slowthai, England’s next big thing

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Le projecteur qui a mis en lumière le rap anglais commence peu à peu à élargir son spectre. De l’ombre émerge slowthai, un rappeur qui compte bien mettre Northampton on the map avec son flow cru et agressif. Rencontre avec un talent brut qui pourrait bien être le next big thing du côté de l’Angleterre.

Photos : @alextrescool

Sur scène ou en studio, slowthai, “sans espace ni majuscule” comme il nous le précise, est de ceux qui performent comme si leur vie en dépendait. La preuve. Le 15 février, le MC de Northampton se produit au Hoxton Hall à Londres. En guise d’entrée, l’Anglais est porté par son équipe dans un cercueil, lentement, devant les yeux médusés du public présent ce soir-là. Le convoi funeste arrive finalement jusqu’à la scène, où il s’ouvre enfin. En sort un slowthai survolté, qui s’empresse de sortir de se léthargie pour retourner le lieu avec son titre « R.I.P. ». À la fin d’un show effréné, il finit au milieu du public, en caleçon et pieds nus : un dévouement et une énergie qui valent leur pesant d’or à l’heure où les performances live dignes de ce nom se font de plus en plus rare. Alimenté par un flow hyper brutal, l’univers dans lequel le jeune rappeur nous entraîne est abrasif et frénétique : “Je fais de la musique sur laquelle tu peux te défouler. J’aime me déchaîner et mettre la pression, je ne suis pas du genre relax. J’en ai rien à foutre, c’est ma personnalité. Je suis indiscipliné.”

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Il fait ses premières vagues après la sortie de son titre « Jiggle », en 2016. Une démonstration simple et efficace du style slowthai, qui passe par un storytelling criant de réalité, sincère et authentique. C’est justement ce qui fait le succès du rappeur, que ce soit à Northampton ou plus au sud, dans la capitale. Ses textes sont le reflet d’un style de vie dans lequel une grande partie de ses fans se retrouvent, parce que, « que tu sois à Londres, Nottingham ou même Paris, avoir des difficultés, ça touche tout le monde ». Le son « The Bottom », par exemple, dépeint la jeunesse qu’il a passée « sans figure paternelle » avec seulement deux choix possibles : la drogue ou le travail. Heureusement, la vie ne propose pas seulement une pilule bleu ou une pilule rouge, mais une infinité de possibilités.

Dans “North Nights”, le northamptonien nous montre son champs des possibles, avec un clip bourré de références cinématographiques qui illustrent parfaitement la matrice de l’Anglais. Il y fait un clin d’oeil aux plus grands classiques du film d’horreur et crée une atmosphère glauque et sinistre, qui va de paire avec son style cru et agressif. La scène d’ouverture est filmée à la Blair Witch Project avant que slowthai ne se grime en Alex DeLarge du film Orange Mécanique. La suite du clip est inspirée par American Psycho, avec le visage de l’Anglais qui se reflète dans une lame de couteau et s’enchaîne par un plan rappé à travers une porte fracassée, exactement comme dans The Shining de Stanley Kubrick. Mais la partie la plus impressionnante reste celle de la salle de bain, inspirée de La Haine. Un petit bijou de par l’utilisation de deux produits identiques (ici le dentifrice et le flacon pompe) pour reproduire l’effet de « faux miroir », ainsi que par la performance de slowthai, qui jongle brillamment avec son éventail de flows.

Un flow qu’il passe beaucoup de temps à aiguiser, sans relâche, dans des studios londoniens : « Je dois travailler 10 000 heures pour atteindre mon objectif, sinon je ne progresserais jamais et je deviendrais suffisant. Je déteste ce sentiment de complaisance. J’ai l’impression que c’est ennuyant quand tu atteins ce point où tu te dis ‘ça y est, je suis heureux’. Je veux continuer à progresser. » Cet objectif pour slowthai, c’est probablement de mettre la lumière sur une scène rap qui se développe et produit une musique qui mérite autant d’intérêt que celle de la capitale. Comme le mentionne son producteur, Kwes Darko, dans l’introduction du morceau « The Bottom » : « Ceux qui ne viennent pas d’Angleterre pensent probablement que la culture anglaise est centrée sur Londres, alors que Birmingham, Manchester, Nottingham ou encore Liverpool ont leur propre culture. Et bien évidemment, Northampton aussi. »

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La scène rap de Northampton prend progressivement du poids, galvanisée par des rappeurs comme Izzie Gibbs, Statz et bien sûr slowthai, qui rappe ses premiers mots sur les instrumentales que son père crée sur Garage Band. Dans son adolescence, il s’essaie aux battles de rap à l’extérieur de boîtes, à des heures avancées de la nuit, mais à cette période, le rap n’a rien de sérieux pour le kid qu’il est alors, qui « faisait des trucs stupides, juste pour faire passer le temps ». Heureusement, il se recadre tout seul : « À un moment je me suis dit que j’allais essayer de faire quelque chose de positif, au lieu d’être dans une spirale négative. »

Ce changement d’état d’esprit s’est traduit par deux petits projets qui remontent à 2017 : slowitdown (aujourd’hui difficilement trouvable sur le Web) et I WISH I KNEW. Le premier est un trois titres, composé notamment de « T N Biscuits », son clip le plus populaire sur YouTube avec plus de 400 000 vues. Le second, I WISH I KNEW, contient six titres et montre le registre sonore du britannique. Un mélange frappé de hip-hop, garage et grime qui, à l’arrivée, se synthétisent et forment la signature slowthai. Le MC de Northampton est encore en train de grandir en tant qu’artiste, et ne se pose pas beaucoup de questions à propos de son avenir : « J’ai un plan et je vois à peu près où je devrais être dans le futur, mais je veux juste faire de la musique tous les jours et faire quelque chose de ce mouvement. Je veux vivre ma vie à 100% et être heureux. » Une note positive qui promet une très bonne année 2018 pour slowthai, avec des morceaux à déguster à l’anglaise : avec du thé et des biscuits.

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