Avec l'interpolation, le rap fait les tubes d'aujourd'hui en pompant les hits d'hier

Après avoir clamé haut et fort être loin dans le futur, les rappeurs aujourd’hui font dans le répertoire passé. En un tour de maître, des morceaux originaux à la mélodie familière alimentent les nouvelles playlists rap des plateformes, interrogeant les notions de propriété intellectuelle, de la pop et de réflexes générationnels.

Illustrations : @iamknl_

Décomplexés. C’est bien ce qui caractérise aujourd’hui les artistes du genre le plus plébiscité sur les plateformes de streaming. Après des années d’installation en top des écoutes, plus le temps de s’évertuer à définir ce qu’est le rap, qui le fait ni pourquoi ni comment. Plus besoin peut-être, de prouver par une référence validée sa crédibilité non plus. Mais sont-ils vraiment décomplexés au point de faire une place à Enrico Macias, Les Choristes ou encore Indochine en playlist sur Skyrock ? C’est ce qu’il semblerait. Chaque vendredi, les nouveautés mêlent de plus en plus prods originales et airs déjà connus de tous. Souvent, la limite est mince entre la réappropriation audacieuse de vieux hits et le réchauffé plutôt facile d’un refrain déjà inscrit dans les mémoires. Ce qui est certain en revanche, c’est que le phénomène révèle comment les artistes contemporains font évoluer la culture avec des codes caractéristiques de notre ère — c’est-à-dire en balayant justement tous ces codes.

Plus de honte donc à assumer des références plutôt pop ou variétés à l’ancienne pour emmener le public dans un univers familier qui va bien au-delà des références communément validées. Les nouvelles figures du genre n’ont de cesse de reprendre de courts passages ou simplement l’air de morceaux déjà classiques, en y ajoutant leur touche personnelle. Pas exactement une cover, ni un basique sample non plus. Ce qu’on appelle aux USA l’interpolation (ou replayed sample, « sample rejoué ») foisonne sur les récents projets et donne un souffle universel à chaque morceau qui réussit à dégainer une référence sans tomber dans le plagiat inassumé. Cette tendance — qui s’est fait entendre dernièrement chez Heuss L’enfoiré, Aya Nakamura, Vegedream et avant ça chez Jul, précurseur passé maître en la matière — en dit long sur ces nouveaux artistes et l’époque que l’on vit.

Mélodies d’hier, tubes d’aujourd’hui : le rap connait la musique

Écrire le futur à l’encre du passé n’en demeure pas moins quelque chose de classique dans la culture hip-hop. Aux premières heures avec le sample, il était question de retravailler une portion d’un morceau déjà existant pour créer une œuvre neuve et complètement personnelle. La qualité de celle-ci était cependant appréciée selon le degré de transformation du morceau original, toujours plus déconstruit, au point de devenir à peine reconnaissable. Aujourd’hui, c’est plutôt sans vergogne que les artistes brandissent fièrement l’imitation de mélodies, assez flagrante pour que ce soit considéré comme un clin d’œil plutôt qu’un plagiat. C’est ainsi qu’on observait DJ Khaled faire rejouer le riff de guitare d’un classique de Santana dans « Wild Thoughts », tandis que les nouvelles étoiles de la musique latine redonnent vie au « It Wasn’t Me » de Shaggy dans « China » de Anuel AA. Et nous auditeurs acceptons de nous laisser surprendre comme pour la première fois.

Si aux États-Unis, la pratique de l’interpolation suscite des questions de propriété intellectuelle — Sting, par exemple, revendique aujourd’hui le succès et 85 % des droits de la chanson « Lucid Dreams » du défunt Juice WRLD qui interpole des éléments instrumentaux de « Shape Of My Heart » de Police —, le rap francophone emprunte de plus en plus allègrement dans un répertoire au succès avéré sans que les artistes originaux s’en émeuvent plus que ça, du moins en public. Ce qui sonne comme des hommages brefs et spontanés implique pourtant des enjeux artistiques et juridiques aux contours très peu nets.

