Retro X : "Une seconde on pleure, une seconde on a envie de tirer"

Retro X : « Une seconde on pleure, une seconde on a envie de tirer »

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Sans qu’il ne sache trop pourquoi, le rappeur français Retro X a atterri dans la playlist Blonded de Frank Ocean. On voudrait penser que c’est parce que la signature artistique du rappeur, figure complexe parfois obscure de la scène francophone, défie le rythme effréné du rap jeu au nom de quelque chose de plus grand. Au cours d’une longue discussion, on a tenté de reconstituer l’itinéraire de cette personnalité centrale de l’autre rap

Co-auteur : Napoléon LaFossette
Photos :
@alextrescool

Un certain Gianni. À vingt-cinq ans, celui qui a troqué les promesses du ballon rond pour celles du micro se fait désormais connaître sous le pseudonyme Retro X et multiplie les projets en solo ou en groupe depuis 2015. Difficile en effet de ne pas associer son nom à ceux de ses confrères, parmi lesquels Lala &Ce et Jorrdee, dont les plus récents EPs, respectivement Le son d’après et The Underdog Project, sont de discrètes pépites qui continuent de résister aux étiquettes du journalisme musical. Sous le regard intrigué de leur public, Retro X et son entourage cultivent l’aura inquiétante du mystère tout en donnant l’impression rassurante de rester intègres, fidèles à eux-mêmes, soudés coûte que coûte. À la fois étrangers au rap jeu et game changers par leur audace artistique, apparemment éparpillés entre Lyon, Londres et la banlieue parisienne, les membres de cette bande d’artistes élaborent un peu plus à chaque sortie l’ébauche d’un mouvement exemplaire de la créativité du rap à la française.

Derrière cette initiative, une véritable nébuleuse donc, que l’on a voulu cartographier pour mieux comprendre la posture de Retro X en son sein. Mais quand on lui demande son aide, le rappeur se fait mathématicien fou et énumère scrupuleusement les connexions de chacun : Sahara Hardcore Records, avec qui il collabore toujours dans le cadre de son travail avec Terrence_31 ; DGBE, le label qu’il a fondé lui-même chez Because Music ; Maison Blanch., aka 387, celui de son manager, Gizo Evoracci ; 3317 ou CR Thug, l’affiliation à son oncle, Majesté Mondo… Tout compte fait, c’est à mesure que l’on s’essaye à dessiner la trajectoire de l’artiste que ce dernier devient cette silhouette mobile, intraçable et volatile qui nous échappe.

Retro X, sorte de vagabond des temps modernes, raconte avoir vécu à Saint-Denis, Montmagny, Melun, Garges et Châtenay-Malabry ; ses goûts musicaux unissent Steve Lacy et Tyler, The Creator à Daniel Darc et Peter Tosh et même la pochette de sa dernière mixtape, 24, parue en juin dernier, reflète son goût de l’insaisissable. « Tout ce que je peux dire, c’est que c’est quelque chose d’illégal et de très nocif. Je voulais que la cover soit à l’inverse de ce qui est à l’intérieur. » On en conclut qu’il faut peut-être avoir vu Retro X incarner sa musique et ses mots dans les nombreux clips qu’il publie ou sur scène pour comprendre la pesanteur du personnage et le poids de ses intentions. Ou encore, qu’il faut, tant bien que mal, essayer de lui poser les bonnes questions. Celles qui mettront en lumière ce qui rend l’artiste si singulier dans le paysage musical d’aujourd’hui. C’est donc lourdes chaussures de punk aux pieds, voix posée et vocabulaire choisi avec exactitude qu’il a discuté avec nous des errances qui l’ont mené jusqu’ici.

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Tu as sorti ton premier EP, Flamant Rose, en 2015. Est-ce que cela correspond au moment où tu as choisi le rap plutôt que le foot ?

Oui, j’ai pris une décision, mais je n’étais pas non plus Neymar. J’ai joué à Sarcelles, à Montmagny et au Paris FC. Je n’étais ni le numéro un, ni le numéro neuf. Je me disais : « Je sais jouer, je suis fort, mais je ne suis pas le meilleur. » Donc j’ai laissé tomber. D’une certaine façon, je regrette, parce que si j’avais eu la même détermination qu’avec mes gars dans la musique aujourd’hui, je serais peut-être footballeur. Il ne faut jamais laisser tomber.

