93 Days of Summer : Martin

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Le 21 juin annonce le début de l’été,  l’amorce  de son rythme si caractéristique. Là, les compteurs repartent souvent à zéro, les projets prennent une pause ou, au contraire, un nouvel élan d’énergie accélère les choses. Plus loin des contraintes, pendant 93 jours, l’été ouvre son champs des possibles. 

Sur cette période, @le_s2t, s’est donné la mission d’interroger 13 jeunes créatifs, sur leur passion, leur avenir et leur projet cet été.

Designer en devenir, Martin passe le plus clair de son temps à dessiner des sneakers. Cette semaine, il nous parle de ses influences et de son entrée dans cette communauté en pleine effervescence.

T’as grandi ou ?

J’ai grandi à Villiers dans le 94 et à Neuilly Plaisance. C’est plutôt bien comme endroit, même si je passais mon temps à jouer au foot ou au basket avec mon frère, tu peux monter sur Paris assez vite avec le RER.

Aujourd’hui t’es en école de design, c’est quoi ton parcours ?

J’ai toujours écouté mes parents et j’ai eu un Bac S pour ma mère. Je me souviens qu’à 16 ans, j’ai dit à mon prof de physique que je voulais devenir ingénieur et qu’il s’était foutu de ma gueule! Après j’ai quand même fait 3 ans de physique pour finir sans diplôme avant de dire stop. Après comme j’ai toujours dessiné, je me suis dit que je voulais faire une école de design.

 


Avant je bossais à la pression, toujours à la dernière minute, mais cette année là j’ai compris que ça ne marchait pas comme ça, donc je me suis donné les moyens et j’ai pu exprimer mon potentiel.


 

Pourquoi tu dessines ?

Je me souviens du moment exact où j’ai su que je voulais devenir designer. J’avais 13 ou 14 ans, j’étais sur Paris avec ma famille vers les grands boulevards, il venait juste de pleuvoir mais il faisait beau. Et là il y a la dernière Mercedes Classe C qui passe, et avec la pluie et les reflets du soleil, je l’ai trouvée vraiment belle, les lignes étaient magnifiques. À ce moment là, je me suis dit que je voulais faire des trucs beaux comme ça et pendant très longtemps j’ai dessiné uniquement des voitures.


Comment tu t’es retrouvé à Eindhoven ?

Je cherchais une école de design et c’est ma mère qui a vu cette école dans Télérama et 10 minutes après j’étais inscrit. Pour la petite histoire, la veille de l’admission, après avoir conduit 5 heures depuis Paris, je découvre qu’il y a un rendu pour le lendemain. J’avais une belle chambre d’hôtel avec un grand lit mais je n’ai même pas dormi dedans! J’ai bossé toute la nuit pour rendre quelque chose de correct et finalement ça s’est bien passé!


Qu’est ce que t’as rendu ?

Le sujet était « A little gift of time » donc mon projet consistait à donner un sursis à une espèce en voie d’extinction en reproduisant son habitat naturel et le jury a kiffé.

 


Mes potes qui sortent d’école de commerce parlent tout le temps de salaires de 30k, de 40k,… Mais cette vie là elle ne me fait pas rêver, donc je ne me prends plus la tête. Chacun sa trajectoire, sans pression.


 

C’est comment Eindhoven ?  

Eindhoven c’est pas cool hein. Au début c’était dur, même si je kiffais l’école, j’avais de mauvais résultats mais ça m’a fait du bien. Avant je bossais à la pression, toujours à la dernière minute, mais cette année là j’ai compris que ça ne marchait pas comme ça, donc je me suis donné les moyens et j’ai pu exprimer mon potentiel.

Pourquoi tu dessines des sneakers maintenant?

J’ai toujours aimé les sneakers et maintenant dès que je me retrouve dans une ville, je vais voir les boutiques de sneakers et je regarde les textures, les techniques, sur de belles paires c’est fou, des fois c’est limite de l’ingénierie de haute précision. Et puis je pense qu’à terme, tout le monde va porter des sneakers. Pourquoi porter des chaussures de ville en cuir alors que tu peux porter des sneakers?