Pillage sauce digitale

Ces emprunts et surtout leur récurrence à l’heure actuelle confirment la tendance d’une nouvelle lignée d’artistes rap qui volontairement ou inconsciemment brouillent les définitions de la pop, de la rue, de la culture légitime et des classes sociales, plaçant ainsi toutes ces cases dans l’ancien temps. L’interpolation est symptomatique de cette ère du spontané, propre à une génération de rappeurs qui n’a plus vraiment de tabou à revendiquer ce qui l’a construite, quand bien même ce ne sont pas des références de puriste, autrefois les seules acceptables.

Aucune œuvre ne peut être complètement nouvelle : la créativité réside dès lors dans le fait de pouvoir se réapproprier ce qui a déjà été créé auparavant.

Savoir qu’un rappeur apprécié se plaît à chantonner les mêmes airs vieux ou grand public suscite le sentiment immédiat de proximité, d’identification et d’attachement. Pas étonnant alors que l’interpolation soit devenue la spécialité du rappeur le plus authentique de tous. Celui qui avant tout le monde est allé jusqu’à oser interpoler « Les démons de minuit » sans entacher un seul instant sa (street) crédibilité. Pour Jul, l’interpolation est devenue coutume et a bien souvent été l’argument phare des haters du rap-pop.

Entre « Barbie Girl » de Aqua, « Thong Song » de Sisqo, « Freed from Desire » de Gala, le rappeur marseillais a joué sans le savoir avec notre inconscient et ce que nous croyons savoir du cloisonnement des mondes. Il titille à sa manière nos souvenirs d’enfance et confirme aussi la recette de sa réussite : des airs qui nous habitent, qui à peine entendus intègrent instantanément le lobe frontal nous replongeant dans un univers familier et rassurant. Ses interpolations confèrent à sa musique une dimension subconsciente et instinctive, jonglant entre facile et génie, entre réchauffé et moderne et ne fait finalement qu’exprimer comment ces références l’ont traversé comme elles nous ont tous traversés. Un des derniers tubes en date de Jul, « Moulaga », sur lequel il accompagne Heuss L’enfoiré, reprend subtilement le refrain de « Le mendiant de l’amour » d’Enrico Macias (1987). Heuss d’ailleurs, récupère le flambeau et s’est de nouveau adonné à la pratique avec Gradur sur « Ne reviens pas » qui imite la mélodie de « Blue (Da Ba Dee) » d’Eiffel 65 (1998), un autre vieux hit.

Par l’interpolation, les rappeurs revendiquent ainsi une appartenance à une ère, à un patrimoine culturel qui nous rassemblent au-delà des ancrages géographiques et des âges, tout en s’inscrivant dans une tradition pop de copier-coller, à l’heure du rap des réseaux sociaux, qui circule, s’échange et inclut quantité de mondes différents.

Car il n’y a rien de plus facile que de prendre, de modifier et de faire du neuf avec du vieux. Et si l’électro et le sample ont été précurseurs dans la musique, les rappeurs réaffirment cette tendance-là avec une confiance à en faire pâlir les défenseurs d’une culture noble complètement imperméable. Aucune œuvre aujourd’hui ne peut être complètement nouvelle : la créativité réside dès lors dans le fait de pouvoir s’inspirer et se réapproprier ce qui nous entoure, incluant ce qui a déjà été créé auparavant. C’est ce qu’affirmait en 2012 Austin Kleon, dans ce qu’est devenu le best-seller Steal Like an Artist (« Vole comme un artiste »). Il définit donc la Remix culture (ou Read-Write culture)  : une culture dans laquelle tout le monde participe créé, en réinventant l’existant. Un concept qui avait perdu de sa superbe avec le renforcement des lois protégeant la propriété intellectuelle, et qui perpétuait donc une certaine notion d’originalité fantasmée, voire illusoire. Très blâmée jusqu’au début des années 2000, la Read-Write culture reprend ses galons avec Internet et les réseaux sociaux qui ont rendu normal de copier/coller/retoucher/reposter. Des réflexes qui nous imprègnent désormais, autant qu’ils imprègnent les compositeurs ou lyricistes.

