Capo Plaza : "En Italie, on a grandi en ayant des rappeurs français pour idoles"

Capo Plaza : « En Italie, on a grandi en ayant des rappeurs français pour idoles »

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De passage en France pour confirmer que son succès n’est pas seulement national, l’italien Capo Plaza s’est arrêté à nos côtés pour raconter 20, son déjà très mature premier album. Un projet qui doit beaucoup au son de l’Hexagone, dont le rappeur est un fervent amateur.

Après Sfera Ebbasta, venu consolider son empire en terres étrangères au YARD Summer Club, la France accueillait en mars un nouveau phénomène issu de la Botte. Le 19 du mois, Capo Plaza – que nous vous présentions déjà ici – nous donnait rendez-vous à La Boule Noire, avec dans son bagage 20, un disque de jeune premier certifié double platine en Italie. Une date parisienne a la saveur particulière pour cet artiste qui, malgré les dizaines de millions qui s’accumulent sur ses clips et une première tournée européenne sold out, chérit la France comme la mère des rappeurs qui ont forgé une part importante de sa culture musicale. On a donc évoqué avec lui la nouvelle scène hexagonale, sa récente connexion avec Ninho et la conception de son album révélation.

Photos : @alextrescool

En avril dernier, tu as sorti 20, ton premier album, dont le titre faisait référence à ton âge. Pourquoi avoir choisi de mettre ça en avant ?

Je voulais faire comprendre que le moment était venu pour moi de grandir, parce que 20 ans, c’est un âge à part, où tu es plus que jamais responsable de ce que tu fais. D’autant qu’en étant né le 20 avril, le chiffre 20 est particulièrement significatif pour moi. C’est ce qui explique autant le titre de l’album que celui du morceau éponyme, dans lequel je dis justement : « Avant je n’étais qu’un gamin, aujourd’hui j’en ai 20. » C’est une manière de retracer les étapes par lesquelles on passe avant d’avoir 20 ans et aussi de se projeter celles à venir. J’ai d’ailleurs appelé ma tournée « Da Zero a 20 » [« de zero à 20 », ndlr], comme pour dire que c’est « du début à aujourd’hui ». Puis dans les prochains disques, on parlera de la suite.

Au-delà du concept de 20 ans, y a t-il d’autres idées qui ont alimenté la conception de ce disque ?

Pour être honnête, au début, je ne pensais même pas à faire un album parce que je ne m’attendais pas à ce que les choses pètent de la sorte. Ensuite, il y a eu deux titres qui ont rentré un certain succès – « Allenamento #2 » et « Giovane Fuoriclasse » – et qui nous ont donné la force ainsi que l’envie de faire ce disque, à notre façon, sans se fixer d’objectif. À l’arrivée, on a quand même pu obtenir d’excellents résultats avec un double disque de platine en 9 mois, et 12 morceaux sur 14 certifiés platine. Le tout s’est fait de manière très spontanée avec Luca, mon producteur. On était en studio, les morceaux qu’on enregistrait sonnaient bien, alors on a continué à charbonner encore et encore, et à bien confectionner le tout pour sortir ce disque.

Tu te souviens de tes débuts, quand tu as commencé à écrire ?

Oui, ce sont de beaux souvenirs car à l’époque, je ne pensais pas être capable de faire des rimes. Alors qu’aujourd’hui, avec le recul, ça me semble être un talent naturel vu que je ne l’ai pas appris quelque part ou avec quelqu’un. Je n’ai pas fait d’école de musique ou quoi que ce soit : j’écoutais simplement de la musique sur YouTube. À douze ans, j’ai commencé à faire mes premiers titres et en continuant à écrire, en persévérant, j’ai affiné ma technique pour arriver là où je suis aujourd’hui.

Et la première fois que tu es allé en studio ?

C’était à 13 ans, pour enregistrer le tout premier morceau que j’ai sorti, qui s’appelait « Sto giù ». C’était dans mon quartier, juste à côté des bancs où je trainais le soir.

« Quand Ninho est venu en Italie, il avait envie de rencontrer des locaux, des gens des quartiers. »

Ce quartier, justement, parlons-en. Tu as grandi dans la petite ville de Salerne, que tu as très vite dû quitter pour Milan. Que peux-tu nous dire là-dessus ?

Salerne est un endroit magnifique, entre mer et montagne. C’est une petite ville très pittoresque, mais quand les choses avancent et que les intérêts grossissent, tu es obligé de te délocaliser. C’est un peu comme un footballeur qui se fait remarquer en jouant à Lille ; à un moment donné, il sait qu’il va devoir partir au Paris Saint-Germain pour passer un cap. En termes de business, les choses se passent à Milan, c’est la capitale du rap italien, de la même manière que Paris est la capitale du rap français. On court tous pour aller à Milan parce que c’est là-bas qu’on a les meilleures opportunités et parce qu’on y bosse mieux. Puis c’est plus simple que de faire des allers-retours en train, même si Salerne est un endroit vraiment sublime.

Ça t’arrive encore d’y retourner ?

Pas dernièrement, mais au début j’ai fait beaucoup d’efforts pour rester là-bas. Je faisais environ 5 allers-retours par mois en étant 4 jours à Milan et 3 jours à Salerne.

Dans le rap il est souvent question de représenter sa ville, ses gens, d’où l’on vient. Qu’en est-il pour toi, qui te retrouves à être le porte-drapeau d’une ville dans laquelle tu ne vis plus ?

Les racines demeurent quoiqu’il arrive. Ma base, c’est Salerne : mes textes parlent de ma ville et ma ville fait partie de moi, c’est dans le coeur. Mais ça fait aussi parti du jeu de sauter le pas et d’aller à Milan pour te procurer des opportunités meilleures et faire des choses plus abouties. Tu t’éloignes pour devenir plus fort et représenter ta ville ailleurs, que ce soit à Milan ou en Europe, comme je le fais en ce moment.

