Explication de texte : Lord Pretty Flacko Jodye 2 – A$AP Rocky

Asap rocky explication de texte

 

2015 sera une année riche musicalement. Et à ceux qui l’auront trop vite oublié, A$AP Rocky revient rafraîchir les mémoires :

« Lord Pretty Flacko, Jodye/ Tell these fuck niggas, how you been ?/ You can freshen our minds »
« Lord Pretty Flacko, Jodye/ Dis à ces enculés que je vais bien/ Tu peux nous rafraîchir la mémoire »

Le premier coup de pression était arrivé par le biais du titre « Multiply » lors du festival Coachella 2014. Le rappeur prenait alors tout le monde de court avec ce titre dans l’air du temps et complètement corrosif. Le second coup de sommation intervenait le 2 octobre 2014 lors de la sortie du clip, à 2mn46 pour être précis : A$AP Rocky profitait de l’attention de son auditoire pour glisser l’extrait du titre « Lord Pretty Flacko Jodye 2 ». Bien mal lui en a pris, l’opération fut un franc succès et tout le monde réclame aussitôt le titre dans son intégralité. Que nenni, le rappeur sait se faire désirer, il faudra donc patienter.

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Quelques semaines plus tard, nous sommes désormais le 31 décembre 2014, une poignée d’heures avant l’an 2015, Rakim de son vrai nom nous fait grâce du tant attendu morceau. Une manière donc de bien clôturer l’année, ou alors de bien embrayer sur la suivante… Deux visions, un même résultat.

Avant de rentrer dans de plus amples détails explicatifs, éclaircissons un point important qui semble profondément conditionner l’individu : A$AP Rocky est issu de Harlem à New York (seul borough faisant parti de l’île de Manhattan). Certains l’appellent Uptown en raison de sa localisation géographique (d’où le surnom des Air Force One car le modèle est d’abord porté par les natifs de Harlem avant de se retrouver dans tout NYC), pour d’autres il s’agit tout simplement d’un monde à part d’où la dénomination « Harlem World ».

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L’endroit est également réputé pour enfanter des individus à l’égo et à la condescendance enrichis à l’uranium tels que P.Diddy, Mase, Malcolm X, Franck Lucas, Big L, Azaelia Banks, Cam’ron, Damon Dash, Tupac pour ne citer qu’eux.

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Il s’inscrit donc dans cette lignée :

« I’m a Lord motherfucker, better greet him if you see him »
« Je suis un seigneur enculé, t’as intérêt à le saluer si tu le vois »

Oui, vous avez bien compris, à l’instar d’un Alain Delon, Rocky parle de lui à la troisième personne.
Harlem a toujours suscité l’admiration, si ce n’est la jalousie au sein de la Grosse Pomme, car elle génère trop strass & paillettes :

« Niggas talk down every now and then, on the style, gettin’ styled 9 times out of 10/ It was, Flacko, Jodye, Flacko, Jodye, Flacko, Jodye, Flacko jodye »
« Les gens méprisent de temps en temps sur le style, mais 9 fois sur 10 sont dépassés par celui de Flacko, Jodye, Flacko, Jodye, Flacko, Jodye, Flacko jodye »

 

ROCKY

 

« Raf Simons, Stan Smith edition with my bands out »
« L’édition Stan Smith par Raf Simons avec les bandes visibles »

« Dirty like Adidas on my sneaker feature, uh » »
« C’est tellement sale (lourd) comme ma collaboration de sneakers avec Adidas, uh »

ADIDAS

Trop bruyant ou peut-être tout simplement trop en avance sur ses voisins de quartier :

« Who the jiggy nigga with the gold links ? Got me reminiscin’ ‘bout my old day » »
« Qui est ce négro bien sappé avec des chaines en or ? Ça me rappelle moi à l’ancienne »

« See they runnin’ with my old style / Grow foul, gold smile, you ho now, thuggin’ with my old style »
« Regarde, ils utilisent mon ancien style / Ils stagnent, dents en or, t’es une pute maintenant à faire le voyou avec mon ancien style »

A$AP Rocky grandi donc avec cet héritage culturel propre à Harlem, naviguant entre « angel dust » (autre nom désignant la drogue PCP), des house projects de Washington Heights, et d’un Spanish Harlem ou autre lieu suant une réalité pleine de béton :

« Boomin’ out the trap through the hallway / Tell me what you niggas know about it » »
« Son à fond, du squat jusqu’au hall d’entrée / Dites moi ce que vous y connaissez les gars »

« Auntie sayin’ turn it down, or she finna call the cops /
We be plottin’ on the ops, she the one who got the drop /
Just a free, quick fix, to the A and it’s okay /
They gon’ take me back to my old ways »
« Tata veut qu’on baisse le son, sinon elle appelle les flics/On fait nos plans pour trafiquer les pilules d’oxycodone (OP comme les lettres gravées sur les nouvelles pilules d’oxycodone qui ne peuvent être écrasées donc snifées ou fumées ; jusqu’alors on retrouvait les lettres OC), c’est elle (auntie) qui a l’oseille pour les acheter / Juste une petite dose gratuite et rapide, ligne A (train parcourant Harlem, Manhattan, Brooklyn et Queens), et c’est réglé / Ils vont me faire retourner à mon passé de dealer »