Encadrement légal sensible

Mais peut-on attribuer à ces artistes le succès de ces nouveaux tubes basés sur des recettes ayant déjà fait leurs preuves ? Il semble difficile d’encadrer ce qui ressemble à un hommage ou un geste d’humilité. D’un point de vue juridique, en droit français, l’interpolation n’existe pas. On parle toujours de sample ou de réadaptation d’œuvre préexistante. Me Michael Majster, avocat de SCH et Soprano entre autres, confirme : « On doit demander l’autorisation aux ayants droit pour reprendre les paroles et la composition d’un morceau, quelle que soit la longueur, car cela pose un problème de droit patrimonial et porte atteinte au droit moral. Cela peut, devrait, aboutir à une négociation pour un partage des droits. » Aux États-Unis, ce partage constitue majoritairement une question d’argent et de bénéfices qu’on reverse à l’artiste original. En France, ce partage des recettes est souvent minime et l’obtention du droit d’interpoler relève plutôt du résultat artistique final et de l’impact sur l’image des artistes originaux. Difficile donc d’établir un cadre légal à ce qui relève davantage de la sensibilité et de la perception de chacun. Évidemment, il est plus facile de négocier quand c’est Soprano qui souhaite chantonner un air légendaire des Rita Mitsouko, comme dans « Zoom » avec Niska, créant ainsi des ponts entre musique populaire, hip-hop et patrimoine culturel national sans que ces deux grandes figures du paysage musical français n’en soient affectées. L’accueil n’est pas toujours le même pour les rappeurs plus nouveaux, dont le succès est moins avéré, voire moins grand public-friendly.

 

À cela s’ajoute la particularité même de l’interpolation qui souvent correspond à des micromoments d’improvisation spontanée, ce qui implique que la régularisation des autorisations se fait après l’enregistrement. « Les artistes des œuvres originales ainsi repris, dans le rap, sont au courant quand ça sort seulement, et après ça donne lieu à des négos post-sortie… ou pas, nous livre Romain Bordes, à l’édition chez Sony ATV. C’est assez rare que dans le rush des sorties, ça soit pré-clearé en avance. » Le processus de demandes d’autorisations se fait principalement entre éditeurs, entre maisons de disques. Les artistes originaux ne sont que rarement, voire jamais prévenus. « Surtout quand aucun élément de l’œuvre originale n’est repris », précise Romain Bordes [pour rappel : l’interpolation rejoue, rechante — parfois mot pour mot —, mais ne prend pas tel quel un bout de l’enregistrement original, ndlr]. Vicelow, ancien membre emblématique du Saïan. Supa Crew, en sait quelque chose. C’est par le texto d’ami qu’il reçoit le titre de Maes et Dabs, intitulé « Tes rêves ». La piste déroule depuis un peu plus d’une minute quand Maes entonne l’air indémodable de « Angela », classique du répertoire du « Noir à lunettes », en mettant les paroles à sa sauce : « Je suis dans le binks / J’ai pas quitté le four / J’rentre chez toi quand t’es pas là. » Vicelow confirme ne jamais avoir été prévenu par ses éditeurs, et ne semble pas toucher de droit de regard sur l’utilisation de son tube.

Le passage de Maes donne l’impression d’être spontané, ajoute une sensation de proximité avec l’auditeur. Maes se lâche comme s’il décrochait de son morceau pour livrer une référence plus perso, lui qui a grandi et ingéré ce tube comme nous tous. « Angela » est devenu légendaire au point d’appartenir à tout le monde, et Vicelow comprend cette ampleur : « J’ai pris ça comme un clin d’œil, ça me rappelle les pratiques des légendes dancehall où les chanteurs se shout out entre eux, ou même lorsque les légendes du hip-hop reprennent les gimmicks par exemple des Fugees. Angela est devenu un standard ce qui fait que je ne prends plus personnellement ces micro-reprises, je le prends ni bien ni mal en fait, presque dans l’indifférence. » Pas le temps vraiment de donner son avis puisque l’artiste original le découvre après-coup. « Dans le cas de Maes, ça m’a fait plaisir : c’est un bon son d’ambiance et je ressens que « Angela » voyage et traverse le temps et les différentes cultures. Je le prends comme un vrai clin d’œil. Mais parfois, je constate juste que, 20 ans après, on sait ce que c’est d’être chez un éditeur », dit-il amer après avoir avoué ne pas aimer un son de Hatik qui s’appuyait sur la même référence.

