From Nigeria to South London, Flohio wants to pass on her legacy

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La hype, très peu pour elle. Funmi Ohiosumah, alias Flohio, est cette artiste effrontée de 25 ans qui représente le sud de Londres et dont l’incroyable énergie laisse une impression instantanée. À Paris pour un concert électrique lors du showroom de Pièces Uniques, la Britannique a laissé filtrer quelques informations sur son parcours à travers ses grillz : échanges avec une rookie qu’il faut garder à l’œil.

Photos : @alextrescool

Avec slowthai, elle constitue ce qu’il y a de plus excitant dans la nouvelle scène rap UK. Flohio a 25 ans, elle a grandi au Nigéria, puis dans le Sud-Est de Londres, à Bermondsey. Graphiste de métier mais rappeuse à plein temps, l’artiste au flow buriné a récemment sorti son premier EP, Wild Yout. Ses couplets sont féroces, les beats sur lesquels elle pose sont froids et mécaniques. Funmi Ohiosumah — de son vrai nom — est membre du collectif TruLuvCru, figure sur un titre des pontes de la techno berlinoise Modeselektor et a déjà été validée par Naomi Campbell. On a réussi à lui faire prendre une courte pause après son showcase turbulent pour qu’elle nous en dise plus sur sa musique.

Tu rappes en solo mais à l’origine, tu fais partie d’un collectif, le TruLuvCru. Quelle est votre histoire ?

On est juste un groupe d’amis qui créent des choses. En ce moment, tout le monde fait son truc. Il y a deux rappeurs, un autre gars et moi-même. Lui est plus dans la vidéo, la photo, et il produit aussi. On fait ce qu’on a toujours fait depuis qu’on est petits, mais maintenant on est tous adultes, et c’est pour ça que ça s’appelle TruLuvCru, parce qu’on aime profondément ce qu’on fait.

Comment a eu lieu ta rencontre avec la musique ?

Tu ne tombes pas vraiment sur la musique, c’est plutôt elle qui te trouve. Pour la faire courte, c’était mon environnement : j’étais influencée par ce que ma sœur écoutait, puis je suis tombée amoureuse de ça. J’ai fini par me dire que je voulais faire la même chose, pas seulement écouter, mais être impliquée là-dedans. À ce moment-là, tu te mets à écrire, et après tu te demandes comment ça sonnerait si tu lisais ton texte à voix haute, puis si tu performais, et ainsi de suite.

J’ai cru comprendre que tu as toujours aimé écrire des histoires mais est-ce que ça aurait pu se faire à travers un autre mode d’expression que le rap ?

Ce n’était pas nécessairement la musique mais je réalise que c’est mon meilleur exutoire. J’écris juste des histoires et ce que j’ai en tête, c’est ça qui me plaît. Je vois où le mic me mène.

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Est-ce que tu te souviens de la première fois que tu as été en studio ?

Oui, c’était dans mon centre pour les jeunes. Ils avaient un studio là-bas, c’est là qu’on enregistrait et je touchais un peu à tout, je découvrais sans arrêt des trucs nouveaux.

Tu as sorti un EP en 2016, Nowhere Near. C’était comment de montrer ton travail pour la première fois ?

C’était flippant, j’ai hésité. Un de mes amis a dû me forcer et choisir une date. Il l’a fait et il m’a dit : « Quand ce jour viendra, tu ne pourras plus fuir, il faudra que ça sorte. » S’il n’avait pas fait ça je ne sais pas si je l’aurais sorti.

Pourquoi pas ? Par timidité ?

Oui, je suis comme ça. Je ne veux pas être embêtée. C’est juste tellement long avec moi ! Mais il faut le faire, arrêter de trop réfléchir à la situation. Et finalement tout s’est très bien passé, cette sortie m’a donné envie de sortir plus. Ça m’a guidée vers mon deuxième EP, mais oui, j’ai dû passer par ça, par cette date fixée sur le calendrier…

Ça t’a aidé d’avoir des featurings dessus ? Tu as notamment travaillé avec un autre rappeur londonien, Cassive.

Oui, carrément, c’est un membre du TruLuvCru. De toute façon, c’est un truc qu’on fait tout le temps, on débarque sur les chansons des uns des autres, on crée ensemble. C’est une vibe qui fonctionne.

Du coup, qu’est-ce que ça signifie pour toi d’avoir un public en France aujourd’hui ?

C’est cool ! L’accueil était super, je ne savais pas quoi à m’attendre, je ne sais jamais en fait, mais l’énergie était bonne. Les réactions sont tellement fortes et chaleureuses, c’est encourageant.

D’ailleurs, tu dis dans une interview que ton père écoutait beaucoup Céline Dion, est-ce que tu as écouté toi-même de la musique française ?

Oui, j’aime bien le nouveau rappeur là, comment il s’appelle ? MCR ?

MHD ?

Oui, MHD fait partie de ceux que j’ai écoutés, c’est cool ! Sinon je ne sais pas, j’aime bien Les Twins. Ce sont surtout des danseurs. Mais j’essaye d’écouter plus de musique, même si je prends le Uber ou quelque chose comme ça, j’essaye de faire attention, je Shazam toujours si ça sonne bien.

Quels sont les artistes que tu écoutes ces temps-ci ?

J’écoute différents styles d’artistes, Trippie Redd, Chip de Londres, 21 Savage… J’écoute de la trap mais pas seulement. J’écoute aussi Laura Mvula. J’aime des vibes différentes, ça varie en fonction de mon humeur, je vais sur mon iTunes et je lance une playlist.

J’ai vu que Missy avait été très importante pour toi aussi…

Oui, quand j’étais plus jeune, même si maintenant elle produit et exécute surtout le travail de l’ombre.