Aussi, les baskets ça se dessine un peu comme une voiture, dans les lignes etc… Et puis comme une voiture, il n’y a qu’une seule fonction. Une chaussure sert à marcher, une voiture à se déplacer et du coup tu peux faire des trucs de ouf vu que tu n’as qu’une seule fonction.

 

D’où la création de ton Instagram @martzer_ dans la foulée ?

Oui, j’ai créé un compte instagram avec que des chaussures pour éviter de casser les couilles à tous mes potes parce qu’il n’y a que des baskets. J’ai fait une vapormax avec un velcro pour le Air Max Day et j’ai eu 160 likes. Pour moi c’était enorme! Ensuite, j’ai fait un photoshop d’une fausse city sock noire, la semelle je l’ai dessinée moi-même et j’ai pris l’empeigne de la Balenciaga, j’ai mis un Swoosh parce que les gens ne kiffent pas quand il n’y a pas de marque et le lendemain je vois 600 likes!

 


J’ai reçu toutes sortes de DM comme « do you make flip flop designs? » ahahah! J’essaye de faire des trucs stylés et on me demande si je fais des tongs?


 

Comment t’as passé le pas du dessin à la réalité ?

J’ai décidé de faire un projet sur la sneaker avec mon école et du coup j’ai pu tenter des expériences sur imprimante 3D et là j’ai commencé à être reposté par des gros comptes. Toutes les semaines je postais des photos de l’avancement du projet et les gens pouvaient suivre mes progrès au quotidien. J’ai reçu toutes sortes de DM comme « do you make flip flop designs? » ahahah! Est-ce que je fais des tongs putain?! J’essaye de faire des trucs stylés et on me demande si je fais des tongs?

Comment t’arrives à être créatif ?

Quand je suis tout seul, je suis constamment en train de bosser. Même si c’est un entrainement quotidien, ça vient un peu comme ça. Souvent j’ai des idées le soir avant d’aller me coucher, et je me dis que si je l’ai encore le matin quand je me réveille, c’est que c’était une bonne idée.


C’est quoi tes influences ?

Je suis encore très influencé par l’automobile. Sergio Pininfarina c’est une grosse inspiration, le moteur à l’arrière sur les Ferrari c’est de lui tu vois. Après ça vient d’un peu partout. Mais je dessine une voiture de la même manière que je dessine une basket, avec les mêmes coups de crayons, des lignes fuyantes etc…

 


Soit t’as de la visibilité et tu t’exposes au regard des gens, soit tu restes chez toi, t’es un bête de designer mais personne ne le sait. Si une marque me copie, ça voudra dire que je suis sur la bonne voie.


 

C’est quoi ta paire préférée ?

Je dirais la Presto, parce que je la trouve intelligente. Elle est bien faite. Si tu regardes les coutures, elle n’est pas faite comme les autres chaussures.


Tu postes beaucoup ton taff sur les réseaux, mais t’as pas peur que des gars vampirisent un peu ton travail ?

J’ai eu de longues discussions là-dessus. Soit t’as de la visibilité et tu t’exposes au regard des gens, soit tu restes chez toi, t’es un bête de designer mais personne ne le sait. Et puis si une marque me copie, ça voudra dire que je suis sur la bonne voie. Mais de toute façon, s’ils aiment mes idées, ils seront assez intelligents pour me contacter directement.

C’est quoi tes projets à l’avenir ?

C’est de rendre mes projets faisables. C’est ce que je vais faire à l’école, c’est bien de dessiner des chaussures mais de les faire à l’imprimante 3D c’est une autre étape et j’ai encore beaucoup à apprendre. C’est presque de l’ingénerie d’ailleurs. Je sais qu’il ne faut pas avoir de rancunes mais dès que j’aurais un bon taff, j’irais voir ce prof de physique du lycée qui m’avait mal parlé pour lui montrer qu’il avait tord. Il ne faut pas décourager les jeunes comme ça.


T’as quel âge ?

J’ai 25 ans. Je me suis souvent pris la tête avec ça, avec mes potes qui sortent d’école de commerce et qui parlent tout le temps de salaires de 30k, de 40k,… Mais cette vie là elle ne me fait pas rêver, donc je ne me prends plus la tête. Chacun sa trajectoire, sans pression.

 

Site: www.martinsallieres.com
IG: @martzer_

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