Dans ce cas précis, l’interpolation semble avoir été réfléchie en amont tant elle constitue toute la magie du son : le rappeur star de la série Validé reprend l’air du refrain dont le succès a déjà été prouvé, et pousse le clin d’œil jusqu’à réutiliser le titre originel. La barrière entre le plagiat et le shout-out est plutôt poreuse, surtout lorsque l’on sait que c’est une tambouille d’éditeurs, réaffirme Vicelow. Le rappeur du Saïan semble placer sa limite à l’utilisation du mot principal du titre phare, ainsi qu’au thème de la « reprise » : Maes bombe le torse et énumère ses faits d’armes sur la mélodie de « Angela », Hatik, tout comme le Saïan, s’adresse à une femme du même prénom en poussant la chansonnette de la même manière.

« Le mythe de la nouveauté »

Pourquoi certaines chansons deviennent des tubes ? Pourquoi d’autres floppent-elles lamentablement ? C’est le coeur du sujet que traite Derek Thompson dans Hit Makers: The Science of Popularity in an Age of Distraction. À travers son ouvrage, le journaliste développe deux thèses, dont l’une s’intitule « le mythe de la nouveauté ». Dans la préface de son livre, voilà ce qu’il en dit.

« La culture moderne est d’apparence « néothéiste » ; elle vénère le nouveau, ou du moins c’est ce qu’elle croit. Il existe une immense pression sociale pour être au fait des tendances les plus chaudes, des derniers potins, des succès récents. L’objectif de l’ensemble des marchés économiques d’aujourd’hui est de sensibiliser les gens, de les convaincre de leur faire comprendre qu’ils ont désespérément besoin de nouveaux appareils, de nouveaux services financiers, de nouvelles chansons, de nouveaux films, de nouveaux mèmes, de nouveaux livres, de nouvelles infos. De nouvelles identités aussi, pour être toujours « à la page » par peur d’être dépassé. Même les meilleurs organes de presse peuvent être trop obsédés par la recherche des dernières brulantes news (notez les trois premières lettres du mot), plutôt que de consacrer leurs ressources à informer leur audience – téléspectateurs et lecteurs – des tendances et informations qui se développent plus lentement, mais surement.

Mais les psychologues et les dirigeants des médias avancent finalement sur l’idée que la plupart les gens sont encore plus fortement attirés par les nouveautés qui leur rappellent quelque chose. Le grand public préfère sans s’en rendre compte les chansons, les intrigues ou les styles de vêtements qui leur évoquent quelque chose. Tout ce qui est familier est traité plus rapidement par le cerveau. La sensation de compréhension rapide, de se sentir en terrain connu, est autant puissante que sournoise : l’homme assimile le plaisir de se sentir en terrain familier à la qualité de cette « nouveauté ». Mais ce n’est pas ladite « nouveauté » qui l’a stimulé et lui a procuré du plaisir, mais davantage le fait qu’elle lui évoque quelque chose que son cerveau a déjà assimilé. »

 

On connaît la chanson

Usurpation ou pas, difficile d’avoir la réponse claire et nette à cette question. Cependant, une tentative d’explication pourrait être la part d’autonomie du public à comprendre la référence pour pouvoir l’intégrer et s’y identifier. Aya Nakamura par exemple interpole « Pom Pom Pom » de Facteur X, en reprenant (tout comme Hatik) le titre et le refrain — ce morceau a été clearé en avance. L’artiste donne aux paroles un sens symétrique en inversant les rôles, devenant la femme qui prend le lead sur un garçon qui danse, et laisse ainsi à l’auditeur du jeu dans la compréhension de la référence et de son évolution. D’abord parce qu’une bonne partie du public d’Aya Nakamura ne le connaît probablement pas, « Pom Pom Pom » étant sorti en 2004 et ayant moins circulé qu’Angela. Mais surtout parce que la réappropriation du morceau par la chanteuse paraît aboutie, personnelle : le sens s’adapte à l’époque et la sonorité est retravaillée pour coller davantage à une ère plus contemporaine. La sincérité de la démarche artistique transparait : chez ceux pour qui le morceau est familier à la première écoute, Aya devient très rapidement cette « reine » qui « danse avec style » contre Jango, en lui donnant une voix, plutôt que de prendre la place du chanteur du Factor X en l’écartant de — sa ? — la piste.