O

« Find out where the fuck nigga live then we camp out »
« On va trouver où cet enculé habite et on attendra devant chez lui »

« If a nigga put his hands on me, that’s a man down »
« Si un mec pose ses mains sur moi, il se retrouve au sol »

« Trappin’ through the speaker, peep the beeper ringer, uh/ Turnin’ off phones, just to reach ‘em, gotta beep ‘em »
«
Dealant à travers le téléphone, check le beeper, uh / Éteins les téléphones portables, pour les contacter faudra les biper »« 

BIPER

A$AP se fond parmi les mannequins ou acteurs aux nez chargés de poudre blanche, arrivés par wagons grâce à la gentrification de Morningside Park ou d’un Manhattanville:

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« I was tryina chill, poppin’ seals ever since I got a deal / Kick it with my model chick »
« J’essayais de la jouer cool à ouvrir des bouteilles depuis que j’ai signé mon contrat / m’amuser avec ma petite amie top model »

MODEL-CHICK

La société hérite de la jeunesse qu’elle mérite et Harlem ne déroge pas à cette règle, puisant sans cesse dans son passé et ce depuis très longtemps. Exit les défrisages de cheveux crépus pour rentrer par le backdoor du Coton Club pour se mélanger à la masse caucasienne dansante. De même pour les combinaisons aux couleurs criardes des clips de Mase et Puff Daddy ou plus récemment le style « All pink everything » puis purple de Cam’ron. Si le Harlemite n’a pas forcément bon goût, jamais personne ne pourra nier son manque de style. Religieusement étudié par le jeune écolier Rakim dans les mêmes rues que ses illustres prédécesseurs, le « swag » de Rocky est soigné au millimètre près, d’ailleurs oubliez ce terme désuet, depuis repris par notre cher La Fouine national pour sa marque de vêtements (n’est pas Américain qui veut). Désormais vous qualifierez ces éclats vestimentaires et vocaux à travers le terme « trill », combinaison des mots « true » et « real », qui s’est démocratisé puis stylisé (à la base le mot était orthographié « treal ») par le groupe UGK originaire de Port Arthur; qui le change en « Trill » avec leur premier projet (sur cassette audio) The Southern Way avec le titre « Trill Ass Nigga ».

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« Sip Cris, fuck niggas wanna diss/ Now I gotta let ‘em know who’s really trill » »
« Je sirote du Cristal, j’emmerde ceux qui veulent me clasher/ C’est l’heure de leur faire savoir qui est réellement vrai »

« I’m the trillest one to do it since Pimp, nigga hands down » »
« Je suis le plus vrai à rapper depuis Pimp C, mec, et de loin »

Pour les fortiches en géographie américaine ce mot est bien évidemment originaire du South, où A$AP Rocky puise son inspiration et son attrait pour la boisson médicinale pourpre à la codéine. Une boisson depuis détournée par une scène rap qui tourne au ralenti (dans le son seulement).

« Three 6 suck a nigga dick, no foreplay, all day » »
« Three 6 Mafia (mythique groupe de rap originaire de Memphis); suce ma bite, pas de préliminaires et ce toute la journée »

Outre la référence sudiste, le rappeur d’Harlem joue avec les mots et les chiffres de manière phonétique : three, six & four (play) sans oublier les autres allitérations et assonances d’usage. Mais qu’on se le dise, 2015 sera l’année de Rocky, ce self made man comme l’Amérique aime les fantasmer :

« I ain’t never lookin’ for no handouts / Broke ass niggas never helpin’ but they hands out »
« J’ai jamais demandé de l’aide / Ces enculés de mecs fauchés ne m’ont jamais aidé mais ils me filent des trucs »

Est-ce une référence aux marques Been Trill et HBA dont il était l’étendard il y a encore peu de temps, jusqu’à ce que ces dernières s’attirent le courroux du Fashion Killa ?

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« Screamin’ fuck the world, never catch me with my pants down » »
« En criant que j’emmerde le monde, tu ne me trouveras jamais dans une situation compromettante »

« Always been a stand up guy, I’d rather stand out »
« J’ai toujours été un mec droit, je préfèrerai me démarquer des autres»

En conclusion, si vous pensiez que Rocky n’était qu’un phénomène en perte de souffle, détrompez-vous, Lord Flacko revient réclamer ses terres et son droit de cuissage. Avec deux titres très forts, parions que son album mettra en exergue les différentes facettes de l’artiste : ce je ne sais quoi de précieux, cette touche de suffisance propre à Harlem, et cette capacité à mélanger différents univers qui ne se côtoyaient pas autant avant (la fashion industry et la crooked youth). Avec ce temps d’avance, toujours…

 

 

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