La Trap Music récupérée dans le mainstream

La Trap Music récupérée dans le mainstream

Si l’on vous dit « Con los terroristas… », vous répondez ? « Harlem Shake » évidemment. Le tube du DJ américain Baauer a engendré en février 2013 un véritable meme internet où le principe était de se filmer en gigotant sur « Harlem Shake » pendant quelques secondes, mais ce titre a surtout permis de faire connaître la trap music à une large échelle mondiale. La musique dite mainstream a toujours su récupérer d’autres genres musicaux, les édulcorer en enlevant les parties trop rugueuses, pour les transformer en quelque chose de digeste et les servir à la masse. Mais avant d’arriver sous le feu des projecteurs de la culture populaire, la trap music a connu bien des histoires, en quittant pas à pas la ville qui l’a vue naître avant même de pouvoir la nommer : Atlanta (Géorgie, Etats-Unis).

ORIGINES : DIRTY SOUTH ET DROGUES A GOGO


Une partie de l’ADN de la trap music va puiser dans les ressources du hip-hop et du Miami Bass de la fin des 80’s et début des 90’s, qui utilisent énormément le son classique de la boîte à rythmes de Roland : la TR-808. Mais avant même de devenir le genre musical que l’on connaît, dérivé du hip-hop, « trap » a une toute autre signification. Un mot de vocabulaire comptant déjà parmi les sales gosses Sud-Américains, « trap » est le terme utilisé pour désigner les zones où se pratiquaient les trafics de drogue à Atlanta : les dealers, arpentant les rues de la ville, s’occupaient de livrer leurs marchandises par le biais de petites trappes d’aérations dissimulées au niveau des trottoirs. Ce n’est que quelques années plus tard, que l’on emploie le mot pour décrire la musique issue de ces endroits peu fréquentables du Dirty South. Dès ses prémices, le genre musical se veut facilement identifiable avec pour caractéristiques : une sub-basse proéminente, des boucles de synthétiseur et un rythme puissant, similaire à celui d’une grosse caisse, tout droit sorti de la mythique TR-808 de Roland. Niveau lyrics, des artistes tels que Three 6 Mafia, considérés comme les pionniers du genre, abordent les mêmes thèmes que dans le rap.

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PREMIÈRE VAGUE : PREMIÈRE APPARITION DANS LE HIP-HOP


Le trafic de drogues, la pauvreté, la violence, la lutte pour arriver au succès… Il n’est pas facile de vivre dans le « trap » au quotidien. Les rappeurs comme T.I., Young Jeezy et Gucci Mane, tous originaires du Sud des États-Unis, ont largement contribué à la popularisation de la trap music et ont créé ses bases au début des années 2000. Tandis que T.I. sort son deuxième opus Trap Musik en 2003, les albums Let’s Get It: Thug Motivation 101 de Young Jeezy ainsi que Trap House de Gucci Mane vont suivre le mouvement deux ans plus tard. C’est la première vague qui fera connaître la trap à un public averti et qui permettra de démocratiser le genre à l’intérieur du hip-hop. D’ailleurs Young Jeezy se fait rapidement entendre et exprime le souhait de ne plus être défini comme un rappeur mais comme un trappeur, terme qui pour lui est plus authentique dans sa démarche de décrire ce qui se passe dans la rue. Le son trap continue « tranquillement » à se développer chez les rappeurs, à coup de grosses chaînes en or, de grosses voix, de beats de plus en plus costauds, jusqu’à l’arrivée des années 2010.

