Medi Med : "Il ne faut pas me parler de Booba quand je vais chercher mon pain"

Medi Med : « Il ne faut pas me parler de Booba quand je vais chercher mon pain »

C’est en pleine période de préparation du concert de Bercy que Medi Med nous reçoit dans le studio du palais Maillot, exceptionnellement ouvert pour notre venue. Un privilège que l’on doit assurément à notre interlocuteur du jour. Reconnu pour être le « DJ officiel de Booba », il est avant tout un homme disponible qui tient à rester un homme de l’ombre. Commencée en studio en tant qu’ingénieur du son, l’histoire mènera ce passionné de scratch à devenir un des hommes de main les plus fidèles du emcee du 92i. Plus de dix ans après les débuts de leur collaboration, Medi Med se prête au jeu de l’interview.

Comment as-tu commencé à travailler dans la musique ?

Medi Med : Au niveau du DJing, j’ai commencé en 95. J’écoutais déjà du rap, bien évidemment.  Je me souviens d’un moment avec un ami où on écoutait un morceau des Sages Poètes de la Rue, Logilo scratchait, on était chez moi et je me disais  : « Je ne sais pas comment il fait ça, mais je veux le faire. » Vraiment, j’ai eu une révélation. Pourtant j’écoutais des scratchs depuis toujours, mais là je ne sais pas. Et puis je me suis donné les moyens… Pour les platines, je me suis renseigné… MK2, table de mixage, je suis allé aux championnats du monde DMC…

À ce moment-là, avais-tu déjà un pied dans la musique ?

MM : Non, non. Je suis un passionné à la base, juste un auditeur.

Et pourquoi les Sages Po’. Quand on pense Sages Po’, on pense Beat 2 Boul, 92…

MM : C’était un hasard. Je viens de Montmorency dans le 95, et on avait déjà remarqué que dans les crédits Logilo dédicaçait notre cité. On se disait « Mais qui est-ce qu’il connaît ? » On était des petits et puis après on a su que c’était le grand frère d’un gars… Et j’ai appris ensuite que Logilo avait un studio qui n’était pas très loin, à Domont. C’était marrant. C’était surtout l’un des premiers groupes de rap français où ça scratchait beaucoup. J’aimais le son que les cuts sortaient.
J’écoutais les Cut Killer, les Clyde à la radio. DJ Clyde faisait des trucs, je me disais « Comment il fait ? » Je ne comprenais pas, parce qu’on n’avait pas trop d’images à l’époque. On n’avait pas Internet. On entendait du son, on voulait savoir comment il faisait. Donc on s’entraînait chez nous. On se disait : « Merde, ça fait pas pareil », parfois on y arrivait, parfois non.

 

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C’était déjà une ambition à ce moment là de devenir DJ ?

MM : Non, c’était vraiment pour chez moi, pour ma chambre. Je voulais écouter du son, j’allais acheter des vinyles. Je voulais avoir mes vinyles, écouter mon son chez moi. Je voulais contrôler mon son, tu vois ? À la base c’était beaucoup de soirées de quartiers. Dès qu’il y avait une soirée, j’amenais des enceintes et on m’entendait peut-être presque à 800m. J’avais acheté une grosse sono de ouf. Après professionnellement, je suis rentré en studio avec des amis. Et je suis d’abord entré dans le monde professionnel en tant qu’ingénieur du son. En fait, on m’a mis dans un studio pendant deux ans, et j’ai dormi là-bas, 24/24. J’ai tout appris avec des personnes, en me renseignant.

Cette opportunité tu l’as eu comment ? C’est quelqu’un qui t’a repéré ?

MM : Non c’était des amis avec qui j’étais. On était à un concours de DJ et ils ont eu l’opportunité d’avoir un studio, et ils m’ont dit « Comme on sait que tu es fort sur les machines – j’avais déjà un truc, parce qu’on faisait des mixtapes avant cela et j’étais le technicien du groupe de DJs – donc on s’est dit que dès qu’on a un studio, on te met dedans. » Et c’est ce qu’il s’est passé.

Qui est-ce qui t’a mis le pied à l’étrier à ce moment-là en studio ?