Dernièrement, on t’a aperçu dans le clip « Fendi » de Ninho, avec qui tu as ensuite collaboré sur le titre « Billets ». Comment s’est faite la connexion ?

Je suis devenu fan de Ninho quand il a commencé sa série de freestyles « Binks to Binks ». Ensuite, nos succès respectifs ont fait que l’on s’est tous les deux retrouvés sous contrat chez Warner, c’est Warner qui l’a amené en Italie pour tourner le clip de « Fendi ». Lui avait envie de rencontrer des locaux, des gens des quartiers tandis que de mon côté, j’ai demandé à Warner de lui faire savoir que j’appréciais ce qu’il faisait et que j’avais envie de le rencontrer. Ce à quoi il a répondu qu’il me connaissait aussi, alors on a fini par se capter à Milan, d’abord en studio – où l’on a commencé à enregistrer « Billets » – puis pour tourner son clip. Il est ensuite retourné en France et on a terminé le morceau à distance, en se parlant par mail ou sur Instagram. Quelques mois plus tard, je venais en France pour clipper « Billets ».

Qu’est-ce qui t’a plu dans sa musique ?

Je pense avoir vu beaucoup de similitudes entre nous. Même si on ne fait pas forcément le même style de rap, lorsqu’il pose, tu n’as pas besoin de comprendre ce qu’il dit pour entendre que le mec est très porté sur la technique et c’est aussi mon cas. Honnêtement, c’est le rappeur français qui me plaît le plus après Booba. Il y a aussi le fait qu’on est de la même génération, lui étant un 96 et moi un 98. J’imagine que l’on s’est retrouvé autour de tout ça et je pense que c’est pareil pour lui.

Au-delà de Ninho et Booba, il y a d’autres rappeurs français qui te plaisent ?

Bien sûr. Déjà, il faut savoir que j’écoute peu de rap italien en dehors de mes gars, à savoir Sfera, Guè, Ghali, Dref, etc. À part ça, je n’écoute que du rap français et américain. Ça va de Booba à Koba LaD récemment, en passant par Damso, Kalash, Kalash Criminel ou encore Lacrim, que j’adore. Il y a aussi Zola, un jeune très fort dans ce qu’il fait. Franchement, si je devais te faire une liste de rappeurs français, on en aurait pour toute la soirée.

Y’a t-il des morceaux ou des projets auxquels tu as particulièrement accroché dernièrement ?

Je dirais les derniers morceaux de Koba : « R44 », « Aventador », « FEFE », etc. Il est très fort, son dernier album m’a beaucoup plu et j’attends le prochain.

« Les italiens sont réputés pour être un peuple très fier, mais ceux qui vivent à l’étranger expriment cette fierté d’une manière encore plus forte »

C’est marrant parce ce qu’en France, les rappeurs ont beaucoup de difficultés à parler de leur influences, souvent par orgueil. Alors qu’en Italie, vous avez l’air d’être beaucoup plus décomplexés vis-à-vis de ça.

Disons que de notre côté, on a grandi en ayant des rappeurs français pour idoles, et même en s’inspirant de certains rappeurs français de notre génération. Autant tu n’avais pas forcément de modèles de rappeurs italiens, autant tu pouvais ériger Booba comme ton rappeur préféré, te dire que ce gars-là était le boss et que tu avais envie de t’en rapprocher. C’est toute une dynamique : il s’agit de trouver une figure qui t’inspires et qui te motive à te dépasser. En France, vous n’êtes pas comme ça et c’est sans doute tant mieux?

Aujourd’hui, tu te retrouves à faire une tournée européenne, ce qui n’est pas négligeable. Est-ce une manière de prendre la température et voir comment ta musique prend en dehors de tes frontières  ?

Totalement, ça me donne à voir comment ma musique est reçue à l’étranger, que ce soit à Londres, Berlin, Zurich ou Paris. Et jusqu’à présent, je suis très content de voir comment les choses se passent car je n’aurais imaginé pouvoir recevoir un tel accueil. Puis c’est aussi une occasion de rencontrer les fans italiens qui sont à l’étranger.

Ça tombe bien que tu en parles, parce que l’été dernier, nous avions programmé Sfera Ebbasta au YARD Summer Club et nous avions été surpris de voir le nombre d’italiens qui étaient venus juste pour lui.

C’est beau à voir parce que de manière générale, les italiens sont réputés pour être un peuple très fier, mais ceux qui vivent à l’étranger expriment cette fierté d’une manière encore plus forte. Ils contribuent tout autant à notre succès, quand bien même ils sont à Paris ou à Londres. Du coup, la chaleur avec laquelle on est reçus en dehors d’Italie est invraisemblable, tu te sens limite à la maison !

Ton morceau le plus connu s’intitule « Giovane Fuoriclasse », et « fuoriclasse » se trouve être un terme très lié au ballon rond. On sait qu’en France, le foot et le rap sont souvent très liés : qu’en est-il en Italie ?

Chez nous aussi, c’est comme ça ou du moins, ça l’est de plus en plus. Pour ma part, je suis pote avec Romagnoli, le capitaine du Milan, mais aussi avec Calhanoğlu et plein d’autres joueurs du Milan parce que c’est mon équipe. En France, ce phénomène est un peu plus vieux mais en Italie, ça ne fait que 2 ou 3 ans que c’est comme ça. Vu qu’on domine l’industrie, les clubs nous invitent aux matchs et en tant que fan du Milan AC, je suis donc régulièrement amené à me rendre à San Siro. Il y a un beau rapport entre le foot et le rap, surtout qu’en Italie, le foot est notre oxygène.

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