui ne cessent de le mettre devant ses contradictions et ses responsabilités. Le fait est que la voix de 6ix9ine porte loin aujourd’hui, la nouvelle génération étant quelque part le modèle à venir pour les prochaines, alors est-il vraiment raisonnable de s’enfermer dans une bulle d’arrogance et d’être au centre d’autant de controverse ? « Je ne suis pas là pour me fondre dans la masse, mon message c’est d’être toi-même, et je suis toujours moi-même. (…) Beaucoup de gens ne m’aiment pas, beaucoup de gens n’aiment pas mon attitude, mais si on a une conversation tous les deux, tu verras que je suis un mec super humble et authentique. » En dernier coup de poing il donne une information qui révèle un trait de sa personnalité encore inconnu : l’altruisme. « Je redistribue beaucoup aux petits, et je ne fais pas ça pour le côté Instagram, si tu vas dans les écoles de mon quartier les gens te diront que je me suis arrêté pour donner de l’argent (…) Quand j’étais gosse à l’époque, j’ai jamais vu une personne venir à l’école et donner 5,000, 10,000 ou 20,000 dollars… Moi je me porte garant pour faire ça et c’est pour cette raison que je suis le roi de ma ville. »

Sur ses diverses embrouilles

S’il entend bien prouver qu’il est le roi de sa ville, c’est aussi car personne ne le soutient : il n’a été adoubé d’aucun grand du hip-hop, sujet à aucune main tendue de la part des vecteurs de l’industrie. « Vous savez tous ici que je sors de nulle part. Je suis passé devant tellement de gens en un claquement de doigt. » Forcément la jalousie s’enclenche, comme avec Trippie Redd par exemple, son ancien proche collègue avant que les explosions en solo n’arrivent : « On avait signé dans le même label, mais les directeurs ne me donnaient pas d’argent. Un jour ils me disent qu’ils vont aller à fond avec Trippie. À l’époque je n’avais pas encore fait ‘Gummo’. Je pense qu’au moment où il m’a vu travailler à fond il était juste jaloux, mais je n’ai aucun problème avec lui. » Difficile de croire que tout est aussi simple, pourtant, 6ix9ine ne cesse de le répéter pendant l’interview, il n’est à l’origine d’aucun beef, n’est responsable d’aucun événement ; il fait juste son travail tandis que les autres lui envient son succès. 

À ce propos Charlamagne voit une faille se dessiner et s’active pour en montrer l’étendue, car même si 6ix9ine n’est pas le déclencheur originel des embrouilles, il n’en reste pas moins celui qui y alimente constamment les braises à coup de tweets ou de déclarations médiatisées. Pour répondre à ces interrogations, son manager Tr3yway, OG de New-York, lui vient en aide : « Il s’exprime juste comme n’importe qui sur Internet. Les gens pensent qu’il ‘troll’… bon, je ne suis pas de sa génération, mais les autres font exactement la même chose, Rich The Kid par exemple. Tous ces jeunes veulent réussir. À aucun moment Tekashi dit à la caméra qu’il va tuer quelqu’un ! Il dit que c’est un Blood, il dit que c’est un gangster, mais il ne menace la vie ou l’intégrité de personne. On est en Amérique, il y a la liberté d’expression. Ce qu’il dit sur Internet c’est juste ce qu’il ressent, la manière qu’il utilise pour se promouvoir. Moi c’est comme ça que je le vois. Tekashi est le rappeur le plus jeune et le plus chaud du moment. (…) Il gère le game. Tout ce dont il a besoin aujourd’hui c’est le soutien de sa ville et surtout des gens qui ne sont pas de sa génération. La plupart de ceux qui le détestent viennent de là. » Le problème, c’est qu’à force de se vanter d’être le roi, beaucoup sont ceux qui veulent retirer sa couronne et réduire son personnage à néant.

Il y a quelques mois d’ailleurs, 6ix9ine était au centre d’une petite polémique : alors annoncé comme le main-event du SXSW Worldstar Show à Houston, il ne monte pas sur scène et n’assure pas de concert. À l’origine de son absence, J. Prince Jr., fils de J. Prince – CEO du légendaire label Rap-A-Lot Records – avec qui Tekashi s’était mal-entendu quelques jours auparavant : « Quand je voyage hors de ma ville je me balade avec deux ou trois personnes. Il faut savoir que dehors, il y a des mecs qui marchent toute la journée en bande pour me trouver et essayer de me mêler. Quand je me ramène au SXSW, on me dit de ne pas m’inquiéter et que j’aurais toute la sécurité nécessaire. Juste avant de monter sur scène, mon pote Shawty me dit que J. Prince Jr. traîne à côté de la scène pendant le concert. À ce moment-là je sens que c’est un piège. Je vais voir Jay, le boss du SXSW, et je lui dis que c’est impossible pour moi de donner une bonne performance si je dois regarder constamment derrière mon épaule. Je n’ai pas envie de me faire « Worldstared » sur la scène de Worldstar. Il y a une différence entre être gangster et être stupide. Moi j’arrive en ville avec mes couilles, mais je vais pas laisser une centaine de mecs me frapper, je vais pas leur donner cette chance. Je suis plus fort. Donc en réalité je me suis pointé au SXSW, mais je n’avais aucune sécurité de garantie, les types ne voulaient pas me protéger parce qu’ils avaient peur de ce qu’il pouvait se passer. Alors si je résume, tu m’appelles pour être le main-event de ta scène, je prends de mon temps pour venir assurer le show mais tu ne me donnes aucune garantie de sécurité, tout ça pour ensuite crier sur scène ‘Où est 6ix9ine ?’ Non, il n’y avait rien de professionnel.« 