Le risque est moindre lorsque l’artiste ne base pas son titre entier sur une vieille recette mais qu’il utilise l’interpolation pour subtilement s’adresser au public. La courte interpolation peut être habilement manipulée pour inclure les auditeurs dans la création. Soolking économise tout un couplet en ne fredonnant que « Paroles, paroles, paroles » plutôt que de prendre le temps d’expliquer à quel point il se sent dupé lorsqu’une fille essaie de le séduire « pas pour son buzz ». Mieux encore, il nomme son titre « Dalida » et effectue ainsi le rapprochement entre lui et la chanteuse légendaire, tout en adressant cet indice directement à son public, comme s’il confirmait de manière performative qu’on est ensemble. Il ne s’agit pas simplement d’une vieille référence, Soolking intègre ici tout un système de représentation qui permet à tous de s’attacher à une lecture et écoute personnelle. Tellement proche du public que les private jokes sont même permises, comme lorsque les références sont détournées pour simplement amuser en donnant une vie nouvelle à des mélodies de l’enfance. Vegedream et Ninho qui chantent sur l’air des Choristes « Elle est bonne sa mère, elle twerke sur la piste » prouvent au monde que plus la confiance est là, plus l’interpolation est efficace. En témoignent les commentaires sous la vidéo YouTube à 60 millions de vues, où les gens se demandent si Ninho et Végédream ont vraiment osé.

Mélodies d’hier, tubes d’aujourd’hui : le rap connait la musique

L’interpolation crée donc des morceaux que tout le monde peut chanter sans rougir de ses références culturelles ou de son appartenance sociale. Commercialement préméditée dans une ère où tout s’hybride ? Ou moment de spontanéité pure ? Plus la tendance s’affirme, moins on se doit d’être naïf : quand on voit que « Ne reviens pas » a dépassé la barre des 50 000 000 de streams (premium) en un mois et demi et que « Moulaga », sorti en décembre, s’apprête à faire de même, on se dit que les rappeurs ont bien noté les cheat codes sur un coin de leur cahier de rime. Mais rassembler les publics divers, voire opposés, autour d’un son qui traverse le temps et l’espace semble être la recette gagnante pour faire les tubes d’aujourd’hui. Rien de nouveau ? Lââm reprenait déjà un classique de Michel Berger avec « Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux » (1998) et pétait les scores. Mais elle se contentait de reprendre mot pour mot le texte de 1985 et l’instrumentale, d’y rajouter un kick pour rendre le tout plus R&B, et de le chanter avec sa voix singulière. On parlera de reprise, et non d’un morceau original à la mélodie familière. Et ça fait toute la différence ; si Heuss L’enfoiré avait repris les mots d’Enrico Macias ou l’anglais à l’accent italien d’Eiffel 65, pas sûr qu’il aurait pondu deux tubes de « pop urbaine » en 2020.

Au moment où l’on rédige cet article, Hornet la Frappe ouvre son album avec « Plus fort » qui interpole « Les rois du monde » de la comédie musicale Roméo et Juliette, tandis que Naps s’attaque au légendaire « Ring My Bell » d’Anita Ward pour son morceau « Dans ma villa ». L’utilisation de références musicales vient indéniablement marquer au fer la place grandissante du rap dans la culture validée de tous. Et si la copie ou le pillage ont toujours été une position honteuse dans le monde de l’art, assumer le choix et la démarche artistique a l’air d’annuler toute accusation ingrate, pour laisser place au pouvoir magique fédérateur de la culture pop.

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