Ça t’a servi de leçon ?

Exactement. Si tu n’es pas le meilleur, il faut faire en sorte de le devenir. Là, c’est ce que j’essaye de faire, du moins dans mon domaine. Avant qu’on fasse Flamant Rose, c’était n’importe quoi. Rien n’était réfléchi, on sortait, on faisait un clip, on n’écrivait rien, on enregistrait avec un Mac… C’était il y a un bail. On a commencé à prendre ça au sérieux il y a quatre ou cinq ans. Avant, on était dans notre vie de tous les jours, on avait des choses à régler avant de faire de la musique.

Dans la chanson « Malboro », tu disais : « Je suis de plus en plus fort. » Comment tu perçois ton évolution aujourd’hui ?

Quand je dis ça, c’est aussi grâce au monde. Grâce aux voyages que je fais, aux gens qui m’écoutent et qui m’envoient des messages de soutien, à l’évolution de ma vie financière et de mes relations avec ma famille aussi. Ça se passe beaucoup mieux maintenant. Humainement.

Tu as toujours été très productif, quel projet a vraiment marqué une étape dans ta carrière ?

Je pense qu’« Etho » a été une étape. Je ne saurais pas l’expliquer. On était à la maison, on l’a clippé en une heure max… Le morceau a été enregistré avec un micro extrêmement pété. Je l’avais mis dans une boîte de fer à repasser et j’étais obligé de le tenir, sinon à chaque fois que je bougeais ça coupait. J’étais assis et je devais rester immobile. Peut-être que c’est pour ça… Et ça m’a attiré l’attention et la reconnaissance de certaines personnes.

C’est à ce moment-là que tu as commencé à être pris au sérieux ?

Moi, je pense que les gens ne nous prennent pas au sérieux. Pas dans le sens où ils nous prennent pour des rigolos, mais ils nous prennent pour des mecs un peu trop défoncés, pour des marginaux. Mais on n’est pas des marginaux. Les marginaux font ce qu’ils font. Nous, on a des vies à nous, mais on n’est pas hors système. On achète des trucs au système. On essaye juste de pas être forcément dans le moule. On aimerait juste pouvoir évoluer comme on l’aime. Avec le temps, je me suis rendu compte que beaucoup de gens étaient comme mes gars et moi.

Tu as l’impression que les médias ne te comprennent pas non plus ?

Je n’en ai pas vu beaucoup. Je ne peux pas commencer à dire qu’ils ne me comprennent pas. Ils ont du mal à cerner mon univers, mais je ne leur en veux pas. Il faut peut-être qu’on leur explique ou qu’ils prennent le temps de découvrir. Ils sont occupés par d’autres artistes, l’industrie est faite comme ça pour le moment.

Qu’est-ce qui coince selon toi ?

Je pense que le fait que les gens nous voient tels qu’on est dans nos clips, qu’on fume, qu’on marche, qu’on voit la vie qu’on mène… Ils se disent peut-être qu’on ne pense qu’à ça. Alors qu’il faut bien comprendre qu’un clip, c’est un moment, tout au plus une période. Ce n’est pas tous les jours. Peut-être qu’hier j’étais avec ma mère, qu’on devait gérer des papiers, aller voir l’avocat, des trucs comme ça… Les gens se disent qu’on veut faire de la défonce une marque de fabrique mais ce n’est pas ce qu’on veut. Il y a beaucoup de personnes plus jeunes ou plus âgées que moi qui vivent comme moi, qui se droguent comme moi, qui ne le montrent pas forcément mais qui le font. Ça ne veut pas dire qu’ils ne vont pas à l’école ou au travail. Mais ça fait partie de leur vie, certains assument plus une chose qu’une autre. Et nous on se fait passer pour des toxicos… On ne fait pas la propagande du truc. Le mot « crack » ne veut pas seulement dire « héroïne ». Moi, je vous montre authentiquement qui je suis, et vous voulez que je mente. Vous voulez que je filtre. Je trouve ça dommage.

Justement, tu te fais rare en interview, mais tu es très actif sur les réseaux sociaux. Est-ce que c’est parce que tu préfères que ton propos ne passe par aucun filtre ?

