Bardamu : Le Cagibi | YARD

Le Cagibi

Habiter en mégalopole offre avantages et inconvénients. Pour une bourse moyenne l’espace habitable est un enjeu important car il n’est pas rare de devoir caser toute une vie d’hipsterisme dans peu de m2. Le rangement est donc un des problèmes majeurs du citadin. Ce problème de riche, bien qu’épineux, a été brillamment résolu par un homosexuel du 11ème arrondissement de Paris qui m’a incidemment exposé ses compétences en la matière à la faveur d’une nuit de 2007 que je n’oublierai jamais.

La densité démographique parisienne se dispatche par étages autour des quadrilatères plus ou moins réguliers que forment les cours d’immeubles. Stores, volets et autres rideaux préservent l’intimité de chacun des œillades intrusives du voisin d’en face. Dépecer le corps d’une belle mère atrabilaire est donc tout à fait possible malgré la promiscuité. Rien de tel en cette nuit de 2007, tout au plus devais-je tenter de convaincre ma compagne de l’époque des bienfaits du sperme sur son tube digestif. Ma belle, Yasmine, partageait un appartement entre Ménilmontant et Père Lachaise avec une colloc et amie, Aurélie. Je m’y rendais fréquemment, mu par l’amour et le désir et aussi parce que j’habitais encore chez mon père malgré une traître calvitie qui donnait une indication décisive sur mon âge.

Cette nuit là, la voix impérieuse d’Aurélie résonna dans les aigües qui la caractérisent : « Yasmine, Bardamu, venez vite, c’est un truc de ouf !! » Nous avons quitté difficilement notre couche douillette pour aller voir ce « truc de ouf » qui alarmait ses cordes vocales. Aurélie, dans la pénombre, était scotchée à sa fenêtre-sur-cour et observait avec fascination une scène qui se déroulait quelques étages plus bas dans l’immeuble d’en face. Une fois à ses côtés elle ne fit aucun geste mais désigna, avec une conviction solennelle dans la voix, l’appartement criminel. Nous y voyions comme en plein jour car l’angle de notre vision pénétrait parfaitement l’inclination des lattes des stores en bois. « C’est fou nan ? » commenta Aurélie. Effectivement le spectacle ne manquait pas de piquant. Nos yeux embrassaient, à leur corps défendant, un homme d’une trentaine d’années qui extirpait des boules de geisha de son trou de balle distendu. Les doigts crochus de la Surprise et de l’Effroi me saisirent immédiatement pour m’arracher manu militari à l’alcôve romantique dans laquelle je baignais.

 

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Les filles se mirent à pousser des cris mêlés de rires incontrôlés et je me laissais volontiers gagné par l’hystérie ambiante en lâchant in petto un « putain d’sa mère ». Le professeur Richards, l’homme élastique des 4 Fantastiques, n’était de surcroît qu’au début du show. Il s’était placé en face de sa télé et avait fermement l’intention de s’amuser jusqu’au bout. Totalement gouverné par son plaisir, le professeur rivalisait d’ingéniosité dans l’analité. Après les boules il fut pris d’une initiative bio en s’autofistant et je vis sa main droite disparaître entièrement dans son tarpé. Mais ce n’était bien évidemment qu’une vulgaire étape, le god noir immense à côté de lui ne pouvait rester au repos. Il apporta sa sinistre contribution et fut avalé par ce boule carnassier. Un boule qui n’en était pas un, c’était plutôt le trou dans le sable du Retour Du Jedi (#Sorlacc), il avalait tout sans distinction de race, de sexe ou d’objet, c’était un anus démocratique, un véritable cagibi où tout le monde avait sa place assise. On pouvait également regarder l’évènement sous l’angle du reportage pot-pourri entre le National Geographic, Saw, la Rome Antique et le Cirque Bouglione. La performance était telle que je supputais un haut niveau d’étude chez le professeur Richards ; un parcours exemplaire d’Ingénieur en Agencement D’Espaces enrichit d’une thèse faisant autorité sur l’élasticité des muqueuses.

 

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Nous étions tous trois captivés comme des serpents bien que notre charmeur eût caché sa flûte dans son cul. Il était impossible de ne pas regarder cette prouesse organique sans mettre son propre anus en perspective, et tout ceci semblait rigoureusement irréalisable. Le professeur avait trouvé dans la ductilité de son rectum un espace de rangement inédit. Avec une imagination un peu caustique on pouvait se figurer des rayonnages de bouquins surplombant des cartons disposés idéalement de part et d’autres des parois.

Un ultime rebondissement nous attendait. Pile au moment où notre attention se relâchait je sentis venir le bouquet final. « Il va s’autosucer » prédis-je. « Comment ça s’autosucer ? » s’enquit ma moitié d’une petite voix terrifiée. Le professeur Richards, une fois sur le dos, se replia jusqu’à ce que ses tibias soient proches de son visage. Grâce à une immorale souplesse, sa bouche pouvait alors gober son sexe tel un arbre goûtant son propre fruit. Simple plaisir atypique? Contorsion narcissique? À ce jour je n’ai toujours pas de réponse. « Tu pourrais y arriver toi ? » me demanda Yasmine tout de go. « Je ne sais pas » répondis-je en toute sincérité alors que me revenait en mémoire le témoignage de Bukowski : « (…) Quand tu essaies de te sucer la queue, tu n’arrives qu’à te tordre horriblement les vertèbres, la nuque, les muscles, toute la carcasse. Tu essaies de bander aussi raide que tu peux et tu te plies en deux comme un type à la torture, les jambes autour du cou et coincées dans les montants du lit, le trou du cul palpitant comme une hirondelle blessée dans la neige, tout noué contre ta panse à bière, les tendons tendus à casser, et le plus dur c’est qu’il ne te manque pas 20 cm, ou 30, mais quelques millimètres à peine, entre le bout de ta langue et le bout de ta queue, aussi infranchissables qu’un gouffre de 100 km. Dieu, ou le Diable, savait ce qu’Il faisait quand Il nous a conçus ». Ces fameux millimètres n’eurent même pas le mérite de réellement exister face aux super-pouvoirs du Fantastique.

 

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Nous nous sommes couchés en laissant le professeur à ses manœuvres délictueuses. Le sommeil fut dur à trouver car il avait fuit le quartier pour ne pas être englouti par la muqueuse impitoyable. Depuis cet évènement j’ai appris qu’un orgasme prostatique est plus puissant qu’une éjaculation classique et j’ai rencontré de purs hétéros qui le pratiquent par le truchement d’indexs féminins. La dévirilisation supposée du taquinage de prostate n’est-elle pas un faux problème qu’impose nos poncifs d’hétérosexualité ? La question mérite d’être posée à tous les mâles qui associent passivité et homosexualité. Le professeur Richards a, je vous l’accorde, poussé les enjeux de la problématique un peu loin, mais ses extrêmes flirtaient avec un humour de caserne décomplexé dont je garde un souvenir spectaculaire.

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