MM : Déjà nous c’est tout bête, mais on avait des multi-pistes numériques. C’est la version condensée d’un studio. T’as tout dedans : t’as les IQ, t’as les compresseurs, t’as les tranches, t’as les pistes, t’as tout. Après c’est juste plus large. En fait, je n’ai aucune évolution. Je n’avais aucun rêve, aucune ambition, vraiment. Pour moi la musique a toujours été une passion, je n’aurais jamais pensé en vivre et ça n’a jamais été mon but. Je ne suis vraiment pas quelqu’un de mercantile. Parce que je ne pensais pas en vivre. Même à cette heure-ci quand j’y pense, pour le futur, je ne suis peut-être pas ambitieux je ne sais pas. Mais c’est vraiment la passion. C’était dur, parce qu’on était dans un studio, on montait et on démontait tous les jours. Je recevais des grosses têtes d’affiches, presque tout le rap français, Kery James, Diams, Blacko, Lino, Kennedy, Mac Tyer, la Fouine, Sniper, 113… Même du raï, parce que j’ai enregistré les premiers Raï’n’B en 2004. A partir de 2003, j’étais enfermé en studio.

C’est à ce moment-là que tu rencontres Booba ?

MM : Oui, c’est exactement à cette période. J’étais un jeune ingé et je me souviendrais toujours de la première séance 92i : c’était pour Nessbeal. Et on m’a mis comme ça derrière la console et je galérais pour un truc et ils étaient tous là derrière… Il y avait Brams, Kopp, Mala, Nessbeal. C’était pour l’enregistrement de morceaux inédits. Je crois que c’est un EP qu’il devait sortir, il a enregistré quelques titres. Quand tu sens le souffle derrière de gaillards d’un mètre quatre-vingt dix… Il y a des trucs que je n’arrivais vraiment pas à faire, parce que j’étais débutant, ça faisait quelques mois, mais bon il y a des trucs qui ne s’apprennent pas de tout de suite.

 

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Comment ça s’est terminé cette histoire du coup ?

MM : Je suis juste en sueur parce que je n’arrive pas, pour être technique, à déplacer un morceau de piste. Je n’arrivais pas à la sélectionner et à la déplacer. Du coup j’ai appelé mon pote qui était de l’autre côté et je lui ai dit de venir. Je suis un peu passé pour un con, mais ça s’est très vite réglé, parce que quand il y a un truc sur lequel je bute, la deuxième fois je ne buterai pas dessus. On me fait une remarque, j’ai tort, j’ai raison, peu importe, je ne la referai pas deux fois. Et ça c’est un truc dans mon travail, dans cette anecdote et de manière plus générale : je me donne les moyens de ne pas faire deux fois la même erreur.

Après avec eux, le feeling est passé tout de suite. Parfois, je bossais depuis 8h du matin, toute la journée, j’avais fait des séances, j’étais éclaté, et quand je les vois arriver à deux heures du matin, j’ai le sourire. Tout de suite il y a un truc qui s’est passé. Après il y a Kopp et sa personnalité. Au début il est souriant, il est blagueur… Il a toujours été comme ça, il n’a pas changé avec l’entourage, Brams, Mala, ça rigolait de ouf. Mais en fait j’ai été adopté petit à petit, parce qu’à cette époque j’enregistrais Panthéon. Et souvent ils étaient là, ou Kopp venait seul. Donc j’ai passé des heures et des heures à enregistrer tout l’album et c’est venu naturellement. D’ailleurs j’ai fait une prod dans Panthéon. C’est la seule prod que j’ai sortie. Mais tout ça est lié, ça a vraiment commencé par Nessbeal je crois, de mémoire.

Comment tu deviens son DJ ? Et surtout comment il sait que tu es aussi DJ ?

MM : Il ne l’a pas su tout de suite, parce que lui me voyait en rat de studio et plus en tant qu’ingé. Mais c’est venu notamment par « La Mal par le Mal ». Il cherchait un refrain et je lui ai dit que j’allais faire un refrain scratché, donc j’ai fait des petits cuts. Et comme il ne trouvait pas de refrain, j’ai repris ses anciennes voix pour ça. Donc il l’a su comme ça, c’était dans un coin de sa tête. Et après Ouest Side, c’est la petite embrouille avec Kore. Il a décidé de changer de DJ et il a pensé à moi.

