Dans la tête de... Vladimir Poutine

Dans la tête de… Vladimir Poutine

À la mi-février, au creux d’un hiver dénaturé fait de caprices d’une saison irrationnelle, nous réanimions cette chronique dont les capacités nous semblaient encore exploitables. Même formule pour une nouvelle plateforme, qui accueillera une fois le mois notre récit de fiction à la première personne « dans la tête de » ces personnalités qui font l’actualité de ce monde.

Un seul homme, « le plus puissant de la planète » selon le magazine Forbes en 2013 motivait alors la reprise de nos écrits et de nos réflexes moqueurs. Ancien espion du Service Fédéral de Sécurité (le FSB successeur du KGB), Poutine débuta sa carrière dans les rangs des services secrets avant d’infiltrer le gouvernement.
Se montrant fiable et impliqué, il fut propulsé en quelques années à la plus haute fonction de l’État d’où il forgera sa torride réputation.
Dans cette bureaucratie qui lui sied à merveille, ou l’inverse, il nomme ses hommes de confiance à tous les postes clés et leur délègue le pouvoir. La société se plie aux exigences du numéro un et les médias, l’industrie ou l’appareil judiciaire tombent tour à tour entre ses mains ou entre celles de son entourage proche, la Nomenklatura, sa petite mafia à lui.

Poutine ne s’encombre de rien ni de personne, pas même de la Tchétchénie dont il s’est engagé à éradiquer la population et déclara un jour vouloir « les buter jusque dans les chiottes ».
Le non-droit et l’absence quasi-totale de liberté d’expression se banalisent, les récalcitrants sont au fait, son système est à prendre ou à se blesser. L’effronterie fait d’eux les prisonniers psychiatriques, les journalistes assassinés, empoisonnés, tabassés, les oligarques poursuivis et condamnés de la Russie où on retrouve les exilés politiques aux quatre coins du globe.

Conjugué au pouvoir infini dont il jouit depuis la première heure, Vlad dispose des ressources financières abyssales du gaz et du pétrole avec lesquelles il musèle l’opinion publique et fait pression sur l’Occident. Dernier coup en date, la Crimée que le sexagénaire a annexé à la Russie aux dépens de l’Ukraine, sous les regards impuissants des « grands » de ce monde.
On ne compte malheureusement plus les scandales dans lesquels « Volodia » est aujourd’hui impliqué et il est difficile de prédire quand et où il s’arrêtera.

Boule à facettes, homme aux mille visages, il entretient le mystère autour de sa République, une jungle de l’information et de la désinformation où s’entremêlent les adeptes du Kremlin et ses dissidents, la censure et la propagande, les faits réels et les méfaits mafieux.

Face à tout ce cirque nous devons l’admettre, il est bon de relativiser. Le chômage, notre gouvernement, la viande hallal ou pas, broutilles. Il fait bon vivre en France tout de même. Permettons-nous donc de ce pas un voyage à Moscou pour une introspection dans la tête de Vladimir Vladimirovitch Poutine, real hustler 4 life :

Poutine-banniere1

« 5h30 du matin : et pas une minute de plus, je sors de mon cercueil. L’allégorie est légitime car chaque matin au réveil, c’est une partie de mon être divin qui ressuscite. Jambes tendues, yeux qui piquent je me lance dans une série de pompes, le tout sur une main et en chantant l’hymne nationale Russe pour la motivation, c’est très important. »

À 6 heures : nu, coiffé et rasé de près je sors dans mon jardin pour prendre la température, pas de doutes je suis chez moi. Moment de grâce pendant lequel les pieds dans la neige encore givrée, j’invoque les dieux. Béni, je les renvoie à leurs occupations. Je suis très pratiquant, j’ai foi en moi, mon peuple aussi.

Avant 7 heures : toujours dans mon jardin, pendu à une barre de traction cette fois j’avale mon café noir. Sans sucre et sans eau, c’est à cela que l’on reconnait un homme, un vrai. Tandis que j’engloutis d’une bouchée mon paquet de graines j’enchaine les exercices jusqu’au lever du soleil.