Alors à quel moment la musique électronique est entrée dans ta vie ?

J’ai un peu erré dans ce monde musical vers 2015, des copains m’ont présenté à des amis à eux, on est allés en studio, j’ai entendu un beat… C’était clairement différent de ce sur quoi j’avais l’habitude de rapper, et depuis c’est comme un challenge. J’ai vraiment découvert un tout autre monde. Et ça m’a guidé vers ce qui est aujourd’hui mon son, car comme je l’ai dit, je suis inspirée par ce qui m’entoure et ce qui m’environne maintenant, c’est la musique électronique, les vibes électro mais aussi la trap, le hip-hop old school, le nouveau afro swing… Il y a tellement de sons différents en ce moment, j’ai juste pris un peu de tout ça. Mais originellement, tout a démarré par cette entrée dans la musique électro en 2015, c’est là que mes oreilles ont commencé à graviter autour de ces sonorités-là.

Tu parles de ces sons-là en disant qu’ils sont « extraterrestres » et « angéliques »…

J’ai appelé ça comme ça ? Oui, c’est ça, ces sons-là sont tellement lourds : une ligne de basse, des mélodies… C’est agréable à écouter, mais en même temps ça donne une vraie assurance.

« Je sens que ma musique est transcendante »

Et ça fait son petit effet sur la foule aussi.

Oui, comment dire, c’est transcendant. Je sens que ma musique est transcendante. Quand je crée, il m’arrive d’imaginer ce que ça donnerait sur scène d’emmener les gens à un autre niveau, pour faire de la musique qui nous dépasse.

Tu peux me parler de ton featuring avec Modeselektor ? Comment s’est passée cette rencontre ?

Mmh… Quelqu’un nous a présentés, je crois que c’était mon management. Je suis allée à Berlin pour faire ma vidéo Colors, et j’ai rencontré Modeselektor là-bas. On traînait juste ensemble, puis ils m’ont envoyé un beat, je suis allée en studio, on a pas mal parlé et c’était sympa, ils sont vraiment cool.

Tu connaissais déjà leur musique ?

Non, j’ai dû faire mes recherches ! J’ai kiffé leur vibe.

Qu’est-ce qui te pousse à mélanger les genres musicaux de cette façon ?

La musique est ainsi faite, je crois. C’est plein d’influences en soi, de sons et de genres différents. En fait, j’entends un hi-hat ici, une mélodie là, ou même une tonalité, ou encore quelque chose qui vient du rock’n’roll qui pourrait juste être une batterie ou une guitare et je m’en inspire. Ce sont des petits bouts de trucs que tu remarquerais à peine quand tu écoutes une chanson en entier, mais qui te permettent d’obtenir une nouvelle vibe que tu vas pouvoir transmettre à quelqu’un d’autre. Je pourrais ajouter quelque chose de reggaeton et ça changerait toute la dynamique. Dans ma tête, je lâche des couplets agressifs et quelqu’un d’autre va dire genre « j’aime bien la mélodie » : on va tous percevoir des aspects différents d’une même chanson. Je mélange des sons c’est vrai, mais c’est surtout que les gens se les approprient différemment.

Selon toi, qu’est-ce qui a évolué musicalement entre tes deux EPs ?

Je crois que j’ai appris à me connaître, à connaître ce qui me va et à avoir plus confiance dans ma voix et ma manière de m’exprimer. J’ai compris qui je suis en tant qu’artiste.

Tu considères que tu as trouvé ton son ?

Oui, ça a évolué et ça continue d’évoluer mais le dernier EP marque le changement de la petite fille qui a sorti un EP à quelque chose de plus brut, je sens que c’est le moment.

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Comment est-ce que tu travailles ? Tu penses beaucoup à la scène quand tu es en studio ?

Pas vraiment, la prod doit avant tout m’émouvoir. Si j’écoute un beat, il doit me toucher. Quand je suis au studio en train de produire ou de co-produire avec un collègue ou un ami, on sait que ça marche quand on aura trouvé le bon groove qui va nous faire un truc, peu importe où il sera joué. C’est plutôt : si ça marche ici et maintenant et qu’on le sent bien… Mais parfois, avec un son, ça commence bien mais ça ne finit pas comme tu l’aurais pensé, tu le mets de côté et tu recommences, c’est comme ça qu’on fonctionne.

Tu as collaboré avec plusieurs producteurs, dont God Colony et HLMNSRA. Tu t’associes toujours avec les mêmes artistes ?

Pas nécessairement mais de plus en plus. Je reste à domicile.

Jusqu’à ce jour, quel a été le moment le plus important de ta carrière, qu’est-ce qui t’a le plus émue ?

Ce qui m’émeut le plus c’est le live, puisque c’est là que tu rencontres les gens. C’est spécial.

La vidéo Colors a changé quelque chose pour toi ?

Oui, ça a changé des choses, ça a été un grand moment c’est vrai. Ça a ouvert une toute nouvelle perspective pour moi. Mais rien ne vaut plus que les concerts, ça c’est fou.

En parlant de ça, Skepta a créé un festival au Nigéria qui s’appelle Homecoming, est-ce que ce type de projets te parle ?

Oui j’en ai entendu parler. Ça a l’air cool et intéressant ! C’est un beau projet pour les diasporas.

Dans « Toxic » (Wild Yout), tu dis : « I wanna be iconic. »

Oui, je veux être une icône. Non, en fait, je veux laisser un héritage, je n’ai pas besoin d’être une icône, je veux juste laisser une trace. Mais je veux être un modèle pour les enfants aussi, on devrait tous aspirer à ça.

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