Pour l’anecdote, ce qui est marrant c’est que j’ai appris que j’étais son DJ via sa manageuse. Elle m’appelle et me dit « Ça va Medi ?  il te faut quoi comme matériel pour ce soir? » Je lui réponds « de quoi tu parles ? – Mais il te faut quoi comme matériel ? – Mais de quoi tu me parles ?! -Bah tu viens sur l’émission, t’es son DJ – Comment ça je suis son DJ ? – Bah oui, il te l’a pas dit ? – Ah bah non, il ne me l’a pas dit. – Ah ok. Bah en tout cas qu’est-ce qu’il te faut ?! »

Je fais la liste de ce qu’il me faut et j’appelle Kopp derrière et je lui dis « Wesh, alors comme ça je fais une émission avec toi et je suis ton DJ ? » Il me dit « Bah ouais, je te l’avais pas dit ?! » Ce qu’il faut savoir avec Kopp, c’est que lors de toutes les décisions importantes qu’on a entre nous, notamment la naissance de sa fille, il m’a toujours fait la même réflexion : « Ah je te l’avais pas dit? » C’est arrivé plusieurs fois dans notre relation. Pour les trucs de tous les jours, on parle, mais les gros trucs, il ne me les dit pas. Et là c’était la première fois qu’il me disait « Ah, je te l’avais pas dit ? Bon ok, bah c’est ça. »

 

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Du coup il te fait confiance instantanément, il ne te teste pas…

MM : Ouais. Je pense qu’au début j’étais peut-être en test. Il ne me l’a pas dit non plus. Après, le DJing avec lui c’est assez simple. Il ne demande pas de scratch de ouf, de passe-passe compliqués… Je fais des passe-passes avec la bouche donc c’est quelque chose de simple. Chaque DJ pourrais faire ce que je fais, je ne vais pas te mentir. Après c’est plus le feeling avec la personne et lui ne pourrais pas travailler avec tout le monde.

Et toi, à quel moment tu t’es senti « Validée », pour reprendre son titre ?

MM : Je ne sais pas. Tout s’est fait naturellement. Mais c’est la première date, à Top of the Pop. Après on a commencé les concerts, les showcases… Le premier concert je crois qu’il était en Suisse. C’était marrant, j’arrive à l’hôtel et j’ai pas payé la chambre (rires). J’étais prêt comme jamais !

Et c’est quoi au quotidien de bosser avec quelqu’un comme Booba ? Est-ce qu’il y a beaucoup d’exigence de sa part?

MM : Il est exigeant bien sûr. Mais c’est normal. Il ne demande pas tant de choses que ça. Et ce qu’il demande chez quelqu’un, je pense que je l’ai parce que je l’ai déjà entendu le dire, il veut quelqu’un qui soit là pour lui, qui soit ponctuel, réactif et attentif. Ce sont des trucs que j’ai de base.

Quelle est la base de vos relations aujourd’hui ?

MM : Je vais parler pour moi, c’est professionnel et amical. Je sens bien les deux en même temps. On parle tous les jours, par WhatsApp. Si je ne l’ai pas pendant trois jours, c’est exceptionnel. C’est que je suis en vacances, que je me déconnecte une semaine. C’est déjà arrivé. Je pars avec femme, enfants, je me déconnecte et salut. Mais il n’y a pas de distance. Je communique plus avec lui qu’avec des potes de chez moi. Là j’ai vibré je suis sûr que c’est lui, je lui ai posé une question tout à l’heure, par rapport au concert…

Cette relation vous permet d’avoir des automatismes sur scène ?

MM : Oui. Parce qu’en fait, sur scène, il change tout le temps. Je pense que c’est un des seuls rappeurs qui fait des cuts tout le temps et où le public chante le plus dessus. Tu peux aller voir tous les autres rappeurs, les têtes d’affiches, avec Booba le public peut tout te chanter de A à Z. Donc moi mon travail c’est de les faire chanter, de beaucoup couper. Certains disent que c’est trop. Il partage ça avec le public. Sauf que c’est au feeling. Parfois, il y a des endroits où il chante, ils connaissent tel morceau, telle phrase. Moi je dois être hyper réactif là-dessus. Et lui aussi quand il coupe, quand il baisse le micro, ça veut dire que c’est le public. Il y a des cuts pour lui, des cuts pour le public. Et c’est vraiment, au regard, au geste, je sais ce qu’il va faire. J’anticipe beaucoup. Ça fait 8 ans que je suis son DJ, 10 ans que je le connais et donc c’est vraiment en « slow-motion », au geste prêt. Parfois il se retourne, je vois son regard, je sais qu’il a foiré un truc et tout… La scène de toute manière, c’est mortel avec lui. Ça change tout le temps contrairement à ce qu’on peut croire.