 À 8 heures : je m’habille car je reçois le ministre de l’Intérieur à la maison. Ensemble nous combattons l’illettrisme, le tchétchénisme et la pauvreté. Les Russes doivent être dignes, aussi, nous nous démenons pour venir à bout de ces trois fléaux. Grenades et fusils mitrailleurs sont employés dans les régions où ces « animaux » sont présents en trop grand nombre. Les résultats sont quantifiables d’Est en Ouest : moins de clodos, moins d’idiots et le boieviki se fait tout petit.
L’Occident devrait prendre exemple sur nous… enfin sur moi.

 11 heures : je remercie mon ministre et l’invite à quitter les lieux, avant midi j’accueille la télévision. Chaque jour des équipes sont dépêchées chez moi afin que je puisse m’adresser au peuple. Ambiance télé-réalité pour plus de proximité, je donne de mon temps et de ma personne. Je suis le père, le Dieu, le sauveur, le mari, l’amant et le frère. Pour me voir et m’entendre il n’y a qu’à allumer son poste.

Poutine-banniere

 À midi : enfin seul j’avale mon repas et profite de ce répit pour passer quelques coups de fil.

On parle affaires et gros sous avec les uns, tribunaux et législation avec les autres. Les plus téméraires y voient de la corruption, mais pour moi il ne s’agit que d’orchestrer le business et de rétribuer les principaux concernés pour les services rendus. Soudoyer les magistrats ? Qui est assez fou pour le croire? Insinuez-vous que mon peuple n’est pas assez éclairé pour agir délibérément? Me traitez-vous de menteur?

 À la fin de mon déjeuner, je change de costume et monte dans la voiture en direction du Kremlin. Pas de musique, je n’aime pas les distractions du genre. Je préfère la mélodie des kalashs ou le sérieux des radios d’information. À ma grande satisfaction plusieurs ondes me consacrent leurs émissions et font le récit de mon combat pour la nation.
Mon chauffeur est un homme avisé car tous les jours depuis trente ans il me conduit sur les routes du succès avec le pétrole de son pays. Je l’ai décoré à plusieurs reprises pour l’extrême dévotion dont il a toujours fait preuve.

 13h30 : une minute de silence nationale pour l’U.R.S.S.

 Sur les coups de deux heures nous atteignons le cœur de Moscou. Devant le Kremlin je rencontre une poignée de partisans attroupés pour voir le président de son vivant, certains ont traversé tout le pays pour prendre une photo avec moi ou me dire combien j’ai changé leur vie. Avant que cela ne tourne à l’émeute, je file.

 14h30 : R.A.S.

 15 heures : meeting avec mon gouvernement. On passe l’actualité internationale en revue. C’est sans doute le meilleur moment de la journée et l’on se marre franchement devant l’incapacité de certains pays. Angela Merguez, François Hollande ou encore le noir là, oui Obama, tous se plaignent de moi. Mon argent, mon gaz, mon autorité sont les sujets récurrents, tiens que vois-je ? De la jalousie ! D’aucuns ne sont jamais venus me trouver ici. La peur peut-être, mais de quoi?

 17 heures : secret défense.

 18 heures : je m’accorde un peu de repos, souvent je rejoins ma femme avec qui nous allons diner. Nous échangeons.

 20h15 : de retour à la maison, pris d’un violent sentiment de culpabilité, je ne peux m’empêcher de cogiter. Suis-je l’homme dont la Russie a besoin ? Ai-je tué ma mère? Vais-je étrangler ma femme? Combien de missiles faut-il pour armer un sous marin ? De l’eau dans mon café ? Combien de comptes en banque ai-je en ma possession? La mort ou la prison ? La vie est-ce un cul-de-sac à boire cul sec ?

Entre 22 heures et 23 heures: tiraillé par le questionnement, je me glisse dans le marbre froid de mon imposant mausolée. Demain je ne me réveillerais peut-être pas, mais la Russie, elle, continuera à vivre. Mon peuple est éternel, grand et fier. Et puis…. Il n’y a pas que les Africains qui ont de gros sexes. »

Texte : JVJ
Illustrations : Reds

Send this to a friend