Explication de texte : TUESDAY REMIX – ILOVEMAKONNEN FT. DRAKE

Sorti le 6 juillet 2014, le titre « Tuesday » intronise le rappeur ILoveMakonnen parmi l’élite de la scène hip-hop d’Atlanta. Il aura fallu attendre le mois suivant pour que Drake ne saute sur la puissance de ce tube local pour le transformer en hit planétaire. Depuis, le jeune Makonnen a signé sur OVO (October’s Very Own), le label de l’artiste de Toronto, rejoignant ainsi l’armada grandissante du Général Aubrey Graham. Surfant sur la vague de ces tubes festifs ventant les effets de substances contrôlées ou illicites, « Tuesday » ne déroge pas à la recette : mélodie entêtante, textes simplistes et refrain qui résume en un minimum de rimes le titre entier.

 

« Club goin’ up, on a Tuesday
Got your girl in the cut and she choosey »
« Ça s’ambiance dans le club un mardi
Ta meuf est avec nous et elle fait la difficile »

Malgré tout, ce qui est intéressant de mettre en valeur est la différence qu’il existe dans l’approche de ces soirées ; quand ILoveMakonnen lutte encore pour s’en sortir, Drake est déjà une star. Tandis que le premier doit vendre de la drogue pour vivre…

BOULEVARD

« Workin’ Monday night, on the corner flippin’ hard
Made at least three thousand, on the boulevard
I’ve been workin’ graveyard shifts every other weekend
Ain’t go no fucking time to party on the weekend
I’ve been flippin’ in the house, makin’ money like my way
I’ve been ridin’ out of state, makin’ money like my way »
« Je bosse au coin de la rue un lundi soir, ma came part très vite
Je me suis au moins fait 3 000 dollars sur Boulevard Avenue
J’ai bossé de nuit jusqu’à la première heure un week-end sur deux
J’ai pas le temps de faire la fête le week-end
J’ai bicrave à la baraque, j’ai même exporté mon business
J’ai conduis jusqu’à sortir de la Géorgie pour faire de l’argent »

GEORGIA

… Drake placera plutôt ses efforts dans une soirée afin de récolter les fruits de son travail acharné :

« Squad goin’ up, nobody flippin’ packs now
I just did 3 in a row, them shows is back-to-back to back now »
« Mon crew s’ambiance, plus personne n’est obligé de vendre de la drogue maintenant
Je viens juste de faire 3 concerts consécutifs » (tournée Drake VS Lil Wayne)

drake-lil-wayne

« Always workin’ OT, overtime and outta time »
«Toujours à bosser en heures sup’ et hors de la ville»

« And when I’m puttin’ work in on a weekend
I’ll look back on this and think how we had the club going up »
« Et quand je bosserai le week-end
Je regarderai en arrière en pensant à comment on a rendu la boîte complètement folle »

Le Canadien raconte la manière dont il s’octroie quelques moments de répit, mais toujours avec raison et maîtrise :

« Tell Gelo, « Bring the juice, we about to get lit »
Fill the room up with some tings, one night off and this is it »
« Dis à Gelo de ramener les substances, on va bientôt se défoncer
Remplir la pièce de vapeurs illicites, juste une nuit et ensuite on arrête »

Gelo

« Upstairs I got Xans in an Advil bottle, I don’t take them shits
But you do, so I got ‘em for you
I don’t need the pills,I’m just gon’ have another drink »
« À l’étage j’ai du Xanax (pilule tranquillisante) dans un flacon d’Advil, je ne prends pas cette merde
Mais toi si, alors je les ai prises pour toi
J’ai pas besoin d’avaler des pilules, je vais juste me resservir un autre verre »

advil-xanax

 

Or on comprend qu’ILoveMakonnen est déjà sous l’emprise de drogues, et plus particulièrement de celle qui en soirée fait fureur outre Atlantique, l’ecstasy qu’on retrouve dans ce texte et dans d’autres morceaux de rap sous l’appellation « molly » :

« I don’t think that I should dance, I’m just gon’ have another drink
I’m doing my stance, you know my molly pink »
« Je ne pense pas qu’il faille que je danse, je vais juste reprendre un verre
Je vais gesticuler à ma façon, tu sais que mon ecstasy est rose »

STANCE

Car un des effets liés à la consommation de cette drogue est la déshydratation. Comme le disait déjà Trinidad James il y a quelques années :

« Popped a molly I’m sweatin’ »
« Je viens de gober une pilule d’ecstasy et je transpire »

Il s’ensuit un effet d’abandon du rappeur qui s’intensifie par l’apparition soudaine d’une pensée d’abdication juste après s’être vanté d’avoir des drogues de qualité :

« I got the loudest of the loud, you know my gas stink
My P.O think I’m in the house, don’t give a damn ‘bout what she think »
« J’ai la weed la plus odorante de toutes, tu sais que mes produits sont dingues
Mon agent de probation pense que je suis chez moi, j’en ai rien à faire de ce qu’elle pense »

Gas-Stink

Il semble pertinent de rappeler un évènement qui marquera au fer rouge la vie du jeune Makonnen Sheran. En juin 2007 alors âgé de 18 ans, il tue accidentellement un ami et risque une peine de 25 ans de prison. Finalement, les charges sont abandonnées mais le jeune homme doit se restreindre à rester chez lui durant presque 2 ans, ne pouvant quitter sa zone de vie que lors d’occasions très strictes et règlementées. C’est ainsi qu’il développe un son particulièrement simplifié et dénué de tout artifice non nécessaire.

Voilà pourquoi les paroles de Drake semblent si superficielles dans ce contexte morbide. Mais là encore, comme tout artiste voulant glorifier son côté « thug » ou qui fantasme un aspect des ghettos ; ceux qui ne le vivent pas en rêvent ou le vivent par procuration, et ceux qui le vivent le glorifie à outrance pour sustenter les premiers. Mais pour résumer, Dreezy en fait trop :

« Shit is crazy back home, it kills me that I’m not around
I think we gettin’ too deep, shit I’m talkin’ might be too true »
« C’est la merde à Toronto et ça me tue de ne pas être parmi les miens
Je pense qu’on est en train d’aller beaucoup trop loin, les choses dont je parle sont peut être trop vraies »

Enfin, Drake ne serait pas Drake s’il n’avait pas ces fulgurances linguistiques qui continueront de faire grincer des dents ses détracteurs les plus virulents :

« Put the world on our sound, you know PARTY and The Weeknd
Ain’t got no motherfuckin’ time to party on the weekend »
« Au monde entier j’ai mis notre sonorité au gout du jour, vous savez, PartyNextDoor et The Weeknd
J’ai pas une putain de minute pour faire la fête le week end »

partynextdoortheweeknd

En conclusion, si le titre « Tuesday » d’ILoveMakonnen était un morceau aux intonations sonores assez festives quoique teintées de mélancolie, Drake, grâce à son couplet aura réussi le tour de force de le rendre plus accessible aux clubs et donc aux radios. Sous prétexte qu’il est en soirée l’artiste légitimise le temps d’un morceau l’usage de ces drogues « mondaines », ILoveMakonnen lui – plus difficilement – après avoir fait son chemin de croix, se dirige selon toute vraisemblance vers un tracé beaucoup plus radieux.

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