 

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Quand on est le DJ de Booba, il y a beaucoup d’avantages, mais il doit y avoir aussi beaucoup d’inconvénients ?

MM : Les avantages… Moi je fais des soirées à côté, mais si j’étais le DJ de X, je serais moins booké. Après, c’est là reconnaissance tout ça… Mais je ne suis vraiment pas là-dedans. Je suis quelqu’un de discret. Je rentre chez moi et très peu de gens savent qui je suis. Avec mes voisins et tout, quand ça se sait, je « fait la boule ». « T’as beaucoup de Unkut et tout? » … – Ce n’est pas que je ne veux pas être associé, mais je ne veux pas qu’on me définisse par ça. Parce que les gens, du coup, avec ce qu’il se passe autour de Booba, tout de suite on va me parler des clashs, on va m’agresser. Mais je n’ai pas envie d’être agressé. Je veux vivre ma vie tranquille. Je vis dans un petit pavillon, il ne faut pas m’embêter. Il ne faut pas me parler de Booba quand je vais chercher mon pain. Même si j’ai mon avis et que je suis derrière lui à 200% dans ses histoires, ce n’est pas mon rôle d’aller en parler et d’expliquer au voisin, ou au pote, ou à je ne sais pas qui, le pourquoi du comment.

Est-ce que tu sens que tu as une place enviée dans le paysage français ?

MM : J’ai déjà senti ça mais, pas tant que ça, parce que je pense qu’une fois qu’on me rencontre on voit que je suis assez simple et il n’y a pas spécialement de jalousie. Je ne la sens pas en tout cas. J’ai du profond respect pour tous les DJs que je rencontre. Les fans, aussi. Les fans, c’est fanatique. Ils disent : « Mais tu te rends compte ! Tu le connais ! » Bien sûr, je reçois souvent ces remarques venant des fans. Mais des collègues DJs, non. Chacun fait son travail.

De nos jours les DJs sont souvent producteurs en même temps, mais tu sembles ne pas avoir cette fibre là.

MM : J’ai déjà composé. Mais ce qui se passe, c’est que j’ai besoin de m’approprier les machines. Je travaille dans un studio et quand je fais ma prod pour « Le Mal par le Mal », on était un vendredi soir. Kopp venait enregistrer le lundi et là j’ai eu un truc, je me suis dit j’ai tout le weekend, je sais faire un peu de son, je tapotais sur les MPC. Je me suis donné tout le weekend et je l’ai fait. J’avais pris les machines des autres, parce que je n’avais jamais eu mes propres machines. Étant un technicien du son, j’ai besoin de trifouiller, de tout toucher mais quand c’est la machine de quelqu’un d’autre tu ne peux pas entrer dans tout ses réglages et tout dérégler. C’est une barrière que je me suis mise. Même Timbaland, au début, devait être tout naze. Et quand j’ai composé au début j’ai eu un rendu dont je n’étais pas content, et ça m’a bloqué. Je n’ai pas persévéré, je ne me suis pas dit qu’il fallait que je fasse mieux parce que ça m’a énervé de ne pas pouvoir retranscrire ce qui était dans ma tête, notamment en ne faisant pas de solfège et n’étant pas pianiste. Une fois, je me souviens, j’avais fait un son. Après ce son, je me suis dit, je vais en faire un deuxième. J’étais au studio, il y a Kopp et Brams qui arrivent et je leur dis « J’ai fait un son ! », « Ok ! Vas-y fait écouter ! » La MPC était branchée, je mets play et là il n’y a pas de réactions. Ils ont juste dit « Bon vas-y on commence ! » [rires]. Même eux ils ne s’en souviennent pas. Mais c’était tout naze ! [rires]

Et ce n’est pas un truc que Booba t’encourage à faire ?