Twitter, c’est vraiment aggravé. Il faut le dire. C’est hardcore. C’est sans filtre… sans filtre. Mais oui, j’aime bien passer par des réseaux comme ça pour dire ce que je pense, et je pense que ça devrait servir à ça. Pour l’instant, c’est le moyen via lequel les gens me comprennent le mieux, je mise beaucoup dessus. À part dans ma musique et sur les réseaux, ce que je dis, je peux le dire nulle part.

Tu as conscience que certaines personnes se sentent représentées par toi ?

Je chante pour eux. Pour tous ceux qui se sentent comme nous ou qui trouvent des points communs avec nous. Je le prends vraiment à cœur : j’essaye de le faire bien, j’essaye d’être réel. Et je le ressens pendant mes concerts. Voir le public transpirer, je trouve que c’est beau… Rien que ça. L’attention de venir à mes shows, de connaître mes paroles, d’être là avec moi. Ça c’est le mieux, c’est vrai. Tu peux venir me voir dans la rue, mais ce que je kiffe c’est ça.

Il y a quelque chose d’assez paradoxal avec le vocabulaire que tu as développé d’ailleurs. En utilisant des mots comme « Digi », on dirait que tu as essayé de rendre unique et spécial un mode de vie commun à énormément de jeunes…

Ça ne sert à rien d’être différent. Ce qui compte, c’est d’évoluer. Si dans mon évolution, les gens me trouvent différent, c’est un mot qui me définira. Mais Digi, c’est la vie que je mène avec mes potes. Et que beaucoup de gens mènent. J’ai mis un nom dessus. Ça désigne une forme de mélange entre le digital et l’urbain. Se promener, vadrouiller, voyager, découvrir d’autres langues, d’autres personnes, d’autres architectures… Mais j’aimerais que d’autres gens fassent du Digi, que ce soit une petite île. Tous les projets que je sors n’en formeront qu’un plus tard, qui sera Digi, ma version du Digi.

C’est vrai que le nom de ton dernier projet, 24, a d’abord été le nom d’une chanson sur l’EP Heroes.

Oui, c’était fait exprès. Cette chanson, elle est noire. Et dans 24 , il y a beaucoup de noir. Le noir a quelque chose de très beau et de très élégant. Il y a beaucoup de noir dans ma vie, de moments noirs. C’est quelque chose que je ne dois pas oublier, que je dois garder tout le temps. Ce noir. Tout revient à ce que je vis, aux énergies, à ce que je ressens, les couleurs, le temps, la température, le climat. Tout est une palette. Tout sera seulement un seul disque. Digi, ce sera la fin. En attendant, c’est un intermédiaire. Avec 24, on rentre dans le premier chapitre.

Et l’émodrill, c’est le fil conducteur ? 

C’est mon mouvement. Je suis attiré par la drill parce que je sens que les artistes ont les mots sur ce qu’ils vivent, ils ont développé un vocabulaire. On se retrouve dans ça, plus que dans la trap. Avant même d’avoir pris connaissance de leur lifestyle, j’ai remarqué qu’on avait des points communs. Et avec mes gars, on a voulu faire cette forme de rap. Même si on a été critiqué pour ça. Nous, on a décidé de faire ce mix entre dire nos sentiments et déclarer notre haine ou notre peine. C’est comme ça dans notre tête. Une seconde on pleure, une seconde on a envie de tirer. C’est notre impulsivité. Et c’est à cause de la société dans laquelle on vit et de l’environnement duquel on est issus. Donc dans ma musique, je suis obligé d’être un peu bipolaire, si je peux dire ça.

En fait, tu ne te considères pas vraiment comme un rappeur.

Je veux apporter à la musique. Si c’est au rap ou au rap français, peu importe. Je veux apporter à la musique et j’utilise la forme qui est appelée rap. Est-ce que je peux être considéré comme un rappeur ? C’est aux gens de le décider. Je fais une nouvelle forme de rap. Une version moderne du rap, une version technologique du rap.

Et en même temps, tes morceaux ont parfois quelque chose de très proche de ce que l’on appelle le « rap de rue ».

Oui, c’est un rap de rue. C’est une rue qui a besoin d’être représentée. La rue, ce n’est pas seulement la rue. La rue est à tout le monde, elle est partout. Il faut que chacun représente sa rue. Moi, c’est ce que je fais. Ce n’est pas parce que je ne vis pas ta rue à toi que ce n’est pas la rue.

Tu te sens appartenir au « rap game », ou à cette espèce d’âge d’or qu’on est en train de traverser en ce moment ?