DEUXIÈME VAGUE : MUTATIONS ET RÉCUPÉRATION MAINSTREAM


Une seconde vague surgit au début des années 2010 avec un producteur en tête : Lex Luger. Il produit plusieurs dizaines de titres (260 entre 2010 et 2011) dont un certain nombre rencontre un franc succès tels que « H•A•M » pour Kanye West et Jay-Z, « Hard in da Paint » pour Waka Flocka Flame ou encore « MC Hammer » pour Rick Ross. C’est l’ère de la trap music moderne. Si l’on peut retenir un tube contemporain regroupant les éléments du trap « originel » au cœur d’un hip-hop aux sonorités renouvelés cela serait « Mercy » de Kanye West ou bien « Birthday Song » de 2 Chainz. Ces morceaux représentent parfaitement le nouvel esthétisme de la trap music : toujours minimaliste, avec une dimension club nouvelle, munie de boucles de synthé agressives et hypnotiques, avec une facette sombre.

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Des artistes issus des musiques électroniques participent également à son évolution : Diplo, Baauer, Flosstradamus, TNGHT, tous amènent une nouvelle dimension au genre en intégrant des segments électroniques et vice versa dans leurs tracks. En appropriant ces éléments à leur musique, les DJs séduisent et captent l’intérêt de leurs fans, ils amènent ces derniers à une initiation indirecte à la trap music. Entre temps le dubstep est passé par là et fait de nombreux ravages, notamment Skrillex. L’apparition de « nouveaux » genre dans ces musiques électroniques est la bienvenue.

Les popstars, en pleine overdose d’EDM, veulent elles aussi leur part du gâteau. Et le trap qui a déjà mis un pied dans les musiques mainstream ne compte pas s’arrêter, étant donné que sa nouveauté intrigue les masses et que le genre fait désormais partie de la culture populaire avec l’épisode du « Harlem Shake ». Après que le milieu electro ait adopté ce son particulier, plusieurs chanteuses vont chercher à renouveler leur répertoire musical par ce nouveau biais artistique. Comme Britney Spears a vulgarisé en premier le dubstep dans la pop avec « Hold It Against Me », des popstars comme J-Lo, Rihanna, Grimes vont récupérer le trap pour faire des expériences – plus ou moins réussies – avec leur musique pop. Cela donne une chanson sans âme comme « Booty » pour Jennifer Lopez et Iggy Azalea, ou une cacophonie magistrale pour Lady Gaga avec « Jewels n’ Drugs », avec T.I., Too Short et Twista, mais aussi des tubes planétaires comme « Pour It Up » pour Rihanna et surtout « Dark Horse » pour Katy Perry, accompagnée de Juicy J initialement de Three 6 Mafia, qui a vendu plus de 8 millions du single. Cette dernière a d’ailleurs révélé dans une récente interview qu’elle souhaitait plus de trap dans son prochain album… Quelle surprise.

 

À PRÉVOIR : UNE EXPLOSION DE LA TRAP EN 2015 ?


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Si le temps de Trap Musik semble très loin, cette récupération et mutation actuelle dans le mainstream ne semble pas forcément être une mauvaise chose. Tout dépend de l’artiste qui tient les rênes d’un morceau et de sa production, comme dans chaque type de musique en somme. En 2014, tout le monde a entendu de la trap au moins une fois, même sans savoir ce qu’elle est vraiment. Elle est devenue un phénomène, une tendance, sans doute de passage dans le mainstream, mais tout de même incontournable. Ayant déjà atteint des sommets dans les clubs les plus branchés des capitales, le genre est parti de la rue pour passer par l’oreille attentive de spécialistes et amateurs de hip-hop, puis finalement retourne à la rue, mais aux yeux de tous cette fois. Avec l’arrivée imminente du nouvel album de Rihanna, on peut facilement imaginer retrouver les intonations trap dans ses nouveaux titres, tout comme son armada de producteurs en avait saupoudré sur Unapologetic. Mais finalement, le genre n’est pas encore totalement usé et ne s’est pas encore assez implanté et propagé dans la pop à l’inverse du dubstep il y a trois ans. On peut donc prévoir une explosion dans les mois à venir, et quand le mainstream se lassera du genre, comme beaucoup d’autres avant lui il en trouvera un nouveau pour qui s’amouracher et vivre une passion intense de quelques mois, jusqu’à la rupture inévitable. Et ainsi de suite tant que la musique existera…

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