MM : Au début si, il me disait : « T’as pas du son ? » Après il a vite compris. Il ne me l’a pas posé 100 fois, la question.

Sur les visuels de tes soirées, tu mets toujours l’inscription « DJ Officiel de Booba ». Tu ne trouves pas ça un peu réducteur ?

MM : Non, ce n’est pas du tout réducteur. Ce sont les promoteurs qui me demandent ça, pour ramener du monde. Ils pensent qu’en mettant Booba, ça va ramener nos ratpis. Mais non ce n’est pas réducteur. Après le seul truc c’est qu’il y a plusieurs types de DJ. Les DJs de soirées, à Paris il y en a des dizaines, dont plein d’amis à moi. Pareil pour les DJs d’artistes et les DJs scratcheurs, de concours etc. Parfois c’est dur de passer d’une catégorie à une autre. Parce qu’un DJ scratcheur ne sera pas forcément appelé pour une soirée. On se dira qu’il ne sait pas ambiancer. Donc il y a des barrières. Moi des soirées, j’en fais depuis 95…

 

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Tu sens que tu souffres d’un manque de reconnaissance parfois ?

MM : Non, c’est aussi moi qui ne fais pas tout pour me promouvoir. J’ai des réseaux sociaux, je suis dedans, mais je ne fais pas énormément de séances photos pour me mettre en avant. Faire des interviews, aller vers les gens… Je ne le fais pas assez. Donc je ne peux pas dire qu’on ne me connait pas assez si moi de mon coté je ne vais pas vers les gens.

Qu’est-ce que tu penses de ce débat et de ceux qui disent que Booba c’était mieux avant? Est-ce que tu as perçu ce changement pour ta part, musicalement et humainement ?

MM : Il est pareil, il est dans l’air du temps, tout le temps. Est-ce qu’un morceau de Lords of the Underground est moins bien qu’un Young Thug ? C’est à toi de décider.

Mais là l’évolution ne concerne pas le même artiste.

MM : Oui, mais Lord of the Underground, ils existent maintenant ? Est-ce que Young Thug existait en 95 ? Il n’y a que lui qui traverse le temps. C’est sûr que personne n’a fait ça, à part aux États-Unis, avec les Jay Z et tout. Mais est-ce que Jay Z on lui pose ces questions ? Snoop on peut lui poser cette question, mais ce qu’il fait aujourd’hui n’est pas terrible. Lui [Booba] a une carrière ascendante et non, il est dans l’air du temps. J’ai aimé ce qu’il a fait sur Temps Mort et voilà.

Tu as vécu le truc de l’intérieur, donc à un moment quand Booba te dis « Met un vocodeur par-ci, par-là… »

MM : Mais je kiffe le vocodeur ! Quand on fait les balances, – parce que la plupart du temps pour les showcases il ne fait pas les balances, ça ne sert à rien pour le résultat du son à la fin dans ces configurations -, c’est moi qui chante, qui règle l’auto-tune. Je kiffe ! Je ne vais pas dire que je n’aime pas l’auto-tune, alors que si ça se trouve, j’aime plus que lui, les gens ne savent pas.(rires) On dira que je suis un vendu, mais j’ai suivi. J’ai toujours aimé [ce qu’il a fait dans sa carrière]. Il essaie d’apporter quelque chose de nouveau. On ne peut pas reprocher à quelqu’un de vouloir avancer. [Dans mon entourage] j’ai tout et son contraire. J’ai un de mes meilleurs amis qui m’a dit quelque chose qui m’a marqué : « Kopp m’a réconcilié avec le rap avec le morceau « Billets Violets.» Alors que c’est full auto-tune et compagnie ! Il me disait que le rap l’énervait, peut-être qu’il me parlait même de morceaux de Booba, mais « Billets Violets » l’a réconcilié avec le rap. Donc tu vois, il y a autant d’avis que de personnes.

Tu as bossé avec beaucoup de gens dans le rap français au début en tant que technicien. Aujourd’hui, est-ce que t’as autant de liberté qu’il y a quelques années, notamment pour bosser avec les rappeurs ?