Non. Je pense que les rappeurs se connaissent entre eux, moi, je ne les connais pas. Ils ne me connaissent pas. J’écoute leur musique à la radio, sinon je ne les aurais jamais entendus, comme eux ne m’entendent pas : c’est ça l’industrie. Ils m’entendront le jour où l’industrie décidera de me passer à la radio. Mais il y a quelque chose de cool, je pense que maintenant on a notre place, même si on va devoir la gagner. Les gens ont besoin de changement. Ils en ont marre de cette extrapolation de fiction. On va tout faire pour ça, on va prendre cette putain de place.

Tu vas jusqu’à dire : « Le clip de ton idole est claqué », « Les rappeurs en France sont tous flingués »

Ça, c’est vraiment ce que je pense. En rap français, je n’écoute que Jorrdee et Lala &Ce, ils sont vraiment trop forts. Mais je respecte ce que j’entends à la radio. Je sais aussi que les mecs ne racontent pas que des conneries. Je ne suis pas là pour les juger, de la même façon que je n’ai pas envie qu’ils me jugent. Les rappeurs font leur travail et c’est un gros sacrifice de faire du rap. Mais je pense qu’il ne faut pas faire ça juste pour faire de l’argent.

Dans tout ça, il y a tout de même d’autres rappeurs qui cultivent une imagerie et un vocabulaire similaires au tien, je pense notamment à Laylow et Wit...

Pour moi, ce sont les seuls rappeurs du digital. Musicalement, je ne me sens pas proche mais ça peut me toucher parce qu’on a un ami en commun, on se connaît, on s’est fréquentés et je leur donne du respect. C’est le genre d’artistes qui essayent d’être authentiques. Qui sont prêts à camper sur leurs positions jusqu’au bout. Mais ils ont leur univers, ils font leur truc, et je fais le mien.

Tu évolues dans un cercle très resserré, on dirait que tes proches sont vraiment des piliers pour toi. Je me demande même si Retro X aurait existé sans Cyka (son réalisateur, NDLR).

Je pense que ni l’un ni l’autre n’existerait. L’image, pour moi, c’est la fin du texte. Pour que les gens comprennent en 2019, il faut l’image. Sans l’image, c’est comme si je faisais un texte qu’à moitié. En plus, les visuels aident à comprendre, même à l’étranger.

Vous êtes un monstre à deux têtes.

Oui, et sans les autres aussi, c’est très bizarre. Même si on ne les voit pas, il faut qu’ils soient quelque part. On est une grande entreprise. J’ai dit à Jorrdee et Lala &Ce que j’aimerais qu’on soit une économie, que l’on puisse tous vivre grâce à cette petite île. Pour ça, il faut l’entretenir et il faut qu’on se serre les coudes.

Ton entourage professionnel a beaucoup changé ces derniers mois, tu t’es entre autres rapproché de Gizo Evoracci… 

C’est un rappeur que je valide, que je respecte. Ça dépasse le fait que ce soit un grand de Grigny. C’est vraiment le fait qu’il m’a fait partagé énormément de choses de son savoir à lui et il n’était pas obligé de le faire. C’est une sorte de manager et de grand frère. Qui transmet. Et qui sait aussi se faire transmettre, c’est un échange. C’est mon associé…

Musicalement, qu’est-ce qui vous lie ?

La réalité. Quand il rappait, il disait des trucs réels, et c’est ce que j’essaye de faire.

D’ailleurs, parmi les nombreux sujets que tu abordes, l’un des plus réels ou des plus concrets qui revient constamment, c’est l’argent.

Ce n’est pas encore résolu. Il faudra m’aider à régler ce problème ! Mais ce n’est pas une obsession, c’est une mission. Après, une mission devient une obsession… Parce qu’il faut que je réussisse cette mission. Ce sera le cas quand je pourrai mettre à l’abri tous ceux qui ont travaillé avec moi et ma famille pour un moment. Ça rend fou, mais je pense que je ne suis pas le seul.

Tu es entré chez Because Music, qui est un label indépendant, mais qui est quand même une grosse structure. Qu’est-ce qui fait que tu as accepté de les laisser faire partie de ton histoire ?