Même histoire à Los Angeles, où l’un de ses concerts a été annulé à la dernière minute. Et tandis que Charlamagne y voit l’impact et le lobbying des gangs de la ville, 6ix9ine en profite pour s’étendre sur le sujet et glisser discrètement une pique au rappeur local YG : « Je peux marcher dans n’importe quelle ville tranquille. Je fais mes soirées comme prévu, je touche mon cash et je me casse. Si le concert à L.A. a été annulé c’est parce que les gérants avaient peur qu’il y ait une émeute. (…) La culture des gangs entre New-York et Los Angeles est surement différente, mais quand YG a commencé à m’embrouiller je me baladais à L.A. et il ne s’est rien passé.« 

Sur son affiliation aux Crips et aux Bloods de New York

C’est aujourd’hui indubitable : 6ix9ine aime arborer les couleurs sanglantes des Bloods de sa ville. Dans ses clips ou en interview, le rouge prend une place d’honneur. Pourtant, on aperçoit souvent au même moment quelques teintes bleues, puis finalement un drapeau vert, signe de mélange culturel, habituellement impensable à mettre en images. De là les auditeurs soulèvent quelques interrogations, à raison. À qui appartient-il ? À qui a-t-il prêté allégeance ? Est-il véritablement un Blood ou n’est-ce qu’une énième facette de son personnage ? À ce sujet, voilà ce que 6ix9ine rétorque : « Quand j’ai commencé la musique je traînais avec le S.C.U.M Gang à Flatbush, mais personne ne peut attester m’avoir vu en crip à l’époque. Je vis dans un endroit où il y a des Crips et des Bloods, donc si je veux traîner avec les uns je le fais, avec les autres aussi, si je veux traîner avec les deux je le fais ! Ce sont tous mes potes. Je n’ai jamais été homologué GS9 ou que sais-je, ce sont juste mes potes. Je n’ai jamais été sous l’étendard de qui que ce soit, je n’ai jamais été un Crip devenu Blood, c’est simplement mon quartier. (…) Je ne pense pas que tu puisses passer du bleu au rouge si t’es véritablement un membre des Crips, sauf que moi, je n’ai jamais été un Crip. »

Sur son passé avec la justice

Alors même que le succès retentit tout autour de 6ix9ine et que tout ce qu’il touche devient platine, une affaire ressort de l’ombre et l’expose comme un pédophile, violeur de surcroît. Loin de lui l’idée d’ignorer le débat il joue le jeu de l’interview et souhaite mettre les choses au clair : « Il n’y a eu aucun rapport sexuel entre elle et moi. J’ai plaidé coupable soudainement parce que j’avais peur. À l’époque je n’avais pas d’argent, la meuf en question a 14 ans et elle est introuvable, toute sa famille la cherche. Moi je suis là, j’ai l’estomac qui remonte. Ma femme était enceinte à l’époque, les juges me disaient que j’allais prendre quinze ans de prison. Je n’avais pas assez d’argent pour payer un avocat, pour rien, c’était la première fois que je me retrouvais face à la justice. Ma vie venait de changer en un claquement de doigt. Les médias ont parlé de cette affaire de la pire des manières. Tout le monde me voit comme un monstre aujourd’hui. Mais je sais ce que je suis et je sais ce que j’ai fait. »

Sur ce qu’il est

Cette dernière phrase prend un sens plus profond avec la suite de l’interview. 6ix9ine, finalement, et malgré tout le personnage détestable qu’il s’est créé, n’est peut-être qu’un gosse rêveur, né dans un mauvais quartier au mauvais moment. Un adolescent dont la vie a brusquement changé du jour au lendemain, une première fois face à la justice, une deuxième fois face à l’industrie de la musique. Un adulte riche et célèbre, aujourd’hui, qui a tout fait tout seul, ne s’est enfermé dans aucun carcans et n’ose parler d’inspirations que lorsqu’il s’agit de DMX ou d’Onyx. Un type qui n’a eu comme impératif que de suivre sa propre voie selon ses propres moyens et de sa propre manière. « Il y a encore un an, personne ne me disait que je faisais mal les choses. Maintenant que je suis le numéro 1, tout le monde me conseille de faire ça comme ci ou comme ça, tous me disent que je me trompe, de ne pas faire ça. Laissez moi faire ce que je veux. (…) J’ai été attrapé par le système, mais je suis un produit de ma société. À l’école, mon prof m’avait demandé ce à quoi j’aspirais dans les cinq à dix ans à venir. Je lui avais répondu que je n’en avais aucune idée, j’étais juste un gosse mexicain avec de pauvres chaussures, au plus bas. Un de mes psychologues m’a dit ‘tu nettoieras ma voiture’, les profs eux, me disaient ‘avec la gueule que tu as, tu seras mort en prison’. Cette phrase est restée dans ma tête. En cinq à dix ans j’ai eu cinq morceaux platines, cinq hits au billboard, et personne ne me retirera jamais ça. J’ai 300,000 dollars autour de mon cou, une très belle fille, et je suis capable de redistribuer à ma communauté.« 

L’interview d’une heure se termine finalement sur une note d’espoir : « Quand Bobby Shmurda reviendra en 2020, je lui donnerai tout ce que j’ai fait en mains propres avant de me retirer. » Une lueur de lucidité ? Un instant de conscience ? Qui sait. Ne reste qu’à attendre la suite, voir ce dont 6ix9ine est réellement capable dans cette industrie sanguinaire. En croisant les doigts pour qu’il ne finisse ni en prison ni six mètres sous le sol avant d’avoir pu redistribuer son fief à l’ancien roi de New York, le vrai.

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