Ce n’est pas ça. Je vois ce que tu veux dire, mais en gros, je ne peux plus travailler avec eux. Mais est-ce que j’ai envie de travailler avec eux ? Tout simplement ! Je suis dans la même optique. Je veux dire, c’est la famille. Quand il en prend dans les côtes, j’en prends aussi. Je ne suis pas devant, à me battre avec lui, mais je le soutiens, je suis là et je serai dans le bourbier et on fera ce qu’on a à faire. Je pense qu’inconsciemment, je suis comme lui. On a vraiment les mêmes avis, même sur les artistes. On parle tout le temps. Quand tu parles tous les jours avec ton pote, vous vous retrouvez forcément.

Tu disais avoir ta manière de le soutenir, pas forcément verbale. Mais tu l’as fait plus ou moins sur le conflit israélo-palestinien par le biais des réseaux sociaux.

MM : Je l’ai fait aussi parce que moi aussi je recevais des trucs. Beaucoup de « Stop » « Free Palestine » etc. Mais c’est un sujet délicat. Moi je n’ai pas « 3G » pour répondre, et lui a calmé tout le monde. [rires] Mais on en parlait de ce qu’il pensait. Je lui disais « Qu’est-ce qu’il se passe ? Ils sont tous oufs ! Il nous casse la tête ! ». Mais comme je l’ai dit dans mon post, on ne fait pas de politique. Ce que vous dites, vous nous le dites à nous sur nos réseaux sociaux. Mais mes 10 000 fans en ont rien à foutre. Je poste des photos de soirées. Ils en ont rien à battre… Tout comme Booba, il a beaucoup d’abonnés. Mais comme je disais, les politiques savent. Tu crois que Hollande ne sait pas ce qui se passe là-bas ? Obama sait ce qu’il se passe là-bas. Envoyez-leur à eux, envoyez-leur des lettres. C’est eux qui pourront débloquer les choses. Ce n’est pas Medi Med, ce n’est pas Chris Macari, ce n’est pas Booba. C’est ce que je voulais dire.

Donc ce n’était pas qu’un devoir de loyauté ?

MM : Non, là c’est moi. Parce que quand untel attaque Booba, sur un texte, sur ce qu’il dit ou je ne sais pas quoi, ce n’est pas moi. Je ne vais pas répondre à sa place. Je ne suis pas DJ Skorp tu vois ? Il a donné son avis et il fait ce qu’il veut. Mais moi, je n’ai pas à donner mon avis, je suis un DJ. Je pose des disques. Ils ne m’ont pas attaqué moi. Booba, c’est la famille et s’il faut le défendre, je le défendrai. Mais pas  sur Internet. Cela ne veut rien dire pour moi. Je n’aime pas parler à sa place, mais il [Booba] réagit en tant qu’homme, c’est tout. Je pense pas qu’il réagisse en tant que média, même si son Instagram est devenu un média. Et puis ça le fait rire, tout simplement. Je pense qu’il est plus marrant que les autres. Et je pense que les gens le voient. Il est très second degré tu vois. Moi je suis à 200 % avec lui, je suis resté 10 ans avec lui, je vois tout ce qui se passe, j’ai vu tout le monde passer. Donc ce qu’il dit est vrai.

Rumeur internet… Mais ce serait toi qui serais tombé sur Kaaris et qui l’aurais fait écouter à Booba la première fois ?

MM : Non ce n’est pas ça le truc. En fait quand je travaillais sur Autopsie, c’est principalement Booba qui m’envoyait des trucs et qui me disait d’écouter ci ou ça sur YouTube et me demandait ce que j’en pensais. On a toujours fonctionné comme ça. Et je me souviens que c’est lui qui m’a dit d’écouter le Kaaris-Despo. Et j’avais kiffé, je trouvais ça frais. De toute manière sur les Autopsie, la plupart des rappeurs, c’est lui qui me les a envoyés. Pour Kaaris ? Le morceau était frais. J’ai aussi mis des embargos sur certaines personnes que je ne citerai pas… Mais à cette heure-ci, heureusement que j’en ai mis. Je n’ai pas beaucoup d’influence, mais quand il y a des trucs que je ne veux vraiment pas, je suis relou. Je sais être insistant, mais c’est très peu arrivé.

 

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Tu n’es pas nostalgique de la période où il était en France, où tu participais plus au processus de création, ou vous étiez beaucoup plus ensemble avec tout le 92i.