J’ai fait signé mon label DGBE chez Because, pour qu’on devienne cette petite île dont je parlais, où il y aura plusieurs artistes, dans l’espoir qu’un public qui ne se reconnaît pas dans tout ce qui est actuel puisse peut-être se reconnaître dans notre grande famille. J’avais eu plusieurs propositions mais c’est l’équipe que j’ai trouvé la plus intéressée et la plus compétente à faire évoluer mon projet. Ce qu’ils me proposaient artistiquement et la liberté qu’ils me laissaient me convenait. J’ai surtout senti l’intérêt pour ma musique et qu’ils avaient hâte que je travaille avec eux. Ils m’ont offert le schéma qui me correspondait le plus pour ce que j’ai envie d’apporter dans la musique et dans le futur. C’est carré, c’est une bonne base.

Et l’univers SoundCloud, c’est toujours un état d’esprit qui te parle aujourd’hui, ou c’est un peu du vent ?

Je pense que c’est loin d’être du vent. Les gens qui font du son devraient prendre en considération SoundCloud. Ça te permet de toucher plus de frontières, ça va loin. C’est un autre réseau dans lequel il faut aller, c’est plus libre. Tout le monde peut sortir son son même s’il est moins bien mixé, on va t’écouter. Ailleurs, tout doit être 2.0, tout est un peu plus policé. SoundCloud, c’est une bonne maquette, une bonne plateforme pour tester et sortir ce que t’as envie de sortir.

Comment est-ce que tu travailles aujourd’hui, tu as des habitudes ?

Non, à part que j’écris sur mon téléphone, n’importe quand. Maintenant c’est plus ça : je préfère qu’un beatmaker vienne, qu’on écoute des sons ensemble, voire qu’on fasse une prod’, plutôt qu’on m’envoie un truc et que j’essaye de m’adapter. C’est pour ça que les gens se disent que j’utilise moins les prods que je reçois. Mais c’est simplement que je suis un peu perfectionniste : on m’envoie des prods magnfiques mais souvent j’aimerais y ajouter quelque chose, et pour ça il faut être à l’aise avec le producteur, apprendre à se connaître. Les compositeurs sont importants. Il faut qu’on sache leur nom et qu’ils gagnent leur vie. Ils sont comme nous, ce sont des artistes.

Quand on écoute 24, on a vraiment le sentiment que tu as absorbé énormément de références et de genres musicaux très variés.

Je fais attention à toutes les musiques. J’écoute de tout. J’essaye de garder tout ce que je kiffe dans un coin de ma tête. J’aime bien le rock parce que, encore une fois, c’est réel. Les rockeurs font ce qu’ils veulent et ils font ce qu’ils peuvent. J’aime bien Ian Brown des Stone Roses, The Cure, Pete Doherty, Mac Demarco, Jimi Hendrix, Serge Gainsbourg, Miles Davis… J’écoute aussi du piano…

Tes chansons sont habitées de plein de sonorités différentes, mais dans tes textes, tu fais une fixette sur le ciel.

C’est parce qu’en fait, dans le ciel, j’ai peur. Quand je suis dans l’avion, je sens que je ne suis rien. Je me dis : « Là, je peux crever, je suis vraiment rien dans ce putain de ciel, il est énorme ». Il est tellement vaste, et après on me parle de l’espace… Mais juste le ciel ! Tu peux te mettre dans toutes les positions que tu veux, il sera toujours au dessus de toi.

Alors pourquoi dans « Subaru Rouge » tu disais : « Des fois je regarde dans le ciel et je ressens rien » ?

J’aime ça en fait. C’est dingue. Là, on vient de toucher un truc important, qui ne m’est arrivé que très rarement. Et je crois que c’est l’un des plus beaux trucs de la vie, l’instant où j’arrive à ne rien penser, mais vraiment rien. Tu peux l’atteindre de deux manières, soit en te défonçant, soit je ne sais pas comment, ça dépend, en parvenant à attraper ce moment. Je ne sais pas si les gens recherchent ça mais c’est un truc de ouf. Quand j’étais petit, ça m’était arrivé. Je devais avoir huit ou neuf ans, je suis allé me coucher et j’attendais que ma mère vienne éteindre la lumière. Mais elle ne l’a jamais éteinte, alors je suis resté à fixer la lumière toute la nuit. J’avais gardé les yeux ouverts alors je voyais tout blanc, je ne pensais à rien. Et quand je suis allé à l’école, je n’étais pas fatigué. Maintenant, on dirait que je recherche ce moment-là. Je fais tout pour le retrouver.

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