MM : Non. Moi je ne suis pas nostalgique. Pas le temps pour les regrets. C’est une phrase que j’ai toujours pensé, même avant qu’ils la sortent. On ne regarde pas en arrière. Il faut toujours voir devant. Chaque chose est différente. Si on était encore là… avec des si on ne peut pas tout refaire. Il a trouvé sa manière de travailler qui est parfaite au moment présent. Pourquoi se demander si ça aurait été mieux, si on avait tous été là.

Si tu devais choisir entre producteur, ingénieur et DJ ?

MM : Moi j’ai envie de finir ma vie sur une île en train d’écouter du Bob Marley, en train de siroter un petit cocktail sur un hamac. Peu importe comment je vais y arriver ! [rires] Mais oui, je suis plus DJ c’est sûr.

T’as jamais songé à faire un album-compil’ ? Un truc que les ricains font beaucoup, mais qu’on a perdu en France.

MM : Si j’y ai pensé, mais quand j’ai voulu en faire un, j’étais en plein dans les Autopsie. Et je me disais ça fait doublon, c’est comme quand je participe à la conception, j’allais voir des gens, j’allais en studio avec eux. Pas tout le temps, mais dès que je pouvais. Je communiquais avec eux, ils faisaient le mix, mastering, mais j’étais très impliqué sur les choix artistiques. On m’envoyait des morceaux, je donnais mon avis, j’en envoyais à Booba. J’avais déjà ce travail-là, même au niveau des artistes. Il fallait faire une grande recherche, mais cette recherche participait à Autopsie. J’ai voulu « faire le DJ Khaled » pendant cette période-là. Faire un peu comme lui, sauf gueuler dans les morceaux. Parce que Khaled, les gens le sous-estiment. Il est un peu vanné, mais c’est un grand réalisateur. Il ne suffit pas de mettre une prod et de poser dessus. Il faut diriger tout ça. [En France] Il y a des compositeurs qui en ont faits. Il y avait le OneBeat avec Spike Miller. Sa démarche était pas mal, parce que c’était le même sample retravaillé. Ce sont des démarches intéressantes, mais ça reste des trucs de beatmakers.

On perd beaucoup de choses dans le hip-hop, mais par contre on ne compte plus les DJs ?

MM : Par rapport au DJing, souvent certains disent le rap c’était mieux avant et le DJ pareil, parce qu’avant c’était très vinyle. Et ça arrive parfois qu’on me dise « C’était mieux avant, les puristes vinyles. Maintenant tu as les trucs qui t’aident à mixer. Serato entre autre et tous les contrôleurs… » Moi je dis que c’est très bien, parce que c’est un outil en fait. Nous on a la chance d’avoir connu ça. On sait l’utiliser. Mais quand tu nous mets nous tous les deux devant deux contrôleurs, est-ce que ça se sait que je sais manier des platines ? On s’en fout en fait. Ce n’est qu’un outil. Tu as déjà vu les platines où tu peux mettre deux iPods ? il y a des mecs qui avec ça peuvent te tuer une soirée. Peu importe, ce n’est qu’un outil. Après c’est ce que tu en fais. Aujourd’hui, on ne fait plus de concours de scratch, de passe-passe dans les soirées. Mais ça reviendra de toute manière. Toutes les modes passent et reviennent.

Donc pour toi un pilote qui conduit sa formule 1 en automatique a autant de mérite qu’un pilote en manuel ?

MM : Bien sûr. Le seul truc, c’est que si demain il n’a plus sa voiture et qu’on le met sur une manuelle… On ne va pas leur dire « T’es tout nul parce que tu ne sais pas te servir d’un truc. » Ils ne pouvaient pas connaitre. Il avaient 10 ans ou 5 ans les types. On ne peut pas leur reprocher ça. Tu ne peux pas te promener avec tous tes bacs de vinyls. La vraie évolution c’est que beaucoup de DJ écoutent des vinyles, mais il y a les Serato. Il y avait trois potes qui portaient mes bacs en soirée. Imagine ! Aujourd’hui j’ai mon sac, il est un peu lourd, mais j’ai mon ordi, mon contrôleur et un casque et c’est déjà trop lourd. Ce n’est qu’une évolution. Tur-Fu wesh !

Photos : HLenie 

 

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